Tuerie raciste à Buffalo : ce que l'on sait de la fusillade qui a fait au moins dix morts, en majorité des Afro-Américains

Un homme blanc, âgé de 18 ans, a ouvert le feu samedi après-midi dans un supermarché de l'Etat de New York. L'assaillant, lourdement armé, a été immédiatement arrêté.

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Un homme blanc a ouvert le feu tuant au moins dix personnes en majorité noires dans un supermarché Tops Friendly, à Buffalo dans l'Etat de New York, le 14 mai 2022. ((MAXPPP))

Une nouvelle tuerie de masse, dont le caractère raciste ne fait aucun doute, selon les autorités américaines. Un jeune homme blanc de 18 ans, se revendiquant du suprémacisme, a ouvert le feu sur des employés et des clients d'un supermarché fréquenté en majorité par des Afro-Américains, dans un quartier de Buffalo, la deuxième ville la plus peuplée de l'Etat de New York, samedi 14 mai. Cette attaque terroriste a fait dix morts et trois blessés. L'auteur des coups de feu a été arrêté sur place. Franceinfo détaille ce que l'on sait de ce drame survenu dans le nord-est des Etats-Unis, au bord du lac Erié, à la frontière avec le Canada.

Un homme ouvre le feu dans un supermarché

La tuerie a débuté samedi après-midi, vers 14h30. L'assaillant, équipé d'une tenue de type militaire, d'un casque et d'un gilet pare-balle a ouvert le feu avec une "arme d'assaut". Le supermarché visé, une enseigne de la chaîne Tops Friendly Markets, est très fréquenté le samedi. Le magasin est situé sur Jefferson Avenue, dans un quartier à majorité noire de la ville de Buffalo, rapport le Buffalo News*.

D'après le récit fait en conférence de presse par le chef de la police locale, le commissaire Joseph Gramaglia, le tueur tire d'abord sur quatre personnes sur le parking, en tuant trois d'entre elles. Puis, le tireur entre dans le magasin pour y commettre un carnage. Là, Aaron Salter, un agent de sécurité, policier à la retraite, tire sur l'assaillant, précise l'agence Associated Press*. En vain. Le tueur, protégé par son gilet pare-balle, n'est pas blessé. Il riposte, tuant l'agent de sécurité, et s'enfonce dans le supermarché, tirant sur des employés et des clients, avant de ressortir sur le parking. 

Des témoins, interrogés par le Washington Post*, ont décrit une scène de terreur. A l'instar de Grady Lewis, qui était à l'extérieur du magasin et raconte avoir vu un homme ouvrir le feu, "pointant l'arme à gauche et à droite alors qu'il tirait sans discernement sur les gens"

Lorsque la police arrive sur les lieux, le jeune homme a retourné son arme contre lui, au niveau de son cou, semblant prêt à se suicider, selon le commissaire Gramaglia. La police le met en joue et deux officiers parviennent ensuite à le convaincre de lâcher son arme, a précisé le commissaire de police de Buffalo.

Au moins dix morts et trois blessés

Parmi les treize victimes, onze étaient des personnes noires et deux étaient blanches, selon le commissaire Gramaglia. Les dix personnes tuées étaient pour quatre d'entre elles des employés du magasin et pour six des clients. Les trois personnes blessées et hospitalisées étaient dans un état stable samedi soir et l'une d'elles a pu sortir, selon un porte-parole de l'hôpital cité par le Buffalo News.

Le nom des personnes décédées n'a pas été communiqué, à part celui de l'agent de sécurité et d'une des victimes, Ruth Whitfield, âgée de 86 ans et mère de Garnell Whitfield, ancien commissaire aux incendies de Buffalo, aujourd'hui à la retraite. "Ma mère était une mère pour les orphelins. Elle a été une bénédiction pour nous tous", a-t-il déclaré au Buffalo News*.

Un crime motivé par la haine et diffusé sur Twitch

Cette attaque est "un crime motivé par la haine et raciste", perpétrée par "le mal incarné", a fustigé le shérif du comté d'Erié, John Garcia. Sur l'arme du jeune homme était inscrit à l'encre blanche le mot "nigger" ("nègre" en anglais), révèle le Buffalo News*. Un mot raciste et tabou aux Etats-Unis. L'arme comportait une autre inscription marquée du sceau du suprémacisme blanc américain : le chiffre "14", en référence aux "14 mots" d'un des slogans du mouvement néonazi : "Nous devons sécuriser l'existence de notre peuple et un avenir pour les enfants blancs", explique Radio Canada.

