"Il a très mal pris le discours du 11 novembre" : pourquoi Donald Trump a attaqué Emmanuel Macron sur Twitter

Le président des Etats-Unis a violemment critiqué son homologue français, pointant par exemple du doigt la faible popularité du chef de l'Etat et le niveau élevé du chômage. 

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le président français Emmanuel Macron, le 10 novembre 2018 à l\'Elysée, à Paris. 
Le président américain Donald Trump (à gauche) et le président français Emmanuel Macron, le 10 novembre 2018 à l'Elysée, à Paris.  (SAUL LOEB / AFP)

A peine rentré de Paris, où il a célébré la paix, dimanche 11 novembre, Donald Trump s'en est vivement pris à Emmanuel Macron, dans une série de messages publiés sur son compte Twitter. Cote de popularité du président français, taux de chômage, taxes sur les vins américains importés en France, nationalisme et même référence très peu diplomatique à l'occupation par l'Allemagne nazie à partir de 1940... Après avoir abordé tous ces sujets en quatre tweets, le chef de l'Etat américain a proposé de "rendre sa grandeur à la France", en écho à son célèbre slogan de campagnePourquoi de telles attaques de la part de Donald Trump ? Franceinfo a interrogé Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste de la politique américaine.

Franceinfo : Comment interpréter ces attaques visant Emmanuel Macron ?

Corentin Sellin : Il faut distinguer deux raisons à ces attaques, l'une structurelle, l'autre conjoncturelle. D'une part, Donald Trump est dans une position de force par rapport à Emmanuel Macron car la France – revenue au sein du commandement militaire intégré de l'Otan depuis 2009 – voudrait être le meilleur allié des Etats-Unis. Dans la continuité de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, Emmanuel Macron a cette idée-là, à un moment où le Royaume-Uni est en difficulté avec le Brexit. La France est donc en situation d'infériorité symbolique, infériorité matérielle aussi, car l'Hexagone (comme tous les pays européens) voit une grande partie de sa défense assurée encore aujourd'hui par l'Otan qui est une organisation où les Etats-Unis ont une part à la fois matérielle et symbolique prépondérante. 

Structurellement, Emmanuel Macron est donc dans une position de demandeur car il veut absolument que les Etats-Unis soient toujours le régulateur de l'ordre international. On l'a vu avec l'accord de Paris, avec l'accord sur l'Iran... Il y a cet espoir de "normaliser" Donald Trump et de le "faire rentrer" dans l'ordre... Le président américain utilise cette infériorité structurelle de la France et d'Emmanuel Macron.

Donald Trump a un partenaire avec lequel il peut affirmer sans arrêt qu'il est le plus fort. C'est ce qu'il fait.Corentin Sellinà franceinfo

D'un point de vue conjoncturel, à mon avis, Donald Trump a très mal pris le discours de Macron, prononcé le 11 novembre, dans lequel il a dénoncé les nationalistes et les a opposés aux progressistes. Le président des Etats-Unis s'est senti pris pour cible, montré du doigt et il n'a pas supporté ça. Cette vexation peut expliquer la violence de la réaction. 

Est-ce inédit de la part de Donald Trump ?

Non, cette séquence ressemble beaucoup à juin dernier, lorsque Donald Trump s'en est pris à son homologue canadien, Justin Trudeau, lors du G7. Le président américain avait cru que Trudeau avait fait un discours dans son dos alors que lui était déjà reparti. Et il s'en est pris au commerce, aux taxes, avec le Canada. 

En revanche, l'allusion à l'occupation allemande est atypique et ça dépasse ce qu'il a pu faire avec Justin Trudeau. Cela touche à l'histoire, à la mémoire collective à la fierté française... Ce tweet est extrêmement violent, il est blessant pour n'importe quel Français.

Emmanuel Macron doit-il répondre à ces tweets ?

Avec cette atteinte à l'histoire de la France, à son passé dans ce qu'il a de plus douloureux, la question ne pose pas...

Le président Macron, ne serait-ce que pour son autorité en France, ne peut se laisser traiter comme cela par un chef d'Etat étranger.Corentin Sellinà franceinfo

Par conséquent, on peut désormais se demander à quel moment va-t-il lui répondre et sous quelle forme : comment répondre à des tweets, qui ne sont pas une expression diplomatique ordinaire ? Car répondre sur Twitter serait s'abaisser au niveau de Donald Trump. On peut par exemple imaginer un communiqué solennel qui trancherait avec le ton des tweets.