Reportage Elections régionales : en PACA, la guerre des droites déroute les élus comme les électeurs des Républicains

L'alliance conclue entre Renaud Muselier et la majorité présidentielle provoque des divisions au sein de la droite dans la région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le Rassemblement national, en tête dans les sondages, pourrait tirer profit de la situation.

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Le président LR de la région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier, entouré de colistiers, lors d'un déplacement de campagne à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), le 19 mai 2021. (CLEMENT PARROT / FRANCEINFO)

"On n'est pas bien, là ? C'est la vie qui reprend !" Un verre de rosé à la main, Renaud Muselier, le président sortant de la région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur, célèbre la phase 2 du déconfinement, mercredi 19 mai. Réouverture des thermes de Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), lancement de la fête des terrasses à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), sortie au cinéma à Marseille… L'élu des Républicains profite des nouvelles libertés accordées par le gouvernement pour tenter de laisser derrière lui les polémiques des dernières semaines afin de se concentrer sur la campagne des élections régionales.

"Par les temps qui courent, l'apaisement est quelque chose d'indispensable", déclare le président de la région pour encenser le thermalisme de Gréoux-les-Bains, tout en envoyant un message subliminal à sa famille politique. Après des semaines de psychodrame, le parti Les Républicains a renouvelé mardi son soutien au candidat Muselier, tout en qualifiant de "faute" son alliance avec La République en Marche.

"J'ai toujours dit que j'étais un homme libre. Je suis LR, je resterai LR. Je n'ai pas changé de colonne vertébrale."

Renaud Muselier

à franceinfo

Après de longues heures de négociations, entre coups de colère des ténors de LR et ajustements de dernière minute, les listes de Renaud Muselier n'accueillent donc ni ministre ni parlementaire, peu importe l'étiquette politique. Par ailleurs, une quinzaine de membres issus de la majorité présidentielle sont montés à bord du navire. "L'enjeu, c'est d'avoir des élus concentrés uniquement sur notre région", explique Renaud Muselier. Il préfère mettre l'accent sur les "compétences" venues de la société civile et qui représentent le tiers des sélectionnés.

"La stratégie est incompréhensible"

En découvrant la composition des listes, le ressentiment de certains élus s'est focalisé sur l'absence de parlementaires LR. "Il faut voir le niveau de colère des élus. Muselier a quand même viré les deux tiers de sa liste sans ménagement, donc je ne vous dis pas la publicité qu'ils lui font sur le terrain", peste un député LR de la région. "Je constate autour de moi que nos adhérents et nos soutiens sont furieux", confirme le député LR du Vaucluse Julien Aubert. "La stratégie est incompréhensible, du coup beaucoup de députés se concentrent sur les élections départementales", souffle un autre parlementaire des Républicains.

"Tout ça va coûter très cher à Muselier, car de nombreux élus LR ne veulent plus faire campagne sur le terrain."

Un député LR

à franceinfo

"Qu'ils restent donc à la maison ! Les parlementaires ne pensent qu'à leur implantation locale pour faire de la politique nationale, rétorque Renaud Muselier. Croyez-vous qu'avec des législatives l'an prochain, ils vont faire campagne pour les candidats LR aux départementales et contre moi pour les régionales ?" Entouré de ses colistiers des Alpes-de-Haute-Provence pour présenter sa liste sur une terrasse de restaurant à Manosque, le président sortant se montre "combatif" et préfère vanter son bilan. "C'est pendant les crises que les gens se révèlent. (…) Pendant la crise sanitaire, on est allés chercher 13 millions de masques en Chine", rappelle-t-il.

"S'il se met avec Macron, c'est non"

"Il a un bon bilan, mais il le gâche avec ce petit jeu d'alliance", déplore Alexandre, un jeune militant LR de Nice. Le comité départemental LR des Alpes-Maritimes a d'ailleurs voté, lundi dernier, le retrait de son soutien à la liste de Renaud Muselier, avec 84% des voix exprimées. "Ils veulent faire un débat national, alors qu'on est dans une élection régionale. C'est une diversion pour diviser encore plus nos militants, ils ajoutent la confusion", regrette Pierre-Paul Léonelli, adjoint de Christian Estrosi à la mairie de Nice et présent sur la liste Muselier.

