Ukraine, protectionnisme, sous-marins... On vous résume les enjeux de la visite officielle d'Emmanuel Macron aux Etats-Unis

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Le président américain, Joe Biden, et le président français, Emmanuel Macron, au sommet de l'Otan à Madrid, en Espagne, le 28 juin 2022. (BURAK AKBULUT / ANADOLU AGENCY / AFP)

Le président de la République va effectuer, jusqu'à vendredi, sa première visite d'Etat outre-Atlantique depuis l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. 

Un peu plus d'un an après la brouille diplomatique entre Paris et Washington dans l'affaire des sous-marins australiens, Emmanuel Macron se rend aux Etats-Unis accompagné d'une importante délégation, mardi 29 novembre. Le président de la République va effectuer une visite d'Etat de trois jours, la première sous la présidence de Joe Biden et la deuxième pour l'actuel locataire de l'Elysée, qui avait déjà été reçu en grande pompe par Donald Trump en 2018. Il sera ainsi le premier président français honorer par deux visites d'Etat outre-Atlantique.

Emmanuel Macron, qui atterrira à Washington mardi soir, débutera mercredi par plusieurs rencontres dans le cadre de la coopération franco-américaine et une visite au cimetière militaire d'Arlington. Il aura ensuite droit jeudi à tous les honneurs d'une visite d'Etat, avec coups de canon, dîner de gala et entretien au coin du feu dans le célèbre Bureau ovale de la Maison Blanche. Enfin, vendredi, le chef de l'Etat prendra la direction de la Nouvelle-Orléans (Louisiane). De nombreux sujets sont sur la table, dont des questions qui fâchent comme l'Inflation Reduction Act, accusé de menacer la compétitivité européenne. Franceinfo fait le tour des enjeux de cette visite. 

Enterrer la hache de guerre après l'épisode des sous-marins

Les Américains feront tout pour éviter que la moindre friction ou déclaration un peu fraîche ne vienne ternir la première visite d'Etat organisée par Joe Biden. Tout sera donc fait pour solder la récente crise franco-américaine sur les sous-marins, avec des déclarations solennelles et des échanges se voulant plus intimes, impliquant également les épouses des deux présidents, Jill Biden et Brigitte Macron (notamment dans le cadre d'un dîner privé mercredi soir).

Entre Joe Biden et Emmanuel Macron, cela avait effectivement mal commencé : en septembre 2021, Washington avait annoncé une alliance tripartite avec l'Australie et le Royaume-Uni (Aukus) qui avait suscité l'ire de Paris, privé d'un méga-contrat de vente de sous-marins avec Canberra. La diplomatie française était par ailleurs vexée d'avoir été tenu à l'écart dans une région stratégique clé, l'Indopacifique. Cette visite "est un peu la queue de comète d'Aukus" et du rapprochement lancé depuis, explique à l'AFP la chercheuse Célia Belin, spécialiste des Etats-Unis et des relations internationales.

Faire front commun sur la guerre en Ukraine

Le conflit entre la Russie et l'Ukraine fera bien sûr partie des sujets abordés lors de cette visite. Depuis l'invasion russe, Emmanuel Macron fait entendre une petite musique qui a longtemps agacé le partenaire américain : soutien total à Kiev, mais aussi dialogue avec Moscou pour que la guerre se termine "autour de la table des négociations" quand les Ukrainiens le décideront.

Le chef de l'Etat français continue de concilier ce "en même-temps" diplomatique en organisant le 13 décembre à Paris une conférence de soutien à la résistance civile de l'Ukraine tout en promettant de reparler, "dans les prochains jours", à Vladimir Poutine. Or Washington semble se rapprocher de cette position depuis que le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a évoqué une possible fenêtre d'opportunité pour des négociations.

"C'est important de consolider cette relation à l'heure où la Russie se cherche des alliés en Europe", pointe pour le quotidien 20 Minutes Karim Emile Bitar, directeur de recherches à l'Iris et spécialiste de la politique étrangère des Etats-Unis. 

Trouver un accord sur l'"Inflation Reduction Act" 

C'est l'enjeu principal de cette visite : la loi IRA (Inflation Reduction Act), entrée en vigueur en août dans le cadre du grand plan climat arraché par Joe Biden au Congrès américain. Axé principalement sur l'environnement et les dépenses sociales, le plan prévoit plus de 430 milliards de dollars d'investissements, dont 370 milliards pour réduire les émission de gaz à effet de serre de 40% d'ici 2030, soit le plus important effort jamais consenti par les Etats-Unis dans ce domaine.

Ces investissements prennent la forme de réductions d'impôts pour les entreprises qui investissent dans l'énergie propre, ainsi que d'importantes subventions pour les véhicules électriques, les batteries et les projets d'énergies renouvelables dès lors que ces produits sont fabriqués aux Etats-Unis. Parmi ces mesures, une subvention de 7 500 dollars accordée aux ménages pour l'achat d'un véhicule électrique made in USA et une autre en faveur des fabricants d'éoliennes et panneaux solaires utilisant de l'acier américain.

La France et les autres pays européens voient dans ces diverses subventions des mesures "discriminatoires", en particulier pour les constructeurs automobiles européens. "Nous ne resterons pas les bras croisés" face à ce plan jugé protectionniste, avait assuré la Première ministre française, Elisabeth Borne. "La France et l'UE ne veulent pas devenir les victimes collatérales d'un affrontement plus global, celui de la compétition entre les Etats-Unis et la Chine", commente dans Le Journal du dimanche la politologue Alexandra de Hoop-Scheffer, spécialiste des relations transatlantiques.

La Maison Blanche veut désormais calmer le jeu : "Nous sommes tout à fait prêts à avoir cette conversation et à trouver un moyen d'aborder ces inquiétudes", a déclaré John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la présidence américaine. Si Emmanuel Macron espère obtenir des "exemptions" pour quelques industries européennes, il sait qu'il est improbable que Joe Biden revienne sur l'architecture de ce plan crucial pour son bilan. L'idée est donc plutôt d'en tirer les leçons pour aller défendre une politique semblable auprès des Etats membres de l'UE.

Renforcer la coopération sur l'espace, le nucléaire et la biodiversité

Comme le souligne Le Figaro, le couple présidentiel emmène dans ses bagages une délégation française conséquente, composée d'une demi-douzaine de ministres, dont le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna. Sont également présents dans cette délégation, des parlementaires, des chefs de grandes entreprises tels que Bernard Arnault (LVMH), Xavier Niel (Iliad/Free) ou Patrick Pouyanné (TotalEnergies), et des personnalités scientifiques comme les astronautes Thomas Pesquet et Sophie Adenot.

La journée du mercredi sera notamment consacrée à la coopération bilatérale dans le domaine spatial, en présence de la vice-présidente américaine, Kamala Harris, précise le quotidien. Dans l'après-midi, la coopération dans le domaine du nucléaire fera l'objet d'une réunion en présence des acteurs clés du secteur. A l'heure du déjeuner, Emmanuel Macron rencontrera également à Washington le groupe biodiversité du Congrès pour rechercher des "priorités communes", quelques jours avant le début de la Conférence mondiale sur la biodiversité à Montréal (COP15), ajoute le journal.

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