Régionales : cinq questions sur l'alliance entre LREM et Renaud Muselier en Paca

Le soutien de la majorité présidentielle au président Les Républicains sortant de la région a été annoncé, dimanche, par le Premier ministre, Jean Castex. Ce qui a provoqué une tempête au sein du parti de droite.

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Le président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier, est interrogé par la presse, le 9 avril 2021, lors d'un déplacement à Puy-Saint-André, dans les Hautes-Alpes. (THIBAUT DURAND / HANS LUCAS / AFP)

Un soutien officiel. La République en marche (LREM) ne présentera pas de liste aux élections régionales du 20 et 27 juin dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé dimanche 2 mai au Journal du dimanche le retrait dans cette région de la liste LREM, dès le premier tour, au profit de celle conduite par le président sortant Les Républicains (LR), Renaud Muselier.

Cet axe LREM-LR, présenté par ses défenseurs comme un front commun face à la liste du Rassemblement national (RN) conduite par Thierry Mariani, soulève plusieurs questions.

Que s'est-il passé ?

Le retrait de la liste LREM en Paca s'est décliné en deux temps. Jeudi 29 avril, lors de sa première conférence de presse en tant que candidat à sa réélection, le président sortant de la région, Renaud Muselier, a estimé que "le bon sens voudrait" que le parti de la majorité présidentielle "lui apporte son soutien". Il a aussi affirmé qu'il refusait tout "accord d'appareil".

Appel entendu. Dimanche 2 mai, le chef du gouvernement a annoncé que la majorité présidentielle répondait "favorablement" à Renaud Muselier. Concrètement, la secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées, Sophie Cluzel, cheffe de file désignée par LREM dans la région, ainsi que "des représentants de la majorité parlementaire vont intégrer le dispositif conduit par Renaud Muselier", a précisé Jean Castex au Journal du dimanche. Le Premier ministre sous-entend ainsi que les deux listes pourraient fusionner avant même le premier tour.

Comment réagissent Les Républicains ?

Du côté de l'état-major du parti Les Républicains, la réaction a été rapide. Renaud Muselier "ne pourra pas bénéficier de l'investiture LR", a souligné dès dimanche le patron du parti, Christian Jacob. "La peur de perdre des uns, ajoutée au cynisme des autres, n'a jamais fondé une ligne politique. Le premier tour doit être celui de la clarté et de la fidélité à ses convictions, ses engagements et ses alliés naturels", s'est-il indigné.

Les remous sont vifs au sein d'un parti très divisé, particulièrement en région Paca. Très remonté contre Renaud Muselier, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a dit "son immense tristesse face à ce coup de poignard dans le dos". "Ils ont osé l'inacceptable", a-t-il affirmé dimanche, en ajoutant : "Ce matin, je pense à la France qui mérite tellement mieux, ainsi qu'à nos militants et à nos électeurs, trahis dans leurs convictions."

Parallèlement, le président de région sortant a bénéficié du soutien de plusieurs élus LR du sud-est de la France. Notamment de celui de Christian Estrosi, à qui il avait succédé à la tête de la région Paca en 2017 : "Face à la haine de ceux qui ne raisonnent qu'à travers le prisme des appareils politiques et des échéances nationales, je veux réaffirmer que les valeurs gaullistes n'ont rien à voir avec le Rassemblement national", a déclaré le maire de Nice, dimanche. La présidente du département des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, est sur la même ligne. "L’unité doit l’emporter pour faire barrage aux extrêmes lors des régionales", a-t-elle proclamé sur Twitter.

Les Républicains peuvent-ils constituer une nouvelle liste ?

Théoriquement oui, puisque les candidatures pour le premier tour des élections régionales doivent être déposées au plus tard lundi 17 mai à midi dans les préfectures de région. Il reste donc deux semaines pour constituer une éventuelle nouvelle liste LR.

Mais une telle liste affaiblirait évidemment celle du président régional sortant Renaud Muselier, au risque de favoriser celle du Rassemblement national. En outre, elle ne serait guère appréciée des candidats LR qui se présentent avec Renaud Muselier. La liste qu'il a constituée n'est pas encore connue sous sa forme définitive puisque le président régional sortant a refusé de confirmer une fusion avec la liste LREM. Sur Twitter, il a répété être candidat "sans accord d'appareils, sans alliance ni fusion".

