Après l’affaire Jouyet, Fillon tente de relancer sa campagne en parlant d’immigration

L’ancien Premier ministre est affaibli par les révélations du "Monde", mais en meeting à Menton, il a surtout parlé d'immigration, sans véritablement provoquer de l'enthousiasme.

François Fillon, lors de son meeting sur le thème de l\'immigration, le 14 novembre 2014 à Menton (Alpes-Maritimes). 
François Fillon, lors de son meeting sur le thème de l'immigration, le 14 novembre 2014 à Menton (Alpes-Maritimes).  (VALERY HACHE / AFP)

Un meeting pour tourner la page. A Menton (Alpes-Maritimes), vendredi 14 novembre, François Fillon a d’abord cherché à faire oublier l’affaire Jouyet-Fillon en recentrant le débat sur ses propositions politiques. L’ancien Premier ministre est accusé par le secrétaire général de l’Elysée d’avoir demandé au pouvoir en place d’accélérer les procédures judiciaires à l’encontre de Nicolas Sarkozy.

François Fillon n’avait pas besoin de ça. A deux ans de la primaire UMP qui doit désigner le candidat de la droite pour la présidentielle de 2017, le député de Paris semble déjà à bout de souffle. "C’est sûr que cette affaire complique un peu sa campagne", admet une militante filloniste. "Il est incontestablement affaibli par cette histoire d’enregistrement", ajoute Ndeyefatou, jeune militante UMP venue par curiosité.

"Des mensonges pitoyables"

La plupart des militants présents affichent leur soutien et dénoncent un "complot" visant à entraver la campagne de leur champion. Mais ils ne sont pas tous d’accord sur le commanditaire. "C’est une attaque de la gauche pour déstabiliser Fillon et l’UMP en général", martèle une jeune militante. "L’intérêt de Hollande, c’est d’avoir Sarkozy en face de lui en 2017", ajoute un élu UMP. D’autres se demandent à qui profite le crime : "Je constate juste que c’est Sarkozy qui tire les marrons du feu, l’un de ses concurrents est affaibli et il va pouvoir jouer sur l’existence d’un cabinet noir à l’Elysée".

De son côté, François Fillon a voulu évacuer la polémique dès le début de son discours prononcé devant un parterre de 300 personnes : "Depuis quelques jours, je suis obligé de répondre à des mensonges pitoyables () Ça fait 30 ans que je me bats pour une conception digne de la politique. () J’ai saisi la justice et ce soir je n’en dirai pas plus parce que je pense que cela a déjà suffisamment abaissé le débat public dans notre pays."

France 2

L’argumentaire est court et ne permet pas de dissiper tous les doutes des militants présents à Menton. "Moi, je pense qu’il a pu tenir ces propos, on sait très bien qu’il déteste Sarkozy et qu’il aurait tout fait pour lui mettre des bâtons dans les roues", lâche Annick, une militante UMP de 70 ans qui avoue sa préférence pour Nicolas Sarkozy. Certains admirent tout de même sa combativité. "Je m’attendais à le voir plus affaibli par rapport aux affaires, alors qu’il m’est apparu combattif, déterminé, sûr de lui", confie Florent, militant sarkozyste.

"Ni angélisme, ni extrémisme, mais la France doit accueillir moins d’étrangers"

Après s’être livré à une critique en règle du bilan de mi-mandat de François Hollande, François Fillon a rappelé quelques unes de ses propositions économiques comme la suppression des 35 heures. Il s’est montré optimiste, en estimant qu’avec son remède libéral de choc, la France pouvait devenir la première puissance européenne en 10 ans. Mais il a lié les conditions de ce redressement au problème de la cohésion nationale, afin de mieux amener ses propositions sur l’immigration.

"Ni angélisme, ni extrémisme, reste ma troisième conviction : la France doit accueillir moins d’étrangers, pour les intégrer mieux", a résumé François Fillon. Pour cela, il veut que l'Assemblée fixe chaque année des quotas pour l'immigration. Il propose aussi de durcir les conditions du regroupement familial et de "fixer des limites à la générosité de notre système sociale". Il souhaite par exemple réserver les prestations sociales aux étrangers résidant en France de manière régulière depuis au moins deux ans. Il désire également supprimer l’aide médicale d’Etat pour la remplacer par une "dispense temporaire de frais de santé limitée aux urgences sanitaires et aux maladies graves"

"Pour moi c’est du réchauffé"

Un discours qui a reçu un accueil mitigé de la part des militants présents à Menton. Certains comme Jean-Marc ont apprécié l’exercice : "Je l’ai trouvé particulièrement clair, précis, avec de nouvelles propositions qui changent un peu et qui apportent une base pour la réflexion". D’autres ne cachent pas leur déception : "Pour moi c’est du réchauffé, je l’ai déjà entendu dans la bouche de Sarkozy voir dans celle de Marine Le Pen". Annick a apprécié le discours mais reste perplexe sur la sincérité de l’homme : "Il a été cinq ans à la tête du gouvernement et qu’est-ce qu’il a fait ? Je suis d’accord avec ce qu’il dit, mais je ne sais pas s’il va le faire".

La campagne de François Fillon n’a pas décollé à Menton. Pour beaucoup de militants, il reste l’homme au cœur de la guerre désastreuse pour la présidence de l’UMP en 2012. "Dans cette campagne, il a dû mal à trouver sa place entre Juppé et Sarkozy", ajoute Florent. Pour Jean-Claude Guibal, le député-maire de la ville qui accueillait l’ancien Premier ministre, le retard de François Fillon s’explique par un problème d’image : "Il  fonctionne à l’économie de mots, il ne joue pas le jeu politico-médiatique au même degré que les autres". François Fillon a terminé son discours en appelant à "rallumer" les "flammes vacillantes" qui brillent en chacun des Français, mais il n’est pas sûr qu’il soit parvenu à raviver la sienne.