Fusillades aux Etats-Unis : l'attachement aux armes conduit à un "cercle vicieux"

Deux jours après les tueries de masse qui ont endeuillé les États-Unis, Didier Combeau, auteur d'un livre sur l'utilisation des armes dans le pays explique que les Américains ont "un sentiment très fort" pour leurs armes.

À New York, veillée pour les victimes des tueries d\'El Paso et de Dayton.
À New York, veillée pour les victimes des tueries d'El Paso et de Dayton. (DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Dimanche 4 août, deux fusillades ont fait 31 morts à Dayton (Ohio) et El Paso (Texas). L'auteur du livre Des Américains et des armes à feu : Démocratie et violence aux États-Unis, affirme sur franceinfo mardi 6 août qu'il est "très illusoire" de vouloir contrôler les ventes d'armes et leurs acheteurs dans le pays.

franceinfo : On a le sentiment que les fusillades se suivent et que les décisions ne suivent pas. Est-ce réellement le cas ?

Didier Combeau : Effectivement, les fusillades se suivent depuis très longtemps maintenant. Il y a eu une fusillade au lycée de Columbine, en 1999, qui avait déclenché des manifestations très importantes, comme celle d'un million de mères à Washington. Il n'en est rien ressorti. En 2012, il y a eu la fusillade de Newtown. Barack Obama et Joe Biden s'étaient impliqués à l'époque pour essayer de faire renforcer le contrôle des antécédents des acheteurs mais cette proposition de loi a été enterrée au Sénat.

On parle souvent de l'influence de la National rifle association (NRA), un lobby pro-armes. Mais finalement la société américaine elle-même n'est-elle pas partagée sur la réglementation ou non des armes à feu ?

Oui, la NRA est certes un lobby très efficace mais elle fait du lobbying pour un sentiment qui est très cher à beaucoup d'Américains : le droit d'avoir des armes pour l'autodéfense ou lutter contre un gouvernement tyrannique. Or, qu'est-ce qu'un gouvernement tyrannique pour eux ? C'est justement un gouvernement qui veut réglementer les armes. C'est donc une sorte de cercle vicieux qui correspond à un sentiment très fort chez les Américains. Lorsqu'on leur demande s'il faut réglementer les armes, les deux tiers vont dire "oui". Si on leur demande s'il faut les interdire, ils ne sont plus qu'un tiers à être favorable. C'est dans les discussions techniques ensuite que les projets de loi se perdent.

Comment briser ce cercle vicieux ?

Ça paraît extrêmement difficile parce que les projets de loi qui sont sur la table à l'heure actuelle sont extrêmement modestes. Dans les années 1970, lorsque les premiers groupes de pression se sont créés, ils demandaient l'interdiction des armes de poing, qui sont statistiquement les plus dangereuses. Ils sont ensuite passés à la notion de contrôle, puis à celle de sécurité. Maintenant, ils promeuvent un contrôle des antécédents, ce qui va finalement dans le sens des pro-armes puisque leur discours a toujours été de dire que ce ne sont pas les armes qui tuent mais les gens qui les utilisent. Ils estiment donc qu'il faut empêcher ceux qui les utiliseront mal d'y avoir accès. C'est cependant très illusoire car c'est très difficile à mettre en place.