Le bilan mitigé de François de Rugy au ministère de la Transition écologique

Le successeur de Nicolas Hulot a dû se pencher sur des dossiers hérités du début du quinquennat, qui ont pour certains été tranchés en haut lieu.

François de Rugy lors de l\'inauguration d\'une centrale photovoltaïque à Baud (Morbihan), le 8 juillet 2019.
François de Rugy lors de l'inauguration d'une centrale photovoltaïque à Baud (Morbihan), le 8 juillet 2019. (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

"Je suis ici pour agir pour l'écologie avec méthode, détermination et persévérance dans le temps." Lors de sa prise de fonction au ministère de la Transition écologique et solidaire, début septembre 2018, François de Rugy envisageait des efforts à long terme. Il n'aura finalement été qu'un ministre de passage, contraint à la démission mardi 16 juillet après les révélations de Mediapart sur l'utilisation de ses frais de mandat, entre autres.

Dépêché pour prendre la suite de l'engagé et tourmenté Nicolas Hulot, François de Rugy fut un ministre de l'Ecologie plus politique, pragmatique et policé. Mais ce changement de style n'aura pas été synonyme d'une plus grande longévité dans ce ministère instable. Feuille de route énergétique française, suspension de la hausse de la taxe carbone, économie circulaire, réintroduction d'ourses... L'ancien président de l'Assemblée nationale a dû se pencher sur des dossiers hérités du début du quinquennat, qui ont pour certains été tranchés en haut lieu, ce qui a diminué le périmètre de son action. Franceinfo dresse son bilan mitigé à l'hôtel de Roquelaure.

Le projet de loi énergie et climat

Le projet de loi énergie et climat devait être le premier texte défendu en personne par François de Rugy, mais il a été remplacé au pied levé par sa secrétaire d'Etat Emmanuelle Wargon, mardi au Sénat. Cette loi décrète "l'urgence écologique et climatique" et fixe pour objectif de respecter la "neutralité carbone" à l'horizon 2050. Comme le rappelle Le Monde, ce cap avait déjà été posé par son prédécesseur Nicolas Hulot dans son plan climat. Par ailleurs, la suspension de la taxe carbone et la feuille de route énergétique ont fait l'objet d'arbitrages dans le contexte des "gilets jaunes", avec des annonces du Premier ministre Edouard Philippe.

Le projet de loi prévoit tout de même une baisse de 40% de la consommation d'énergies fossiles d'ici à 2030, contre 30% précédemment, et la fermeture des dernières centrales à charbon en 2022. Le texte confirme toutefois le report de 2025 à 2035 de l'objectif de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50%, contre plus de 70% aujourd'hui, ce qui avait déjà été annoncé par Nicolas Hulot. "On n'oubliera pas que [François de Rugy] a été extrêmement coulant avec EDF sur la question du nucléaire", estime le réseau Sortir du nucléaire.

Ce projet de loi s'est beaucoup étoffé lors de son passage à l'Assemblée, où il est passé de 8 à 55 articles. Les députés ont par exemple introduit un dispositif progressif sur la rénovation énergétique des logements et les "passoires thermiques", ces sept millions de logements mal isolés. Le texte va pérenniser le Haut Conseil pour le climat instauré en novembre par Emmanuel Macron et prévoit des dispositifs de lutte contre les fraudes aux certificats d'économies d'énergie.

Le recyclage

Le projet de loi pour une "économie circulaire", également important, a quant à lui été porté par Brune Poirson, secrétaire d'Etat à la Transition écologique. Objectif pour le gouvernement : faire la guerre au plastique et développer le recyclage et les consignes. Le texte d'une quinzaine d'articles sera examiné par le Parlement à la rentrée. "Le taux de recyclage est beaucoup trop faible en France, nous pouvons gagner cette bataille de réduire les déchets à la source, avait déclaré François de Rugy sur France Inter. C'est une belle bataille écologique et économique puisque c'est une ressource pour nos entreprises."

Les mobilités

Le projet de loi mobilités a lui été porté par la ministre d'Etat aux Transports, Elisabeth Borne, nommée ministre de la Transition écologique pour remplacer François de Rugy. "On peut citer quelques avancées, commente Morgane Créac'h, directrice du Réseau action climat, interrogée par 20 Minutes. Je pense au fonds vélo ou à la mise en place de zones à faibles émissions dans les villes les plus polluées. Mais ces deux points avaient déjà commencé à être négociés sous Nicolas Hulot. François de Rugy n'a fait que les finaliser."

La biodiversité

Alors au ministère, Nicolas Hulot avait lancé l'idée d'un Office français de la biodiversité. Le Parlement a définitivement scellé sa création, qui prévoit la fusion de l'Agence française pour la biodiversité et l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, à compter du 1er janvier 2020. François de Rugy avait évoqué "le fruit d'un compromis" passé avec les fédérations de chasseurs, incluant la réduction du tarif du permis de chasser de 400 à 200 euros accordée par Emmanuel Macron. Il s'est contenté d'annoncer deux mesures pour renforcer le plan de son prédécesseur, rappelle Le Monde : un observatoire sur l'artificialisation des sols et un appel à projets pour les territoires littoraux face aux changements climatiques. Fin 2018, François de Rugy a défendu le lâcher de deux ourses slovènes dans les Pyrénées-Atlantiques, contre l'avis d'éleveurs et d'élus locaux.

Les mobilisations pour le climat

Sur le sujet climatique, revenu en haut de l'agenda politique à la faveur des manifestations successives de citoyens, lycéens ou de militants comme ceux d'Extinction Rebellion, mais aussi de la pétition record de "l'Affaire du siècle" et des européennes, François de Rugy a semblé davantage subir le mouvement que l'accompagner. Fin février, il avait toutefois reçu des associations et des signataires de la pétition au ministère, après avoir publié une invitation sur Facebook.

François de Rugy était également encore en poste lors de la remise du premier rapport du Haut Conseil pour le climat, un groupe composé de 13 scientifiques et experts chargé d'adresser des recommandations à la France. Fin juin, cette instance avait critiqué les "actions insuffisantes" et les "dispositifs trop faibles" du gouvernement. De son côté, le ministre démissionnaire a défendu la création, promise pour la rentrée, d'une "convention citoyenne" composée de 150 personnes tirées au sort qui devront faire des propositions sur la transition écologique.

Le projet minier en Guyane

François de Rugy devait se rendre en Guyane, mi-juin, pour évoquer le projet minier contesté de la Montagne d'Or, mais le ministre avait finalement annulé son déplacement. Le mois précédent, le premier Conseil de défense écologique avait jugé ce chantier "incompatible avec les exigences de protection de l'environnement". Présidée par Emmanuel Macron, en présence de onze ministres, cette instance avait été créée pour répondre à la crise des "gilets jaunes". Le président de la compagnie minière, pour sa part, n'a pas abandonné l'idée de mener à bien ce projet.