Turquie : ce que l'on sait des frappes ordonnées par Recep Tayyip Erdogan contre des combattants kurdes en Syrie et en Irak

Près de 500 cibles ont été visées en trois jours. Selon Ankara, il s'agit d'une réponse à l'attentat d'Istanbul. Les organisations kurdes réfutent pourtant toute implication dans l'attaque qui a fait six morts.

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Une rue de la ville d'Aazaz, dans la province d'Alep (Syrie), après des frappes turques, le 23 novembre 2022. (BAKR ALKASEM / AFP)

Recep Tayyip Erdogan inquiète la communauté internationale. Le président turc a menacé mardi 22 novembre de lancer "bientôt" une opération terrestre contre les combattants kurdes du nord de la Syrie. La Turquie mène déjà, depuis dimanche, des raids aériens en Syrie, mais aussi en Irak, contre les mêmes cibles. Pour y voir plus clair, franceinfo vous explique ce que l'on sait de ces frappes.

Près de 500 cibles visées en Irak et en Syrie en trois jours

L'aviation turque a lancé dimanche l'opération "Griffe épée", une série de raids aériens contre des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu'Ankara considère comme une organisation terroriste, et des Unités de protection du peuple (YPG), la principale force kurde syrienne, dans le nord de l'Irak et de la Syrie. Depuis le début de l'offensive, "471 cibles ont été visées et 254 terroristes neutralisés", a déclaré le ministre de la Défense turc, Hulusi Akar, mercredi matin.

Des tirs de l'artillerie turque ont par ailleurs visé mardi soir la ville de Kobané, dans le nord de la Syrie, que les YPG ont reprise en 2015 aux jihadistes du groupe Etat islamique. Dans la journée, de nouvelles frappes de drones turcs ont également visé une base conjointe des forces kurdes et de la coalition internationale antijihadiste dirigée par les Etats-Unis, à 25 km au nord de la ville de Hassaké, faisant deux morts, selon les forces kurdes et l'Observatoire syrien des droits de l'homme. 

Cinq civils, dont un enfant, ont par ailleurs péri mardi à Aazaz, dans la province d'Alep, et trois soldats syriens sont morts et plusieurs autres ont été blessés dans le bombardement de la base aérienne de Menagh, non loin d'Aazaz. En outre, des frappes ont visé un champ pétrolifère proche de la ville d'Al-Qahtaniyah, à proximité de la frontière turque, selon un correspondant de l'AFP.

Une opération officiellement déclenchée en réponse à l'attentat d'Istanbul

Ankara accuse le PKK et le YPG d'avoir commandité l'attentat qui a fait six morts et 81 blessés le 13 novembre à Istanbul. Les deux organisations ont démenti toute implication dans l'attaque de l'artère commerçante d'Istiklal. "Nous ferons payer ceux qui nous dérangent sur notre territoire", avait prévenu lundi le président Recep Tayyip Erdogan. "Protéger nos frontières et notre nation est notre responsabilité et notre devoir", a renchéri le ministre turc de l'Intérieur, Süleyman Soylu.

Ce n'est pas la première fois que la Turquie mène des opérations dans le nord de la Syrie. Entre 2016 et 2019, elle a lancé trois campagnes de grande envergure contre les milices et organisations kurdes de la région. Officiellement, son but est de créer une "zone de sécurité" de 30 km de large le long de la frontière sud du pays, au-delà de laquelle se trouve la Turquie. 

Une opération terrestre pourrait débuter dans les prochains jours

Recep Tayyip Erdogan a laissé entendre au cours d'un discours mardi que l'opération "Griffe épée" pourrait ne pas se limiter à des frappes aériennes et des tirs d'artillerie. "Nous survolons les terroristes depuis quelques jours avec notre aviation et nos drones. Si Dieu veut, nous allons les éliminer bientôt avec nos soldats, nos canons et nos chars", a-t-il expliqué, en visite dans le nord-est de la Turquie.

Certains analystes y voient une manœuvre politique. "Les conditions sont réunies pour une offensive particulièrement vigoureuse contre le PKK et les YPG à l'approche des élections présidentielle et législatives" de juin 2023, estime l'analyste indépendant Anthony Skinner, interrogé par l'AFP. Le chef d'Etat avait déjà joué la "carte sécuritaire" à l'approche de précédents scrutins, rappelle le spécialiste.

Des appels à la prudence de Moscou et Washington

La Russie et les Etats-Unis, impliqués dans la guerre en Syrie, qui a fait au moins un demi-million de morts depuis 2011, n'ont pas tardé à réagir aux propos du président turc. "Nous appelons à la désescalade en Syrie pour protéger les civils et soutenir l'objectif commun de vaincre l'Etat islamique", a plaidé mardi le porte-parole du département d'Etat américain, Ned Price. Washington a soutenu les YPG dans la lutte contre l'Etat islamique, leur permettant de reprendre le contrôle de Kobané en 2015.

La Russie a de son côté "espéré" que la Turquie ferait preuve de "retenue" et se garderait de "tout usage excessif de la force" en Syrie. "Nous comprenons les préoccupations de la Turquie (...) Mais dans le même temps, nous appelons toutes les parties à se garder de toute initiative qui pourrait mener à une grave déstabilisation", a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Berlin et Paris ont aussi appelé Ankara à agir de façon "proportionnée" et à "manifester davantage de retenue". En réponse, la Turquie a exigé que ses alliés, Etats-Unis en tête, "cessent tout soutien" aux combattants des YPG.

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