Affaire Taha Bouhafs : ce que l'on sait des accusations de violences sexuelles visant l'ex-candidat LFI aux législatives

La cellule de suivi contre les violences sexistes et sexuelles de La France insoumise a été alertée, samedi, d'un témoignage visant le jeune militant et candidat aux législatives, qui a annoncé son retrait de la campagne dans la nuit de lundi à mardi.

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Taha Bouhafs, à Valence (Drôme), le 27 août 2021.  (UGO PADOVANI / HANS LUCAS / AFP)

C'est un témoignage qui vient parachever la situation, déjà très inconfortable, du jeune militant et journaliste de 25 ans Taha Bouhafs. Voilà plusieurs jours qu'il était la cible de vives critiques – y compris au sein de la coalition de gauche – après l'annonce de sa candidature aux législatives sous les couleurs de La France insoumise (LFI), dans la 14e circonscription du Rhône.

Pris pour cible sur les réseaux sociaux – le jeune homme a notamment évoqué des "menaces de mort" dans un communiqué – il a fini par jeter l'éponge, annonçant dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 mai qu'il renonçait à présenter sa candidature pour la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes).

Mercredi, alors que la polémique commençait à peine à se tarir, BFMTV a révélé qu'un signalement avait été fait auprès de La France insoumise, "relatant des faits supposés de violences sexuelles à l'encontre de Taha Bouhafs", précise un communiqué du parti, publié quelques minutes après cet article. 

Un "récit glaçant" pouvant s'apparenter à un viol

Le parti de Jean-Luc Mélenchon explique qu'un signalement a été envoyé à sa cellule de suivi contre les violences sexistes et sexuelles, samedi. La militante féministe Caroline De Haas, membre du Parlement de l'Union populaire (créé par La France insoumise avant la présidentielle pour soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon) confirme à franceinfo avoir elle-même "alerté la direction de LFI aux alentours du 5 ou 6 mai" après avoir reçu le témoignage évoquant des violences psychologiques suivies de faits pouvant être caractérisés de viol.

"C'est un récit glaçant, précis et qui fait aussi état de conséquences graves sur la santé de la victime".

Caroline De Haas

à franceinfo

Caroline De Haas précise avoir transmis un autre signalement s'apparentant plus à des pressions, exercées par le jeune homme, via des messages privés sur Twitter,  sur une responsable associative.

Un cadre du parti assure de son côté à franceinfo qu'au total, "quatre signalements" ont été transmis au comité interne, dont un pour violence sexuelle, un pour harcèlement sexiste et un pour agression sexuelle.

Caroline De Haas considère que LFI "a fait ce qu'il fallait faire". "On ne peut pas revendiquer pendant cinq ans qu'Emmanuel Macron n'aurait pas dû nommer Nicolas Hulot ou Gérald Darmanin et ne pas se l'appliquer ensuite à soi-même", ajoute-t-elle, reconnaissant toutefois que "ça arrive dans une période particulière où Taha Bouhafs est exposé à des violences racistes inouïes".

"La dernière goutte" ayant conduit Taha Bouhafs à retirer sa candidature

Dans son communiqué, La France insoumise explique que le jeune militant "a été confronté aux accusations dont il faisait l’objet ce lundi 9 mai" et "qu'il lui a été signifié qu'en raison de la gravité des faits supposés, par principe de précaution, et conformément aux textes définissant les principes du mouvement, La France insoumise pouvait être amenée à ne pas l'investir".

Interrogée par Mediapart, la députée LFI Clémentine Autain confirme avoir reçu Taha Bouhafs avec sa collègue Mathilde Panot lundi. "Le signalement dont on a pris connaissance samedi est d'une gravité que nous n'avons jamais rencontrée", a-t-elle commenté. "Nous sommes allées voir Taha Bouhafs pour lui dire qu'au regard du signalement, on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir être candidat."

"Avant même la fin de notre procédure interne, Taha Bouhafs a fait le choix de renoncer de lui-même à l'investiture pour les élections législatives", souligne le communiqué de LFI. Ce ne sont donc pas uniquement les attaques dont il était la cible qui l'ont poussé à retirer sa candidature, comme avancé dans un premier temps par le militant sur son compte Twitter, mais en partie ces accusations. "J'étais déjà à bout, le signalement a été la dernière goutte qui m'a conduit à me retirer", a-t-il déclaré mercredi à Mediapart. "Cela fait partie des calomnies évoquées dans mon communiqué", a-t-il ajouté, niant donc la véracité de ce signalement qui émane d'une "ex-petite amie", selon lui.

Sans commenter directement la teneur du témoignage de cette dernière, l'ex-candidat dit "croire profondément dans le combat politique contre les violences faites aux femmes" et "accepte le processus d'accueil de la parole". "Je considère que toute personne faisant l'objet d'accusation doit se retirer de la vie publique dans l'attente de la vérification de cette parole. Ce que j'ai décidé de faire."

Jean-Luc Mélenchon assure que "la parole des femmes doit être entendue sérieusement" 

Quelques responsables politiques ont d'ores et déjà réagi à ces accusations, à l'image de Philippe Poutou, qui avait apporté lundi un soutien ferme à Taha Bouhafs sur Twitter, "face à la campagne calomnieuse" dont il était la cible. Mercredi, en début d'après-midi, le chef de file du NPA a tweeté : "Comme dans tous les cas d'agression, pour nous, pas question de transiger : nous croyons les victimes qui osent rendre publics ces faits. Nous les assurons de notre soutien, sans conditions".

Julien Bayou semble lui plus embarrassé. Le secrétaire national du parti Europe Ecologie-Les Verts a en effet déclaré, mercredi sur Twitter : "Hier, j'ai soutenu Taha Bouhafs contre le racisme. Aujourd'hui, je prends connaissance des accusations de violences sexuelles à son encontre", expliquant qu'il "supprime" son tweet de soutien posté la veille, "pour éviter toute mauvaise interprétation".

De son côté, Jean-Luc Mélenchon a déclaré sur le réseau social : "J'apprends les accusations contre Taha Bouhafs", laissant penser qu'il n'était pas au courant d'une saisie interne de son parti sur le cas du militant et niant ainsi les informations de BFMTV qui assure que LFI aurait acté la démission du journaliste-militant dès dimanche soir. "La parole des femmes doit être entendue sérieusement. Je compte sur la commission ad hoc de LFI pour établir la vérité. Cela n'exempte pas les racistes qui l'ont harcelé", a ajouté l'ex-candidat à la présidentielle. Une déclaration qui va dans le sens de celle de Clémentine Autain, qui a déclaré a Mediapart que le mouvement avait "pris [sa] part de défense" de Taha Bouhafs et avait fait preuve de "responsabilité".

Dans son communiqué, La France insoumise assure que "le travail du comité de suivi se poursuit" et que celui-ci "se tient à disposition pour recevoir les éventuels témoignages d'autres femmes".

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