La mort d'Abdelmalek Droukdal s'inscrit dans "une séquence qui permet à Barkhane et aux pays africains engagés de marquer des points"

Selon Pierre Servent, expert en stratégie militaire, spécialiste des questions de défense, la mort d'Abdelmalek Droukdal, le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, ne sonne pas la fin des actions de l'organisation terroriste.

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Radio France
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Abdelmalek Droukdal, le 10 mai 2007. (- / INTELCENTER)

La mort d'Abdelmalek Droukdal s'inscrit dans "une séquence qui permet à Barkhane et aux pays africains engagés de marquer des points", a déclaré samedi 6 juin sur franceinfo Pierre Servent expert en stratégie militaire, spécialiste des questions de défense. Ces derniers mois, les militaires de l'opération Barkhane se sont notamment illustrés "dans la mise hors de combat de cadres très importants ou dans la capture de matériel militaire, dans la désorganisation de certains camps d'entraînement, donc il y a une sorte de continuum". Mais "tout cela ne sonne pas la fin malheureusement des actions de ces terroristes", précise Pierre Servent.

franceinfo. On parle beaucoup de la neutralisation du chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, l'Algérien Abdelmalek Droukdal. Mais le fait que l'armée française ait récemment réussi à capturer Mohamed El Mehrabad, un haut cadre de l'État islamique, vivant n'est-ce pas un deuxième grand succès ?

Effectivement, on en avait moins parlé parce qu'on se trouvait en période de confinement, mais il faut souligner une séquence qui passe par le mois de mai, par la capture de ce haut cadre de l'État islamique. Abdelmalek Droukdal est vraiment un personnage majeur de la configuration djihadiste, en Algérie et au Mali. Il n'est pas seul à être tombé au combat : un des chefs de la propagande d'Aqmi a lui aussi été mis hors de combat. C'est important car la nébuleuse djihadiste utilise aussi bien les actions de guerre, les actions terroristes, que celles de déstabilisation psychologique ou de propagande. Si l'on remonte encore un peu plus au mois de mars, une très grosse opération de Barkhane, très lourde, avec à la fois des soldats français et des soldats de la force du G5 Sahel, a permis de ratisser cette zone des Trois frontières. C'est donc une séquence qui se déroule et qui permet à Barkhane et aux pays africains engagés de marquer des points. Même si tout cela ne sonne pas la fin malheureusement des actions de ces terroristes.

Peut-on dire que ce sont des conséquences directes du sommet de Pau, le G5 Sahel ?

Non, même s'il y a une volonté française, notamment au sommet de Pau, de demander à nos partenaires africains d'être un peu plus impliqués. Mais Barkhane et les forces spéciales qui sont engagées depuis longtemps ont marqué des points, si je puis dire, avant le sommet de Pau. Notamment dans la mise hors de combat de cadres très importants, ou dans la capture de matériel militaire, dans la désorganisation de certains camps d'entraînement. [...] Il y a vraiment un continuum, et la clé de tout ce qui se passe, c'est le renseignement. Il faut bien comprendre que ce type d'opération là, dont on ne donnera pas le détail, sont des opérations qui peuvent être préparées plusieurs mois à l'avance, plusieurs semaines ou plusieurs jours, en fonction du renseignement recueilli.

Les Américains ont précisé qu'ils avaient fourni des renseignements à la France, qui ont certainement été conjugués avec ceux du renseignement français, puisque ces deux pays s'entendent bien, éventuellement corroborées par d'autres sources plus locales. C'est cette conjonction qui permet de construire une opération qui implique les moyens qui ont été évoqués par le porte-parole de l'état-major des armées. Et puis, in fine, dans le geste final qui doit être très puissant, très fin dans l'engagement du combat, vous trouvez les commandos des forces spéciales. Mais ce ne sont pas du tout les seuls, évidemment, à agir. Vous avez toute une construction avec des appuis aériens de différentes natures.

Est-ce que tout de même le décès d'Abdelmalek Droukdal et la capture d'un haut cadre de l'État islamique au Grand Sahara peuvent affaiblir les groupes terroristes ?

Cela va les affaiblir, les désorganiser, puisqu'ils étaient des chefs importants. N'oubliez pas que derrière, sans doute, des rivalités vont se révéler et s'exacerber. C'est un facteur de discorde chez l'ennemi, pour reprendre le titre du général de Gaulle, un facteur d'affaiblissement. Néanmoins, on sait que les structures de commandement de la nébuleuse djihado-terroriste ont une capacité à se régénérer. Il n'empêche que ce sont quand même des coups extrêmement puissants qui sont donnés à ces ennemis.

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