Quatre questions sur le "Conseil national de la refondation" qu'Emmanuel Macron veut lancer après les élections législatives

Cette instance, au nom inspiré du Conseil national de la résistance, rassemblera des professionnels et des citoyens pour étudier différents dossiers, notamment l'école et la santé.

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Emmanuel Macron lors de son interview à la presse régionale, à l'Elysée, le 3 juin 2022. (MAXPPP)

Ce doit être l'une des incarnations de la "nouvelle méthode" promise par Emmanuel Macron pour son second quinquennat. Dans un entretien à la presse régionale, vendredi 3 juin, à huit jours du premier tour des élections législatives, le président annonce notamment la création prochaine d'un "Conseil national de la refondation". Franceinfo revient en quatre questions sur les contours de ce projet.

A quoi ressemblera cette instance ?

Ce Conseil national de la refondation réunira "les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et de citoyens tirés au sort", précise Emmanuel Macron. Un modèle qui évoque à la fois celui du Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui rassemble des représentants de la société civile (conseillers issus de syndicats, ONG, monde de l'entreprise), et celui de la Convention citoyenne sur le climat (CCC), entièrement constituée de citoyens choisis de manière aléatoire.

Le président évoque une "révolution culturelle [qui] part du terrain et associe tous les acteurs", assurant que "les Français sont fatigués des réformes qui viennent d'en haut (...). Paris doit être au service du terrain." La structure sera lancée "dès après les législatives", d'abord avec "une première séquence de plusieurs jours, puis des rendez-vous réguliers", décrit le président. "Je souhaite que la Première ministre et son gouvernement puissent le faire vivre", ajoute-t-il.

Contacté par franceinfo, l'Elysée précise qu'"il y aura une équipe dédiée auprès du président de la République et de la Première ministre pour préparer, organiser et mettre en place ce rendez-vous. Il ne s'agit pas de recréer une structure semblable au Cese, mais de trouver une nouvelle méthode pour relever les défis posés par cette nouvelle époque." La façon dont seront désignés les participants de ce CNR n'a pas été communiquée.

Quelles seront ses missions ?

Le CNR sera chargé de mettre en avant les cinq objectifs que le président dit avoir "porté (...) pendant la campagne : l'indépendance (industrielle, militaire, alimentaire), le plein-emploi, la neutralité carbone, les services publics pour l'égalité des chances et la renaissance démocratique avec la réforme institutionnelle".

Le CNR devrait d'abord se pencher sur les questions de pouvoir d'achat. Viendront ensuite plusieurs "grands chantiers : production, écologie, services publics". Le chef de l'Etat évoque notamment l'école et la santé, avec un processus des "discussions (...) sur le terrain" lancé à partir de septembre en parallèle du CNR "pour identifier les besoins et bâtir des projets", d'où sortiront "une feuille de route et des moyens chiffrés". Ces feuilles de route doivent émerger de  lancées à partir de septembre, "auxquelles seront associées toutes les parties prenantes".

A franceinfo, l'Elysée ne précise pas de quelle manière le CNR s'emparerait de ces missions ou présenterait les résultats de ses réflexions, mais renvoie la balle à Matignon. "Le président a donné une impulsion, une orientation générale. Ce sera à la Première ministre et au gouvernement de s'en emparer, de s'appuyer sur ces travaux et de les rendre opérationnels", explique-t-on.

Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Cette appellation ne doit rien au hasard. Il s'agit bien d'une allusion au Conseil national de la résistance, dont le général De Gaulle avait confié la création à Jean Moulin en 1942. Ce conseil coordonnait les différents mouvements de la Résistance intérieure française pendant la Seconde Guerre mondiale. Emmanuel Macron revendique la référence. "Nous vivons un temps comparable", assure le président, ajoutant que "nous sommes dans une ère historique qui impose de changer profondément de modèle", évoquant l'invasion de l'Ukraine menée par la Russie depuis trois mois.

Ce n'est pas la première fois que le chef de l'Etat fait allusion à cette période de l'histoire. "Depuis la crise du Covid, il est très intéressé par cette référence mythique qu'est le Conseil national de la résistance", explique Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof et professeur à Sciences Po Paris, sur franceinfo. Il avait, à plusieurs reprises, comparé la crise sanitaire à une "guerre". "Le chef de l'Etat cherche un cadrage fort pour lancer son second mandat, avec l'idée d'une refondation, un mot qui est très important", ajoute le politologue.

Sur le fond, Bruno Cautrès relève des différences entre le programme du CNR originel et celui d'Emmanuel Macron. "Le Conseil avait un programme très inspiré par le Parti communiste, très à gauche avec des nationalisations (...). Pour le moment, le programme que présente le chef de l'Etat est plutôt constitué d'investissements dans des dépenses d'avenir : l'éducation, l'hôpital (...) assez loin des fondements idéologiques du Conseil national de la résistance."

Comment cette instance est-elle accueillie par les oppositions ?

Cette référence n'est pas appréciée par tout le monde. Alexis Corbière, député La France insoumise, a dénoncé samedi sur franceinfo "un Conseil national de la manipulation". Pour lui, Emmanuel Macron "fait croire qu'il va mettre en place un bidule dans lequel le Macron numéro 1, autoritaire, qui n'a pas écouté les Français, va cette fois les écouter". "Le Conseil national de la Résistance a créé la Sécurité sociale, et monsieur Macron veut la détruire et détruire les droits à la retraite", a également dénoncé Catherine Perret, secrétaire confédérale de la CGT chargée des retraites et de la protection sociale, le 3 juin sur franceinfo.

La gauche n'est pas la seule à s'en indigner : "Il y a quelque chose d'indécent à transposer une telle époque dans la nôtre. C'est une récupération politique assez médiocre", a tancé François-Xavier Bellamy, eurodéputé Les Républicains, sur franceinfo samedi.

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