Extrême droite, extrême gauche… Mais de quoi parle-t-on ?

La présidente du Front national refuse que le FN soit désigné comme un parti d'extrême droite. L'occasion, pour francetv info, de lister les caractéristiques d'un parti extrême.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, et son père (à gauche), président d\'honneur du parti, le 15 septembre 2013 à Marseille (Bouches-du-Rhône).
La présidente du Front national, Marine Le Pen, et son père (à gauche), président d'honneur du parti, le 15 septembre 2013 à Marseille (Bouches-du-Rhône). (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Arracher l'étiquette "extrême droite" qui colle à la peau du FN : c'est le combat dans lequel s'est lancé Marine Le Pen, la présidente du parti, mercredi 2 et jeudi 3 octobre. Elle a menacé de poursuivre en justice ceux qui continueraient à accoler ce qualificatif à sa personne et sa formation politique. Ce n'est pas la première fois : en 1995, son père, Jean-Marie Le Pen, a poursuivi Le Monde et Libération. Il a été débouté. Treize ans plus tôt, en janvier 1982, le FN avait obtenu en justice un droit de réponse sur TF1, qui avait qualifié un de ses candidats d'"extrémiste de droite".

Parallèlement, des accords électoraux se précisent entre les écolos et le parti de Jean-Luc Mélenchon, qualifié d'extrême gauche par l'UMP. Jean-François Copé rapproche régulièrement Front national et Parti de gauche.

A droite comme à gauche, à quel moment peut-on qualifier un parti d'"extrême" ? Pour le comprendre, francetv info liste les caractéristiques des partis d'extrême gauche et d'extrême droite.

Une définition

L'extrême gauche et l'extrême droite sont définis comme "la partie de la gauche, de la droite, la plus éloignée du centre", selon Le Petit Robert de 2012. Il s'agit évidemment de la définition la plus basique. "Le mot extrême est utilisé pour la gauche et la droite. Au niveau de la langue, c'est le même mot, pourtant les deux camps n'ont pas la même histoire", explique Mariette Darrigrand, sémiologue contactée par francetv info.

"Extrême est un mot négatif, péjoratif, dont personne ne se réclame", poursuit Mariette Darrigrand. "Et depuis 15 ans, on assiste à un phénomène d'euphémisme. Plus les partis extrémistes ont pris de l'importance, plus ils ont cherché à gommer les mots qui font référence à l'extrémisme de leur parti", ajoute-t-elle. "Or, les mots n'ont pas seulement une forme grammaticale, mais une valeur que leur donne l'usage." Une simple définition du mot extrême ne suffit donc pas à définir si un parti appartient ou pas à un extrême, et plus largement, à qualifier ce que recouvrent les termes d'extrême gauche et d'extrême droite.

L'histoire du parti politique

Pour beaucoup de chercheurs, politologues et sociologues, l'origine d'un parti est la marque principale de l'extrémisme en politique. Tout comme son historique : les groupes qui rallient un parti lui donnent directement une identité. Ainsi, le Front national, né en 1972, est, avant que Jean-Marie Le Pen ne prenne la tête du parti, fondé par le mouvement Ordre nouveau. Il "se pose en héritier direct" de la ligne directrice de ce mouvement, néofasciste, "clairement d'extrême droite", pour le sociologue Erwan Lecœur, un des auteurs de Dictionnaire de l'extrême droite, contacté par francetv info.

"Puis, tout au long des années 80, le FN accueille des identitaristes, des anciens de la collaboration, des soldats perdus de l'OAS, des nationalistes révolutionnaires et des poujadistes, poursuit Erwan Lecœur. Or, ces personnes n'ont pas quitté le Front national. Et ce n'est pas un changement de discours qui change fondamentalement un parti."

"Les racines historiques du FN sont dans l'extrême droite", explique le politologue Jean-Yves Camus, interrogé par l'Agence France-Presse. "Mais il est toujours possible à un parti d'évoluer. Le FN ressemble de plus en plus à cette famille de partis européens de droite, populistes, radicalisés." "Marine Le Pen n'est peut-être pas d'extrême droite, mais, quoi qu'elle dise, elle a hérité d'un parti qui, par son histoire et sa logique anti-système, appartient et restera à l'extrême droite. L'étiquette Rassemblement bleu Marine ne changera rien. Au contraire, elle illustre une personnalisation outrancière du parti, une marque des extrêmes", résume Erwan Lecœur.

La place du parti sur l'échiquier politique

"Je considère, comme l'immense majorité de mes collègues, que le FN est d'extrême droite, par son histoire et par son positionnement objectif dans le champ politique", explique le chercheur Joël Gombin à l'AFP. La place du FN dans le paysage politique français, c'est justement ce qui gêne Marine Le Pen. Elle a précisé jeudi qu'elle irait en justice dans des cas bien précis, "pour faire admettre que ce terme n'est pas du tout comme on nous l'explique, uniquement un positionnement sur l'échiquier politique". "Un parti seul ne peut pas décider de sa place sur l'échiquier politique. Cette place se définit en fonction des discours et des actes", rétorque Erwan Lecœur.

Ainsi, de l'autre côté de l'échiquier politique, le Parti communiste et le Parti de gauche sont davatange considérés comme "la gauche de la gauche" par les chercheurs. L'extrême gauche, elle, désigne les courants politiques situés encore plus à gauche, c'est-à-dire les mouvements révolutionnaires qui militent pour l'abolition du capitalisme, comme le Nouveau parti anticapitaliste (NPA, anciennement LCR). "En fait, l'extrême gauche regroupe les organisations marxistes-léninistes et trotskistes, qui se caractérisent par leur critique radicale et leur rejet des institutions, et l'utilisation de la violence pour y parvenir", explique à francetv info Serge Cosseron, historien et auteur de Dictionnaire de l'extrême gauche. "Même si, aujourd'hui, la violence ne mobilise plus les groupes d'extrême gauche comme c'était le cas dans les années 70."

Une volonté de se positionner hors du système politique

Cette volonté manifeste de détruire les institutions démocratiques caractérise clairement les extrêmes, s'accordent à dire Serge Cosseron et Erwan Lecœur. "Actuellement, les dirigeants politiques des deux extrêmes font ce que j'appelle du 'néo-populisme', un style politique très ancien recréé, estime le second. La différence, c'est le peuple auquel il s'adresse : 'demos', comme démocratique à gauche, 'ethnos', comme ethnique à droite."

Les municipales de mars 2014 semblent toutefois constituer un tournant, car les partis qui en font un enjeu s'incluent dans le système démocratique français. Le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon montre, en entreprenant une alliance pour le premier tour avec Europe Ecologie-Les Verts, comme l'affirme Europe 1 vendredi, "qu'il veut maintenir sa place et peser contre le Parti socialiste", selon Erwan Lecœur. "Quant au FN, c'est une nouveauté, car il n'a jamais reconnu les autres partis comme légitimes, alors qu'il a toujours voulu prendre le pouvoir", estime-t-il. Une analyse qui explique pourquoi la gestion municipale constitue un test pour un parti d'extrême droite.