"Insuffisant", "une goutte d'eau", "tout n'est pas réglé"... les accords du Ségur de la santé ne font pas l'unanimité chez tous les syndicats

Les accords dans le cadre du Ségur de la santé ont été signés entre le gouvernement et une partie des syndicats de soignants mais ne satisfont pas tous les représentants des personnels hospitaliers, qui manifestent mardi.

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Des membres du personnel de santé de l'unité de médecine physique et de réadaptation à l'hôpital Emile Muller de Mulhouse, le 29 avril 2020 (photo d'illustration). (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Un "pacte renouvelé entre la Nation et ses soignants" : Matignon s'est félicité de la signature des accords dans le cadre du Ségur de la santé, commencé depuis plus d'un mois et destiné à améliorer les conditions de travail des soignants et la prise en charge des patients. L'accord signé lundi 13 juillet sur les personnels non médicaux a été signé par trois syndicats majoritaires sur cinq : FO, la CFDT et l'Unsa. Les deux autres syndicats représentatifs (CGT et SUD) n'ont pas souhaité le valider. Concernant les médecins, trois syndicats majoritaires ont également apporté leur signature : l'INPH, le CMH et le Snam-HP. Les deux autres syndicats représentatifs (APH et Jeunes médecins) ont dénoncé des arbitrages "incompréhensibles" et un "simulacre de négociations".

>> Salaires, indemnités, primes : ce que contiennent les accords du Ségur de la santé

Ce plan de plus de 8 milliards d'euros ne fait donc pas l'unanimité."On n'a pas ce qu'il faut pour le moment pour prendre en charge correctement la population dans le futur", résume mardi sur franceinfo Thomas Laurent, infirmier à l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon et membre du collectif Inter-urgences. Des manifestations sont d'ailleurs prévues dans l’après-midi du mardi 14 juillet à Paris, Lyon et Toulouse notamment.

Des hausses de salaire inférieures aux premières exigences

La revalorisation salariale est la principale mesure de l’accord. Une hausse de salaire dite "socle" de l'ordre de 183 euros net mensuels est prévu pour l'ensemble du personnel des hôpitaux et des Ehpad publics. Cette augmentation doit intervenir en deux temps. "Il faut bien se rendre compte qu'au niveau de la santé, c'est une goutte d'eau", explique Thomas Laurent, du collectif Inter-urgences, qui rappelle que le budget de la santé, c’est "plus de 200 milliards d’euros".

Les professionnels de santé demandaient une revalorisation d'environ 300 euros net au gouvernement afin d’être dans la moyenne des rémunérations des pays développés. "Les 300 euros demandés pour tous les infirmiers salariés (public ou privé) correspondent au différentiel calculé par l’OCDE entre le salaire infirmier en France et le salaire moyen infirmier des autres pays, explique le Syndicat national des infirmiers professionnels (SNPI). Nous demandons donc un rattrapage salarial qui n’est même pas la fourchette haute".

Nous étions sous-payés de 20%. Avec cette mesure, dans un an, nous serons toujours sous-payés, mais de 10%, c’est inadmissible !

Syndicat national des infirmiers professionnels

Cette revalorisation est donc inférieure aux exigences des soignants. Mais pour Evelyne Rescanières, secrétaire générale de la fédération CFDT Santé-sociaux, "c'est le jeu d'une négociation d'avoir des demandes et de ne pas aboutir pleinement à ces demandes". Pour Antoine Pélissolo, co-président du collectif Inter-hôpitaux, "ces résultats ne sont évidemment pas négligeables du tout, c'est une reconnaissance importante pour tous les personnels hospitaliers".

Des ouvertures de postes jugées "insuffisantes"

Si la CFDT Santé-sociaux a signé l'accord, sa secrétaire générale pointe tout de même "un petit bémol" concernant les recrutements. Dans les 15 000 postes annoncés par le gouvernement, "7 300 existent déjà à l'hôpital mais sont non pourvus", explique Evelyne Rescanières. Au final, "il y en aurait à peu près 8 000 en création pure, c'est insuffisant". Mais elle considère cette annonce comme "une main tendue", car cela faisait "très longtemps" que les syndicats "réclament des ouvertures de poste à l'hôpital".  Thomas Laurent, du collectif Inter-urgences, reste prudent : "On a entendu le chiffre de 15 000 [postes], mais il ne figure pas pour le moment dans l'accord final du Ségur". L’infirmier estime que "cela représente quatre personnes par hôpital en France", et que "ce n'est pas du tout suffisant".

"Il faut créer des emplois là où il y en a besoin, renforcer les équipes qui sont souvent en tension permanente, et ouvrir des lits là où c'est nécessaire", préconise de son côté Antoine Pélissolo, chef de service à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil (Val-de-Marne) et co-président du collectif Inter-hôpitaux. Pour le psychiatre, cet accord "est un gros effort national, mais tout n'est pas réglé".

Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), abonde dans ce sens : "On nous avait promis un nouveau monde et a l'impression que c'est le monde du passé qui est en train d'être institutionnalisé pour des années. Il n'y a rien sur les gardes, rien sur la permanence de soins, rien sur la valorisation du temps additionnel, c’est-à-dire des heures supplémentaires".

Il n’y a aucun progrès. Il ne se passe rien de moderne.

Patrick Pelloux, président de l'Amuf

à franceinfo

Pour l'urgentiste, "on va continuer la fermeture des hôpitaux et ça, je trouve vraiment que ce n’est pas bien"

Des attentes sur l'attractivité de l'hôpital

Evelyne Rescanières, de la CFDT, souligne que "l'hôpital public manque d'attractivité". C'était un des enjeux du Ségur de la santé. Elle espère "que ce qu'il y a dans l'accord va pouvoir attirer à nouveau les gens à l'hôpital". Antoine Pélissolo, chef de service à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil, n'en est pas convaincu : il rappelle que "beaucoup disent que ça ne va pas être suffisant, qu'on ne va pas gagner beaucoup en attractivité". 

"Est-ce que ce Ségur de la Santé permettra de retenir les jeunes médecins à l'hôpital public ? La réponse est non", déclare de son côté Emmanuel Loeb, président des Jeunes médecins. "Ce qui est présenté comme une revalorisation" ne permet de régler le problème de l'attractivité, estime Emmanuel Loeb, "à la fois en termes de rémunération mais aussi en termes de moyens".

Si on vous paye mieux et que les moyens qui sont alloués à la prise en charge des patients ne sont pas améliorés, si les conditions de travail dans leur ensemble ne sont pas améliorées, vous n'allez pas renforcer l'attractivité.

Emmanuel Loeb, président des Jeunes Médecins

à franceinfo

Pour les urgences, "la problématique, c'était la pénibilité au travail", explique Romain Dufau, chef du service des urgences à Bondy (Seine-Saint-Denis). "On a amélioré le salaire de base. Mais ce qui fait la pénibilité, les gardes, les astreintes du dimanche et du samedi, n'ont pas été rémunérés", regrette le médecin.

Pour lui, "le chantier continue, il y a de la fatigue, et beaucoup d'attentes" car "l'hôpital, c'est aussi la disponibilité des lits, les filières de soins". "On nous promet qu'on va l'aborder ultérieurement, souligne Romain Dufau La seule chose qu'on sait très bien, c'est que l'homme politique change de priorités un peu rapidement. On espère simplement qu'après l'été, on pourra toujours se réunir autour d'une table et discuter de ça".

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