Reportage "Personne n’a encore gagné, ni perdu l’élection" : en Turquie, l'opposition se mobilise à quelques jours du second tour de la présidentielle

Pour la dernière semaine de campagne présidentielle en Turquie, le président sortant, Recep Tayyip Erdogan, part favori avec 49,5 % recueillis au premier tour. Mais son rival, Kemal Kiliçdaroglu, a récolté 45% des voix et espère encore le battre.
Article rédigé par franceinfo
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Un bulletin de vote montrant des images des deux candidats à la présidence turque, Recep Tayyip Erdogan et Kemal Kiliçdaroglu, le 20 mai 2023. (SAFIN HAMID / AFP)

À l’échelle nationale, Recep Tayyip Erdogan a devancé Kemal Kiliçdaroglu de 2,6 millions de voix au premier tour. Puisqu'aucun candidat n’est sorti vainqueur du scrutin du premier tour le 14 mai, il y aura donc un second tour dimanche 28 mai. L'enjeu pour chaque camp est donc de mobiliser les électeurs indécis, car plus de huit millions d’électeurs ne sont pas allés voter.

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L’opposition estime qu’une majorité d’entre eux sont plutôt favorables au rival du président sortant. "Les sondages nous donnaient gagnant, donc une partie de notre électorat n’a pas fait l’effort de se déplacer", explique Ahmet Kiraz, représentant local du CHP, le parti de Kemal Kiliçdaroglu. "Mais on pense pouvoir mobiliser au moins un ou deux millions d’électeurs de l’opposition qui ne sont pas allés voter au premier tour." 

Les autres camps d'opposition, de potentielles réserves de voix

L'autre réserve de voix identifiée par l’opposition : les électeurs de Sinan Ogan, un ultranationaliste arrivé troisième au premier tour, avec 2,8 millions de voix. C’est pour les séduire que Kemal Kiliçdaroglu a durci son discours ces derniers jours, et s’en prend durement aux réfugiés syriens. Si Sinan Ogan n’a pas encore choisi de camp, selon Ahmet Kiraz, beaucoup de ses électeurs ont déjà fait leur choix.

"Ce sont des nationalistes réticents à voter au premier tour pour Kemal Kiliçdaroglu. Nous pensons que cet électorat va voter quand même essentiellement pour Kiliçdaroglu, parce que c’est surtout un électorat qui refuse de voter Erdogan."

Ahmet Kiraz, représentant local du CHP

à franceinfo

Dernière réserve de voix possible pour Kemal Kiliçdaroglu : les électeurs du parti ultranationaliste Iyi, ou Bon parti, qui n’ont pas voté pour lui, alors même que leur formation est membre de l’alliance d’opposition. Selon des estimations, ils représentent environ 20 % de l’électorat de ce parti. Egemen Güner, un de ses responsables locaux, l’admet à demi-mot : "Bien sûr que certains de nos électeurs qui ont voté Bon parti aux législatives ont pu voter pour Sinan Ogan à la présidentielle, mais ce n’est pas un pourcentage très important. Il n’y a aucune raison de se démoraliser."

"Personne n’a encore gagné, ni perdu l’élection. Le match reprend sur un score de 0 à 0, et nous croyons que nous pouvons rattraper les 5 points qui nous manquent pour faire gagner Kemal Kiliçdaroglu."

Egemen Güner, responsable local de Bon parti

à franceinfo

Reste à voir si l’opposition parviendra non seulement à élargir son électorat, mais aussi à convaincre tous ses électeurs du premier tour de retourner aux urnes. En aparté, certains craignent que le triomphalisme du président Erdogan ne décourage une partie d’entre eux.

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