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Privée de local, menacée de poursuites... la Ligue des droits de l'homme dans le viseur du FN

Aux manettes dans plusieurs villes, le Front national s'en prend à la LDH, hostile au parti de Marine Le Pen. Francetv info revient sur les tensions entre les élus et l'association.

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France Télévisions
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Le maire FN Steeve Briois lors du premier conseil municipal de la nouvelle mandature à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 30 mars 2014. (MAXPPP)

L'association avait pris position contre le Front national durant la dernière campagne électorale. A présent aux manettes dans certaines villes, le parti de Marine Le Pen lui rend coup pour coup.

Après avoir privé la Ligue des droits de l'homme (LDH) de local, la ville d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) pourrait bien lui réclamer des loyers impayés, rapporte La Voix du Nord. A Mantes-la-Ville (Yvelines), la LDH pourrait se voir privée de subvention, explique Le Parisien (article payant). Francetv info revient sur ces décisions et les réactions qu'elles engendrent.

Acte 1 : Steeve Briois prive la LDH de local à Hénin-Beaumont

Sitôt élu, Steeve Briois a choisi de prendre une décision très politique : priver la Ligue des droits de l'homme du local que la ville mettait à sa disposition, à titre gracieux, depuis une dizaine d'années.

Le maire d'Hénin-Beaumont s'en explique au micro de France Info, mardi 8 avril, justifiant sa mesure par le caractère "politisé" de l'association, qui combat le Front national.

Acte 2 : la LDH dénonce une décision "de caporal autoritaire"

Il se dit "scandalisé", mais pas "surpris". Interrogé par francetv info sur la décision de Steeve Briois, Pierre Tartakowsky, président de la LDH, reconnaît que son association est "hostile au Front national". "Nous ne l'avons jamais caché."

Le militant concède que le maire d'Hénin-Beaumont a le droit de prendre une telle décision, ce qui ne la justifie pas pour autant à ses yeux. "Ce que je constate, c'est que l'usage de droits pour monsieur Briois, c'est un usage qui se retourne contre le droit et la démocratie", dénonce-t-il. Il appelle à la vigilance et assure que son association continuera son travail dans la commune : la ville voisine de Carvin a proposé de l'accueillir, rapporte France 3 Nord-Pas-de-Calais.

Acte 3 : Gilbert Collard se désolidarise de son "ami"

La décision de Steeve Briois ne fait pas l'unanimité, même dans les rangs du FN ou chez ses proches. A l'inverse de son "ami le maire d'Hénin-Beaumont", Gilbert Collard n'aurait pas "viré la Ligue des droits de l'homme". "Je lui aurais demandé de signer un bail et de payer", lance le député du Rassemblement bleu Marine sur Sud Radio mercredi 9 avril, comme l'a repéré Le Lab.

"Si elle ne signe pas le bail, si elle ne paye pas, elle n'a pas de raison d'être privilégiée par rapport à d'autres associations, explique l'élu du Gard. Sur la question de principe, je ne l'aurais pas fait pour ne pas donner du grain à moudre à ceux qui veulent nous réduire en poussière fascisante."

Acte 4 : la ville pourrait réclamer des loyers impayés

A Hénin-Beaumont, impossible d'éviter l'affaire en conseil municipal. Steeve Briois a été questionné sur sa décision, mercredi, lors d'une séance tendue, rapporte La Voix du Nord. Marine Tondelier, élue écologiste, a reproché au maire d'avoir voulu "détruire un contre-pouvoir". Réponse de l'intéressé : "Je veux remettre tout à plat. Votre système de copinage et de favoritisme, ça suffit !"

Après l'intervention d'un autre élu d'opposition, la majorité riposte par la voix de l'adjoint aux finances Jean-Richard Sulzer, qui propose d'entamer une "procédure de recouvrement" auprès de l'association. L'élu réclame le paiement de loyers pour le local prêté par la mairie ces derniers années. Il évalue la somme à "36 000 euros" et invite le maire à saisir le procureur financier.

Acte 5 : un autre maire FN menace de supprimer une subvention

Les relations entre la LDH et le FN sont tendues également à Mantes-la-Ville, commune récemment remportée par le Front national, explique Le Parisien. Pendant la campagne, le candidat Cyril Nauth n'avait pas caché qu'il envisageait de supprimer la subvention accordée à l'association.

La somme est dérisoire, précise le quotidien : entre 200 et 400 euros annuels. A présent, le maire souhaite écrire à la section locale de la LDH "pour lui demander comment est utilisé l'argent de la mairie". "Si elle ne me répond pas, il n'y aura pas d'autre solution que supprimer cette subvention", prévient Cyril Nauth.

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