Election américaine : on vous explique le vote des grands électeurs, qui doit entériner la victoire de Joe Biden

Un peu plus d'un mois après le scrutin populaire du 3 novembre, les grands électeurs des 50 Etats américains sont appelés, ce lundi, à désigner le futur président des Etats-Unis.

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Combinaison de photos de Donald Trump et de Joe Biden lors du dernier débat présidentiel à l’université Belmont à Nashville, Tennessee (Etats-Unis), le 22 octobre 2020. (MORRY GASH / AFP)

Un nouvel épisode décisif dans la longue épopée de l'élection présidentielle américaine. Les 538 grands électeurs répartis dans les 50 Etats américains doivent valider, ce lundi 14 décembre, la victoire du démocrate Joe Biden sur Donald Trump, acquise lors du scrutin du 3 novembre. Plus d'un mois après, l'actuel 45e président des Etats-Unis refuse toujours de reconnaître sa défaite. Lors de son dernier meeting en Géorgie le 5 décembre, le milliardaire a voulu rassurer ses plus fervents supporters en déclarant : "Nous sommes en train de gagner cette élection." Pourtant, tout indique le contraire. Selon les résultats officiels, son rival démocrate est devenu le "président élu" après avoir glané 306 grands électeurs (bien au-delà des 270 nécessaires) contre seulement 232 pour Donald Trump. Franceinfo vous explique le mode de fonctionnement du vote des grands électeurs, qui va sceller le sort d'une élection qui a tenu le monde en haleine. 

Quel est l'enjeu du scrutin ? 

Les 538 grands électeurs sont désignés par les partis politiques de leur Etat. Ce sont ces grands électeurs qui doivent officiellement choisir le 46e président des Etats-Unis. En France, on pourrait comparer cette élection à la désignation du maire par les conseils municipaux, qui intervient après le vote des concitoyens pour désigner leur édile. D'ordinaire, cette journée de vote est une formalité aux Etats-Unis mais, à la différence des années précédentes, le vote des grands électeurs est particulièrement scruté cette année en raison du refus de Donald Trump de reconnaître sa défaite.

"Je suis anxieux parce qu'il y a des gens dehors qui sont fous, a déclaré un grand électeur de l'Etat de Géorgie au site politique américain The Hill (article en anglais). La sécurité de tout le monde doit être considérée et gardée en ligne de mire pendant que nous effectuons cette procédure", a-t-il dit en faisant référence à plusieurs situations de harcèlement, de la part de partisans de Donald Trump, contre des représentants de cet Etat du Sud. D'après un sondage de Fox News publié le 12 décembre, 77% des personnes qui ont voté pour Donald Trump début novembre estiment que l'élection a été "volée" au candidat républicain par le camp démocrate. 

Quel est le mode de scrutin ? 

Réunis en collège électoral dans les bâtiments officiels de leur Etat respectif, les grands électeurs officialisent leur vote sur un bulletin papier qui est ensuite remis dans une urne, laquelle est envoyée à Washington dans les neuf jours suivants. Ils choisissent le nom du président ainsi que celui de son vice-président ou de sa vice-présidente. En raison de l'épidémie de Covid-19 qui frappe durement les Etats-Unis, les grands électeurs alternent leur vote.

Certains Etats (le Michigan, la Pennsylvanie ou encore le Wisconsin) permettent le visionnage en direct des votes. Après la fin du scrutin, les grands électeurs signent un certificat dans lequel apparaissent les résultats du collège électoral. Les bulletins sont ensuite associés aux certificats du gouverneur de l'Etat, indiquant le vote de la population. Les deux certificats sont ensuite envoyés à l'actuel vice-président américain, Mike Pence, qui les réceptionne en sa qualité de président du Sénat.

Sont-ils obligés de suivre le vote du 3 novembre ?

Cela dépend des Etats. Dans 32 Etats et à Washington DC, c'est-à-dire au sein de la capitale fédérale, la loi oblige les grands électeurs à voter de la même manière que le vote populaire au sein de leur Etat. La Cour suprême américaine a confirmé ce mode de décision en juillet, rappelle l'agence américaine Associated Press (article en anglais). Elle a également confirmé que les Etats peuvent poursuivre ou changer les grands électeurs qui décident de ne pas voter comme leurs électeurs. Dans les 17 autres Etats, aucune règle ne les oblige à suivre le vote populaire du 3 novembre. Les grands électeurs qui "trahissent" leur électorat sont appelés les "faithless electors".

En 2016, sept "faithless electors" ont été comptabilisés dans les Etats d'Hawaï, de Washington et du Texas. Selon plusieurs observateurs américains, cette situation a peu de chances de se reproduire cette année. Et si c'était tout de même le cas, il faudrait bien plus de sept grands électeurs pour faire basculer l'élection.

Quand les résultats seront-ils connus ?

Les votes ont commencé à 10 heures du matin lundi dans plusieurs Etats américains et vont se terminer à 19 heures dans l'est du pays (1 heure du matin mardi, heure française). Le 6 janvier, ces bulletins vont être examinés lors d’une session extraordinaire du Congrès américain, afin de les attribuer aux deux candidats. C'est au vice-président que revient la tâche d’annoncer le vainqueur officiel de l’élection au candidat qui obtient le plus de bulletins. C'est l'avant-dernière étape avant l'intronisation du nouveau président des Etats-Unis, qui doit intervenir le 20 janvier. 

Donald Trump a-t-il une chance de l'emporter ? 

Selon le New York Times (article en anglais), l'actuel président américain n'a aucune chance d'effectuer en second mandat consécutif. Il est jugé impossible qu'il obtienne la victoire grâce à un vaste changement de votes des grands électeurs. 

Aucun des recours juridiques de Donald Trump et de son équipe n'a abouti ces dernières semaines pour contester les résultats du mois de novembre. La semaine passée, ils ont tenté de convaincre la Cour suprême de plusieurs fraudes électorales des démocrates pour obtenir 62 votes de grands électeurs supplémentaires. Sans succès, rappelle Associated Press. La Cour suprême a invalidé la procédure des républicains le 12 décembre. Pourtant, Donald Trump n'en démord pas. Au cours d'une interview donnée à Fox News, il a indiqué qu'il était "inquiet que le pays ait un président illégitime." Il a ajouté que, selon lui, Joe Biden "avait perdu de beaucoup" et que ce n'était pas "une élection serrée". Selon les ultimes résultats, Joe Biden a pourtant glané plus de sept millions de votes de plus que son adversaire républicain.

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