"La République doit bien ça aux femmes" : à Paris, des militantes féministes demandent au gouvernement la démission de Damien Abad

Après les révélations au sujet du ministre des Solidarités, accusé de viols par deux femmes, une manifestation était organisée mardi soir à Paris pour dénoncer le manque d'investissement de l'exécutif contre les violences sexistes et sexuelles.

Article rédigé par
Farida Nouar - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une personne tient une pancarte "Abad le patriarcat", lors de la manifestation organisée par l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, marid 24 mai à Paris. (THOMAS COEX / AFP)

"Gouvernement de la honte", dénonce une pancarte place Saint-Augustin, dans le 8e arrondissement de Paris, mardi 24 mai. Environ 300 personnes se sont rassemblées dans la soirée à l'appel de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique pour dénoncer la présence de Damin Abad au sein du gouvernement. Le nouveau ministre des Solidarités est en effet accusé de viols par deux femmes. Il conteste les faits. "Abad démission", scandaient cependant les manifestants. Ils appelaient aussi à la démission du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, visé par une plainte pour viol classée sans suite. 

>> Violences sexuelles en politique : comment les partis recueillent et gèrent les accusations et les signalements ?

Pour les militantes féministes, la présence au sein du gouvernement de ces deux ministres, mais aussi d'Éric Dupond-Moretti, le Garde des Sceaux à qui on a souvent reproché des propos sexistes, prouve que la lutte contre les violences faites aux femmes est un mirage. "Ça dit beaucoup de la grande cause du quinquennat à laquelle on a eu le droit pendant cinq ans et qui finalement ne sert à rien", dénonce Sophie. "On n'a toujours pas 1 milliard d'euros pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles." Magalie juge que le gouvernement décrédibilise la parole des femmes.

"C'est un gouvernement misogyne, tout simplement. Ce n'est pas un gouvernement qui nous veut du bien, c'est une certitude."

Magalie, manifestante féministe

à franceinfo

Sur une pancarte, le visage de Damien Abad est barré d'un trait rouge. "Avant que des personnes soient nommées à un ministère, il y a des enquêtes systématiques sur leur patrimoine. Pourquoi ne pas en faire une sur leur rapport aux femmes et aux violences ?", fulmine l’écologiste Sandrine Rousseau qui regrette le manque de transparence. "En l'occurence, on aurait vu qu'il y avait une enquête classée et on aurait interrogé les personnes des Républicains qui disent toutes qu'il y avait des rumeurs insistantes sur sa personne. Le principe de préaution aurait alors été de ne pas le nommer." Elle estime que Damien Abad devrait être mis en retrait le temps d'une enquête. 

L’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, qui avait transmis les accusations portées contre Damien Abad aux Républicains et à La République en marche, plaide aussi pour la création d’une structure d’État qui prenne en charge ce travail de veille. 

"On est bénévoles. On fait ça jour et nuit mais ce n'est pas notre boulot. Normalement, il devrait y avoir des moyens financiers et humains mis sur une instance, voire plusieurs, qui s'occuperait de ces questions"

Alice Coffin, conseillère écologiste à la mairie de Paris et co-fondatrice de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique

à franceinfo

Pour Alice Coffin, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), créée après l'affaire Cahuzac, "pourrait très bien prendre en charge ces questions de violences sexistes et sexuelles et veiller". Le manque de structure officielle est pour elle "très révélateur" d'une certaine position de l'exécutif sur la question. "Encore une fois, ils jugent que ce n'est pas un sujet sur lequel ça vaut le coup que la République mette des deniers. Il me semble que la République française doit bien ça aux femmes."

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