L'attaquant, qui portait une caméra, a commencé à diffuser en direct son crime sur Twitch, après s'être déclaré "suprémaciste blanc" et "antisémite". La plateforme s'est dite "dévastée" et a rappelé, dans un communiqué, avoir une "politique de tolérance zéro à propos de la violence quelle qu'elle soit". D'après le réseau social, le contenu a été supprimé "deux minutes" après le début de sa diffusion, le compte de l'assaillant a été "suspendu définitivement" et "tous les comptes susceptibles de rediffuser ce contenu sont sous surveillance".

Plusieurs médias américains mentionnent par ailleurs un "manifeste" à caractère raciste diffusé sur internet. Les enquêteurs cherchent à savoir si ce texte a été rédigé par le tueur. Ce document de 180 pages expose des croyances racistes, anti-immigrés et antisémites, y compris un désir de chasser des Etats-Unis toutes les personnes non originaires d'Europe, détaille l'agence AP. Le texte développe également la théorie raciste et complotiste du "grand remplacement", selon le Washington Post*. L'auteur du manifeste déclare aussi s'inspirer de Brenton Tarrant, l'homme qui tué 51 personnes dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en 2019.

Une enquête ouverte pour "meurtre au premier degré"

Arrêté sur place, le tueur a été placé en détention provisoire "sans libération conditionnelle". Il est poursuivi pour "meurtre au premier degré", a annoncé le procureur de district du comté d'Erie, John J. Flynn*, qui a aussi révélé l'identité du suspect : Payton S. Gendron, 18 ans, habitant de Conklin, à plus de 300 kilomètres de Buffalo. Selon le maire de Buffalo, Byron Brown, le tueur a fait plusieurs heures de voyage pour commettre sa tuerie.

"Nous enquêtons sur cet incident comme étant à la fois un crime motivé par la haine et une affaire d'extrémisme violent à motivation raciale", a déclaré Stephen Belongia, policier du FBI à Buffalo. Le "crime motivé par la haine" désigne aux Etats-Unis un acte dirigé contre une personne visée en raison d'éléments de son identité comme la race, la religion, la nationalité, l'orientation sexuelle ou un handicap. Considéré comme une infraction fédérale aux circonstances aggravantes, il entraîne des condamnations plus dures.

Interrogé par les médias sur place pour savoir si le tireur risquait la peine de mort à l'échelon fédéral, le représentant local du parquet a répondu que "toutes les options étaient sur la table"Lors de sa première audition, le tireur, inconnu des forces de l'ordre selon le procureur, a plaidé non coupable de meurtre au premier degré, rapporte le New York Times*.

Joe Biden dénonce une "idéologie nationaliste blanche répugnante"

Dans un communiqué publié samedi soir, le président américain, Joe Biden, a dénoncé cette attaque, rappelant que "tout acte de terrorisme intérieur, y compris un acte perpétré au nom d'une idéologie nationaliste blanche répugnante, est contraire à tout ce que nous défendons en Amérique".

La gouverneure de l'Etat de New York, Kathy Hochul, a également condamné, sur Twitter, "l'horrible fusillade de la suprématie blanche" et a assuré que les autorités locales veilleront "à ce que les forces de l'ordre aient ce dont elles ont besoin pour poursuivre le tireur au maximum".

De son côté, le président de l'organisation américaine pour la défense des droits civiques NAACP, Derrick Johnson, a publié une déclaration dans laquelle il a qualifié la fusillade de Buffalo d'"absolument dévastatrice""La haine et le racisme n'ont pas leur place en Amérique", a-t-il déclaré.

Le célèbre révérend Al Sharpton, figure afro-américaine de la lutte pour les droits civiques, a appelé la Maison Blanche à convoquer un "sommet sur les crimes de haine". "Cela nécessite une réponse nationale à l'augmentation des crimes de haine immédiatement", a t-il tonné sur Twitter.

* Tous ces liens renvoient vers des contenus en anglais

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