Quelles sont les réactions du côté du RN et de LREM ?

C'est évidemment du pain bénit pour le parti de Marine Le Pen, qui se présente comme la principale opposante à la politique menée par Emmanuel Macron. Thierry Mariani, tête de liste du RN aux régionales en Paca, ne s'est ainsi pas privé, depuis trois jours, de pointer ce rapprochement. La liste de Renaud Muselier est "la liste d'En marche, avec des noms donnés directement par l'Elysée", a-t-il asséné lundi, sur BFMTV.

Thierry Mariani, ancien ministre des Transports de Nicolas Sarkozy passé au RN, a également souligné les dissensions au sein des Républicains, en saluant ostensiblement sur Twitter ceux qui ont désapprouvé Renaud Muselier. "Tu as raison cher Guillaume Peltier : s'allier avec LREM, c'est approuver le bilan catastrophique de Macron", a-t-il ainsi écrit au vice-président délégué LR. Il a enfin fustigé le parti LR, dépeint comme "un mouvement qui est prêt à toutes les compromissions".

Du côté de LREM, à l'inverse, on se félicite. "C’est un choix gagnant pour les habitants de cette région", a assuré sur franceinfo le délégué général de La République en marche, Stanislas Guerini. "En région Paca, je sais que le mouvement politique que je représente n'aura pas de difficulté à travailler avec Renaud Muselier", a réagi Christophe Castaner, le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, lundi sur France Inter. En 2015, aux précédentes régionales en Paca et alors qu'il était encore au PS, Christophe Castaner avait dû retirer entre les deux tours la liste de gauche qu'il conduisait pour éviter une éventuelle victoire de la liste FN menée par Marion Maréchal-Le Pen. Il avait ainsi permis à l'époque à Renaud Muselier de gagner la présidence de région.

Mais ce retrait avait eu une autre conséquence : l'absence de la gauche au conseil régional depuis six ans. Elle devrait se présenter unie au premier tour cette année, mais sans les écologistes, qui menacent toujours de partir seuls en lice. 

Est-ce que ça préfigure un accord pour la présidentielle ?

"Il ne faut pas se tromper d'élection : à chaque fois qu'on a voulu faire dire aux électeurs autre chose que la question qui était posée dans les élections, on s'est plantés", a avancé prudemment le délégué général de La République en marche, Stanislas Guerini, sur franceinfo.

Mais le Premier ministre, Jean Castex, lui-même issu des rangs de LR, tout comme son prédécesseur Edouard Philippe, n'a pas hésité, dans Le Journal du dimanche, à parler "d'exemple de la recomposition politique". Autre transfuge de LR passé dans le camp d'Emmanuel Macron depuis 2017, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, va plus loin encore, lundi sur RTL, en parlant de "divorce définitif" entre partisans ou non d'un accord avec La République en marche au sein de son ancien parti.

"Cet accord est l'acte de divorce définitif entre deux parties des Républicains qui étaient irréconciliables (....) depuis le deuxième tour de l'élection présidentielle de 2017, où certains ont refusé de choisir entre le Front national et Emmanuel Macron, et d'autres qui ont fait le choix de soutenir Emmanuel Macron."

Bruno Le Maire

sur RTL

En ligne de mire, ces questions qui taraudent, à droite, les éventuels postulants à la présidentielle. Le parti Les Républicains va-t-il imploser ? Une candidature plus ou moins issue de ses rangs a-t-elle ses chances, en 2022, si Emmanuel Macron se représente ? Déjà candidat à la prochaine présidentielle et également candidat à sa réélection comme président de région des Hauts-de-France, l'ex-LR Xavier Bertrand y a répondu à sa façon, dimanche sur BFMTV, via une pluie de critiques contre le duo Macron-Muselier : "L'accord Macron-Muselier est un terrible aveu d'échec pour Emmanuel Macron" car "En marche est incapable de se mettre sur la ligne de départ sur les régionales", a-t-il lancé, en ajoutant : "Renaud Muselier fait une erreur. Avec En marche, il ne gagnera pas (...)."

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