"Ça part un peu en flop" : le Conseil national de la refondation sème le doute parmi les soutiens d'Emmanuel Macron

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Le président de la République, Emmanuel Macron, à l'Elysée, le 5 septembre 2022. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le CNR, annoncé par le chef de l'Etat lors de la campagne des législatives, est lancé jeudi dans l'Essonne. Mais plusieurs chaises seront vides, interrogeant sur la potentielle réussite de l'exercice. 

Ce doit être l'incarnation de "la nouvelle méthode", promise par Emmanuel MacronJeudi 8 septembre, le président de la République lance à Marcoussis (Essonne) le Conseil national de la refondation (CNR) qui doit faire "travailler ensemble" gouvernement, Parlement et administration, partenaires sociaux et associations, représentants des territoires et citoyens sur des sujets aussi variés que l'école, la santé, les services publics ou le pouvoir d'achat. Mais avant même son lancement, le projet, censé marquer le second quinquennat du chef de l'Etat, a du plomb dans l'aile. Les oppositions politiques et certains syndicats refusent d'y participer, dénonçant "un bidule", "un outil de communication" qui "montre que le président veut contourner les instances démocratiques". 

Les refus, qui se sont enchaînés ces derniers jours, laissent un goût amer au sein de la majorité. Officiellement, les soutiens d'Emmanuel Macron déplorent que, "pour des raisons de politiques politiciennes, ils [les opposants] se retirent", dixit une cadre de Renaissance, tandis que d'autres pointent une stratégie "irresponsable". "Le CNR leur offre une tribune. Ils refusent. Laissons-leur la fureur !", tacle le député Renaissance Ludovic Mendès. "On ne peut pas dire d'un côté que le président méprise les corps intermédiaires et, de l'autre, ne pas venir autour de la table", s'agace un conseiller ministériel. "On ne gagne que dans le dialogue, ajoute l'Elysée. La politique de la chaise vide ne fait pas avancer les dossiers."

Pourtant, en coulisses, certains esprits commencent à s'inquiéter de la tournure des événements.

"La cerise sur le gâteau d'une rentrée trop chargée"

"Je ne vais pas vous bullshiter [baratiner], c'est mal parti, lâche un parlementaire influent de la majorité. Personne n'avait anticipé ça." Le "ça" en question ? La défiance suscitée par le CNR auprès des partis politiques – avec notamment la non-participation de Gérard Larcher, président du Sénat –, des syndicats, mais aussi des associations d'élus. Ces dernières participeront finalement à la réunion de jeudi après une longue rencontre lundi soir avec Emmanuel Macron, qui a tout fait pour les convaincre de venir.

"La démarche est intéressante et porteuse de sens, d'autant plus si les parties prenantes sont larges et représentantes", confie le député Horizons Frédéric Valletoux. "Moins il y a de participants autour de la table, plus ça fragilise la légitimité de la démarche", reconnaît-il. "Ce ne sont pas des conditions idéales pour commencer", abonde une autre parlementaire de la majorité. D'autres sont encore plus cinglants. "Le CNR, c'est un peu la cerise sur le gâteau d'une rentrée déjà trop chargée", soupire un macroniste. 

"Ca part un peu en flop de la rentrée ce truc. Je ne sais pas trop comment on peut penser que les oppositions vont jouer le jeu."

Un soutien d'Emmanuel Macron

à franceinfo

Parmi les refus des invités, une absence sera particulièrement remarquée : celle de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, en visite au Canada. Le leader d'Horizons sera remplacé par la maire d'Albi, Stéphanie Guiraud-Chaumeil. "Il n'a pas inventé un déplacement au Canada pour échapper au CNR, c'était prévu depuis longtemps", défend Frédéric Valletoux. Mais officieusement, "Edouard Philippe ne croit absolument pas au CNR", reconnaît un autre de ses proches auprès de franceinfo.

Aux refus de certains invités, s'ajoute le manque d'informations. Cadre, participants, calendrier, modalité de reprise des propositions... Tout reste encore à définir ou préciser. "Je veux bien laisser sa chance au produit, pourvu qu'on m'explique où on va", soutient une députée de la majorité, qui avoue tout de même se poser "des questions sur le périmètre, l'organisation et l'articulation avec le Parlement".

En réalité, la journée de jeudi n'est qu'"un point de départ (...) un processus qui débute", annonce l'Elysée. La cinquantaine de participants (des représentants politiques, syndicaux, associatifs...) devront définir "le cadre, les thèmes, la manière dont on va travailler ensemble et la déclinaison territoriale" du CNR. 

Aboutir à des réformes concrètes

Si les différents chantiers qui doivent être lancés avant la fin septembre ne sont pas encore connus, le pilote du projet est lui identifié. C'est François Bayrou, le président du MoDem et partenaire incontournable du président de la République, qui sera le secrétaire général. Une désignation qui laisse plus d'un sceptique au sein de la majorité. "Et en bonus, c'est Bayrou qui pilote !", ironise un macroniste. "Je ne suis pas certaine du choix du secrétaire général, je n'aurais pas pris un politique", glisse une cadre de Renaissance.

Au-delà de la question de François Bayrou, tous espèrent surtout que le CNR accouchera de propositions concrètes. "Personne ne tolérera que ça ne conduise pas à des réformes", note une parlementaire de la majorité.

"Il y a urgence à ce que ça produise quelque chose. Je crains sinon que ça se retourne contre nous et le président."

Une parlementaire de la majorité

à franceinfo

L'expérience de la Convention citoyenne sur le climat reste dans les mémoires. La reprise très partielle des propositions formulées par les participants, loin des promesses de départ, avait généré déception et colère. "Il faut être clair sur les modalités et tirer les enseignements de la Convention citoyenne sur le climat", glisse un conseiller ministériel. Et éviter aussi l'écueil du grand débat national né de la crise des "gilets jaunes", qui avait lui aussi accouché de milliers de propositions tombées aux oubliettes. 

Du côté de l'Elysée, on assure que "l'on ne fait pas cet exercice [le CNR] pour que cela se perde dans les limbes. C'est pour ça qu'il y aura des clauses de rendez-vous, pour que l'on avance." Des promesses qui ne dissipent pas les doutes. "Je ne sais pas comment tu peux faire asseoir tous ces gens-là pour en sortir quelque chose, je reste sceptique, confie un cadre de la majorité. C'est un ersatz de think tank, avec un nom gaulliste". Mais, en macronie, quand on doute, on s'en remet au chef. "Le président retombe toujours sur ses pattes", veut croire l'un de ses proches.

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