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Le FN entre au Sénat, ça change quoi ?

Pour la première fois de son histoire, la Chambre haute va compter deux élus frontistes. Une situation inédite qui a des conséquences. Explications.

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France Télévisions
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David Rachline, sénateur-maire de Fréjus (Var), le 28 septembre 2014. (JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP)

Pour la première fois de son histoire, le Sénat compte un élu Front national dans ses rangs. Deux, même : David Rachline et Stéphane Ravier ont été élus, dimanche 28 septembre, respectivement dans le Var et les Bouches-du-Rhône.

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Ce résultat sans précédent fait suite aux succès du parti d'extrême droite aux européennes et aux municipales. Quelles conséquences auront leur élection sur la vie politique française ? Francetv info analyse cette situation inédite.

Un pouvoir de nuisance très faible au Sénat

David Rachline et Stéphane Ravier ont beau marquer l'histoire de leur parti, leur pouvoir sera bien maigre au Sénat. Comme à l'Assemblée nationale, ils sont trop peu nombreux pour constituer un groupe (un minimum de 10 sièges est requis). Quelques jours avant l'élection, Georges Ginesta, candidat UMP aux sénatoriales dans le Var, résumait sèchement l'éventualité d'une telle situation : "Un sénateur FN n'apporterait rien, il serait inefficace et totalement isolé. D'ailleurs, on voit bien les difficultés qu'ont les députés FN à faire entendre leur voix." 

Au Sénat, le Front national jouera donc un rôle d'opposition au gouvernement au même titre que la droite, mais ne pourra pas faire pression sur elle : l'UMP et l'UDI bénéficient, en effet, d'une avance d'au moins dix sièges sur la gauche. Conséquence, ils n'auront pas besoin de compter sur le soutien d'autres voix pour retravailler ou rejeter les textes votés à l'Assemblée. David Rachline prévient tout de même que le FN ne restera pas atone : "Nous allons imposer un certain nombre de débats au Sénat" pour porter la voix des "Français abandonnés", a-t-il martelé sur i-Télé.

Une alerte de plus pour les partis de gouvernement

Reste qu'avec cette nouvelle représentation à la haute assemblée, le Front national confirme sa progression non seulement chez les électeurs, mais au sein même des institutions de la République. "Marine Le Pen peut sabrer le champagne ce soir, commente pour francetv info Valérie Igounet, auteure du livre Le Front National de 1972 à nos jours. Ce résultat pour les sénatoriales, qui l'a sûrement étonnée, prouve que la stratégie qu'elle a mise en œuvre officiellement en 2011 [la dédiabolisation du parti] fonctionne. C'est une nouvelle 'première fois' pour le Front national, un nouveau palier qui est franchi."

L'opposition UMP-UDI et le PS ont relativisé la victoire du FN. Il s'agit d'une percée "marginale", selon le sénateur UMP Gérard Longuet. Pour Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, "que le Front national puisse avoir de l'audience en France, c'est toujours une déception. Maintenant, il y a une réalité politique"Cette réalité, selon lui, c'est l'isolement du FN au Sénat. Mais elle n'est pas interprétée de la même manière par la présidente du parti. Marine Le Pen a relevé sur i-Télé "la capacité du FN-Rassemblement Bleu Marine à attirer des grands électeurs non élus sur listes". "Nous ne serons pas trop de deux pour faire bouger le mammouth du Sénat. (...) Il n'y a plus qu'une seule porte à pousser, celle de l'Elysée", a abondé Stéphane Ravier. 

Une mise à l'épreuve pour le FN

Après ses succès aux élections nationales et locales, le Front national va devoir relever de nouveaux défis en entrant au Sénat s'il souhaite conquérir les plus hautes sphères du pouvoir. Tout d'abord, le FN, qui se positionne hors "système UMPS", entre au sein d'une institution à l'image fortement écornée. Ensuite, le parti, qui s'oppose au cumul des mandats, n'a pas encore tranché le sort de David Rachline, qui compte garder son siège de maire. 

"Les deux sénateurs FN devront trouver une façon différente de s'opposer au gouvernement, ajoute Valérie Igounet. Ils devront jouer les trublions du Sénat, adopter des comportements et des arguments différents de ceux de l'UMP." Mais le FN devra aussi montrer qu'il est capable d'être une réelle alternative aux partis traditionnels, "en proposant des choses et en développant un programme plus clair et cohérent. Pour l'instant, les mairies FN en sont encore loin."

L'objectif est donc de "ne pas reproduire les erreurs commises après les municipales au milieu des années 1990, où le FN avait ravi plusieurs communes mais les avait mal gérées". Pour ce faire, le parti "s'appuie plus que jamais sur le leadership de Marine Le Pen". L'inexpérience des élus et leur jeunesse (26 ans pour David Rachline et 45 ans pour Stéphane Ravier) seront scrutées de près, assure l'historienne : "Un jeune sénateur doit faire ses preuves. Un jeune sénateur FN, encore plus."

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