"C'est cracher à la tête des victimes" : des militantes féministes protestent contre la composition du nouveau gouvernement

Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté à Paris après les nominations d'Éric Dupond-Moretti à la Justice et de Gérald Darmanin à l'Intérieur.

Des militantes féministes protestent sur la place de la Madeleine (Paris) contre la composition du nouveau gouvernement, le mardi 7 juillet 2020.
Des militantes féministes protestent sur la place de la Madeleine (Paris) contre la composition du nouveau gouvernement, le mardi 7 juillet 2020. (MAÏWENN BORDRON / RADIO FRANCE)

"La honte ! La honte !" Sur la place de la Madeleine (8ᵉ arrondissement de Paris) des militantes féministes reprennent en cœur ce mot qui résume, selon elles, le dernier remaniement ministériel. Ces femmes ont répondu, mardi 7 juillet, à un appel à la mobilisation lancé par les collectifs Nous toutes et Les Colleuses de Paris, après l'arrivée au gouvernement d'Éric Dupond-Moretti au ministère de la Justice et de Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur. L'ex-ministre de l'Action et des Comptes publics est toujours visé par une enquête pour une affaire de viol présumé, après une plainte déposée en 2017.

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Habillées en noir comme la couleur du deuil et munies d'un cercueil, les manifestantes ont enterré, symboliquement, l'égalité entre les femmes et les hommes, la grande cause du quinquennat d’Emmanuel Macron. Devant l'église de la Madeleine, elles ont crié leur colère, leur incompréhension, leur sidération. "La culture du viol est en marche", peut-on lire sur une des pancartes qu'elles brandissent.

"Une déclaration de guerre"

Léa, 26 ans, a même cru lundi soir qu'il s'agissait d'une blague du site satirique Le Gorafi quand elle a entendu que Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti avaient été nommés ministres. "C'est important de montrer qu'on n'accepte pas des choses qui se font, comme ça, en toute impunité. Pour le coup, moi, je le prends vraiment comme une déclaration de guerre. C’est cracher à la tête des victimes. C'est nier l'existence des personnes victimes de viols et d'abus sexuels." En ce qui concerne la plainte pour viol visant Gérald Darmanin, la jeune femme admet toutefois "qu'il est encore en procédure et qu’il faut respecter la présomption d'innocence."

On ne va pas me dire qu'il n’y a pas d'autres personnes que ce genre de personnage !Léa, militante féministeà franceinfo

Quant à Éric Dupond-Moretti, très critique envers les mouvements #MeToo ou #Balancetonporc, Léa dit ne pas comprendre sa nomination en tant que garde des Sceaux. "Pour moi, des personnes qui tiennent des propos sexistes, homophobes et j'en passe, ne devraient pas avoir le droit d'être dans le gouvernement et encore moins à ce poste-là."

De son côté Maelle, victime de viol, raconte qu'elle s'est mise à pleurer quand elle a appris que Gérald Darmanin avait été promu ministre de l'Intérieur. Difficile de trouver les mots pour exprimer ce qu'elle ressent. "Je dirais 'trahie' même si je l'avais déjà été avant. J’ai l’impression d’être en détresse totale. C'est nous cracher à la figure. J'avais compris que la justice n'était pas juste mais là c’est encore pire." Les manifestantes demandent la démission de ces deux nouveaux ministres.