L'Emission politique, France 2

Primaire à droite : comment le programme d’Alain Juppé tente de se différencier

L’ancien Premier ministre est l’un des sept candidats à la primaire de la droite organisée les 20 et 27 novembre. Mais comment Alain Juppé, jusqu’ici favori des sondages, se démarque-t-il vraiment des autres prétendants ? "L'Émission politique" recense pour vous les particularités de son programme pour 2017.

Alain Juppé, maire de Bordeaux, à Paris, le 7 septembre 2016.
Alain Juppé, maire de Bordeaux, à Paris, le 7 septembre 2016. (THOMAS SAMSON / AFP)

Il fait la course en tête depuis plusieurs mois. A 71 ans, Alain Juppé est pour l’instant pressenti pour arriver premier lors de la primaire du parti Les Républicains, en vue de l’élection présidentielle de 2017. Mais son programme est-il si différent ? Le maire de Bordeaux, Premier ministre de 1995 à 1997, se rapproche de ses adversaires sur l’économie. C’est sur les questions de fiscalité, d’identité et de sécurité qu’il cherche à se démarquer.

Economie : des distinctions dans la nuance

En matière d’économie, les sept candidats à la primaire de la droite se rejoignent sur bon nombre de points. La plupart des prétendants au scrutin comptent réformer les 35 heures, reporter l’âge de départ légal à la retraite et réduire les dépenses publiques. Les programmes se démarquent plutôt sur le contenu des propositions plus précises.

Alain Juppé propose ainsi de fixer à 39 heures la durée hebdomadaire légale du travail, sauf pour les entreprises s’accordant sur une durée inférieure. Elles auront deux ans pour y parvenir. Nicolas Sarkozy, deuxième favori des sondages, propose plutôt de passer à 37 heures payées 37 dans la fonction publique. Quant à François Fillon, il s’est déjà prononcé en faveur d’une suppression de la durée légale du travail, pour une “négociation dans l’entreprise”.

Sur le dossier des retraites, Alain Juppé, comme François Fillon, Bruno Le Maire ou Nathalie Kosciusko-Morizet, souhaite relever l’âge légal de départ à 65 ans. Mais le maire de Bordeaux prône un report progressif, de l’ordre de quatre mois par an, à partir de 2018. Nicolas Sarkozy, lui, souhaite un report à 63 ans dès 2020, puis à 64 ans en 2025.

Dans le camp des Républicains, la plupart des candidats s’accordent ensuite pour réaliser entre 85 et 110 milliards d’économies s’ils sont élus. Alain Juppé est pour l’instant l’un des candidats les plus prudents sur la suppression d’emplois publics. Il propose de réduire de 250 000 à 300 000 le nombre de fonctionnaires, contre 300 000 pour Nicolas Sarkozy, 600 000 pour François Fillon – et jusqu’à un million pour Bruno Le Maire.

Moins de mesures fiscales pour les ménages

La fiscalité est peut-être le sujet économique sur lequel Alain Juppé et son principal rival, Nicolas Sarkozy, se distinguent le plus. Tous les deux s’accordent sur une suppression de l’impôt sur la fortune (ISF), mais annoncent un programme bien différent sur la fiscalité des ménages. Nicolas Sarkozy promet une baisse de l’impôt sur le revenu de 10%, alors qu’Alain Juppé prévoit uniquement de relever le quotient familial de 1 500 à 2 500 euros par demi-part. Et si les 40 milliards d’euros de baisses d’impôts voulues par Nicolas Sarkozy concernent d’abord les ménages, celles prônées par Alain Juppé viseront en priorité les entreprises.

Autre point de divergence : la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Alain Juppé souhaite augmenter la TVA d’un point, en contrepartie d’une forte réduction des cotisations famille des entreprises. Une mesure critiquée par Nicolas Sarkozy car déjà réalisée par François Hollande.

Pour une identité "heureuse" et une laïcité "de bon sens"

C’est sur le terrain sociétal que les différences semblent plus marquées entre Alain Juppé et ses rivaux. En plein débat sur l’identité, le maire de Bordeaux a fait de “l’identité heureuse” l’un des slogans forts de sa campagne. C’est un objectif et je n’en démordrai pas”, a-t-il réaffirmé. Avec ces mots, Alain Juppé compte bien se distinguer des autres candidats – Nicolas Sarkozy le premier – sur des sujets tels que l’immigration et l’islam.

Quand Nicolas Sarkozy et François Fillon défendent une politique d’“assimilation” des immigrés, Alain Juppé juge le concept “dépassé” et préfère parler d’“intégration”. Il propose de durcir les conditions du regroupement familial, là où Nicolas Sarkozy veut tout simplement le suspendre. Le candidat va également moins loin sur l’aide médicale d’Etat (AME), qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins. Il souhaite sa réforme – comme Nathalie Kosciusko-Morizet – alors que Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire et Jean-François Copé promettent de la supprimer.

Alain Juppé prône ensuite une “laïcité de bon sens” : il s’oppose à l’interdiction du port du voile à l’université, alors que Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-François Copé en défendent l’idée. En pleine polémique sur le burkini, Alain Juppé s’était également prononcé contre une “loi de circonstance” l’interdisant, contrairement à Nicolas Sarkozy.

Terrorisme : se différencier sur l'État de droit

En matière de justice et de lutte contre le terrorisme, le candidat rejoint plusieurs de ses adversaires sur la construction de places de prison supplémentaires – il en réclame 10 000 – ou sur le rétablissement des peines planchers. Mais le maire de Bordeaux s’oppose au rétablissement du service militaire, alors que Nicolas Sarkozy et François Fillon le défendent. Sur la question du placement des fichés S en centre de rétention, Alain Juppé semble plus partagé. Il propose une assignation à résidence pour les fichés S jugés “dangereux” dans le cadre de l’état d’urgence, tout en réaffirmant son attachement à l’Etat de droit. C’est, dit-il, sa “vraie différence” sur le sujet. Une manière, une fois de plus, de se démarquer de son principal rival : Nicolas Sarkozy.