En se baladant dans les rues de Manosque, Renaud Muselier assure que personne ne lui parle de ces guerres de clan dans sa campagne. Mais entre les étals du marché du cours Saleya, dans le Vieux-Nice, les sympathisants LR ne masquent pas leur confusion face à l'alliance conclue par Renaud Muselier. "Je ne sais plus quoi penser, un coup c'est blanc, un coup c'est noir. Est-ce qu'il reste de droite ou est-ce qu'il se met avec le président Macron ?" doute Marie-Thérèse. Cette retraitée a toujours voté pour la droite républicaine, mais elle hésite désormais avec la liste du Rassemblement national, menée par Thierry Mariani. "S'il se met avec Macron, c'est non. Je ne voterai pas pour lui", abonde Patricia, 60 ans. "Je n'approuve pas la politique du gouvernement, ajoute Philippe, un professionnel de santé de 57 ans. Je suis un partisan de Christian Estrosi, mais là, ce sera sans moi."

Le maire de Nice, qui s'affiche volontiers en terrasse avec Jean Castex, s'est en effet impliqué pour favoriser le rapprochement entre les listes LR et LREM, et certains responsables locaux expliquent la tension dans les Alpes-Maritimes par un nouvel épisode de la guerre Ciotti-Estrosi. "Le département est marqué par cette relation très particulière. Ils n'ont jamais réussi à passer d'une relation qui a été fusionnelle à un moment à une relation normale de deux grands fauves politiques", analyse un élu LR du 06.

"Une stratégie pour nous diviser"

Renaud Muselier a beau répéter qu'il reste loyal à son parti et qu'il ne s'empêchera pas de critiquer la politique du gouvernement à l'avenir, le message ne semble pas passer dans les Alpes-Maritimes. "Il a beau dire qu'il reste fidèle, les actes démontrent le contraire", peste Alexandre, un militant plutôt proche d'Eric Ciotti. Le député des Alpes-Maritimes a déjà annoncé sur BFMTV qu'il ne voterait pas Renaud Muselier au premier tour et les troupes niçoises ont bien reçu le signal. "De très nombreux cadres et militants ne feront pas campagne", prévient Bertrand Gasiglia, secrétaire départemental adjoint de la fédération LR et maire de Tourrette-Levens. "On nous explique qu'il faut baisser pavillon, renier nos valeurs, pour tendre la main à un parti moribond localement."

"Derrière cette liste, il y a une manœuvre au plus haut niveau de l'Etat, afin d'installer un duel entre Macron et le RN pour la présidentielle, en faisant disparaître la droite républicaine."

Bertrand Gasiglia

à franceinfo

A droite, nombre de responsables estiment que Renaud Muselier est tombé dans un piège tendu par Emmanuel Macron et ses troupes. "LREM est dans une stratégie pour nous diviser", estime encore un député LR des Bouches-du-Rhône. "On mélange tout. Nos appareils politiques ne pensent qu'à 2022. Chacun se sert des régionales comme d'un tremplin pour la présidentielle. Moi, je reste concentré sur mon territoire, évacue Renaud Muselier. On peut aussi respecter ma stratégie. Je ne veux pas être président de la République. Je veux juste aider ma région."

"Cette stratégie est contre-productive, car elle gonfle le RN qu'on veut empêcher de gagner", répond le député Julien Aubert. "Avec cette alliance, le RN a pris 6 ou 7 points", souffle un militant LR des Alpes-Maritimes. Dans un récent sondage Ipsos pour franceinfo, la liste du Rassemblement national de Thierry Mariani (un ancien de LR) pointe en tête, au premier comme au second tour. "Ce sondage a été fait au pire moment, entre le psychodrame dans ma famille politique et la mort du policier Eric Masson à Avignon", relève Renaud Muselier.

"A un moment donné, Mariani va avoir des problèmes avec certains responsables RN, avec les Philippe Vardon, les Stéphane Ravier, les Joris Hébrard (maire du Pontet…), espère l'entourage du président sortant. Car contrairement à Eric Ciotti, on en a des choses à dire, nous, sur nos différences avec le RN et ce n'est pas qu'une question de gouvernance."

L'équipe de Renaud Muselier se montre désormais attentive aux déclarations de la liste de gauche menée par Jean-Laurent Félizia, décroché dans les sondages. Comme en 2015 pour Christian Estrosi, la victoire de la droite républicaine passera peut-être par un effacement de la gauche. "A ce rythme, il va falloir que la gauche se retire ou fusionne… On y va tout droit, prédit un sénateur LR de la région. Vous imaginez ? On est en train de préparer une bien mauvaise bouillabaisse."

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