Infographies 14-Juillet : où les soldats français sont-ils déployés à l'étranger ?

A l'occasion du traditionnel défilé militaire à Paris, mercredi, franceinfo se penche sur les terrains d'opérations de l'armée française hors de nos frontières.

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Des soldats français de l'opération Barkhane montent à bord d'un hélicoptère, en avril 2021 au Burkina Faso. (FRED MARIE / HANS LUCAS / AFP)

Après une cérémonie restreinte en 2020, Covid-19 oblige, le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet a bien lieu cette année, à la faveur d'une décrue de l'épidémie. Sur les Champs-Elysées, l'événement mobilise quelque 5 000 participants, dont 4 300 soldats à pied. Mais cette démonstration des compétences de l'armée française survient dans un contexte particulier. Un mois plus tôt, le 10 juin, Emmanuel Macron a annoncé la fin de l'opération Barkhane en tant qu'opération extérieure (Opex) des forces françaises au Sahel. A cette occasion, franceinfo fait le point en infographies sur la présence militaire tricolore à l'étranger.

Barkhane, l'opération qui mobilise le plus de troupes

Les opérations extérieures françaises peuvent se diviser en deux grandes catégories : les coopérations internationales et les interventions militaires menées seulement par la France. 

Les coopérations internationales sont des interventions conduites avec des armées d'autres pays, dans le cadre de missions pilotées par des organisations transnationales comme l'ONU, l'Otan ou encore l'Union européenne. L'opération Daman, qui se déroule au Liban dans le cadre des Nations unies, est celle qui mobilise le plus de soldats français, avec près de 700 militaires tricolores engagés. A l'inverse, la contribution française à la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) se limite à deux personnes.

Les interventions menées par la seule armée française regroupent la majeure partie des soldats déployés par la France hors de ses frontières. Parmi ces missions, l'armée française distingue les forces de présence et les interventions majeures. Les forces de présence sont établies en accord avec le pays d'accueil, afin d'assurer la stabilité d'une zone et de coopérer avec les troupes locales. Actuellement, on en compte cinq, en Afrique et dans le golfe Persique, et elles sont souvent présentes au long court. Au Gabon par exemple, des militaires français sont sur place depuis l'indépendance du pays en 1960, soit une présence qui dure depuis plus de soixante ans.

Les interventions majeures sont, elles, directement engagées dans des combats, aujourd'hui principalement contre des organisations terroristes. L'opération Barkhane est l'une des deux missions de ce type actuellement en cours. Avec 5 100 militaires sur place, elle représente à elle seule près de la moitié des soldats français déployés à l'étranger. Elle a été lancée en 2014 et a pris le relais de Serval, montée en 2013 pour combattre les groupes jihadistes au Mali. Barkhane poursuit le même objectif, mais élargit le terrain d'action à quatre autres pays : la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. L'autre opération majeure, Chammal, mobilise 600 combattants sur les fronts syrien et irakien.

Emmanuel Macron a certes annoncé le 10 juin la fin de l'opération Barkhane, mais cela ne signifie pas pour autant le retrait total des troupes. L'objectif est de réduire de moitié les effectifs engagés à l'horizon 2023. "Ce retrait concernera surtout les forces présentes au Mali, les plus au contact de l'ennemi, précise Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, enseignant et auteur spécialisé dans l'histoire militaire et l'analyse des conflits. Mais l'utilisation des drones, qui représente 40% des combattants ennemis éliminés, sera maintenue."

Selon l'expert, la fin de l'opération Barkhane ne relève pas d'une volonté de désengagement de la France en Afrique. Elle répond plutôt à des dynamiques conjoncturelles et stratégiques pour une mission qui dure depuis bientôt sept ans. L'Afrique reste de loin le continent d'intervention privilégié de la France : 78% de ses soldats déployés sur le sol étranger le sont sur ce continent et plus des trois quarts le sont dans d'anciennes colonies françaises. 

Un bilan humain lourd au Sahel

Les opérations extérieures ont un coût humain important pour l'armée française. Depuis 2000, 265 militaires français sont morts dans le cadre de missions à l'étranger. Avec 55 soldats tués, les opérations Barkhane et Serval représentent le deuxième théâtre d'opérations récent le plus meurtrier pour les troupes françaises, derrière l'Afghanistan. Si on se concentre sur les décès intervenus depuis 2013, date du déclenchement de Serval, ce sont près de 80% des morts qui sont survenues au Sahel.

Les années 2019 et 2020 ont été particulièrement meurtrières pour les troupes françaises, avec respectivement 17 et 10 militaires tués en 2019 et 2020. "Si on a des pertes, ce n'est pas forcément que l'opération se passe mal, mais juste que les soldats français sont plus au contact direct avec l'ennemi", relève Michel Goya. L'expert militaire voit cependant dans ce coût humain des opérations "l'un des facteurs principaux" du désengagement français. Les annonces de morts de soldats produisent "mécaniquement une usure de l'opinion publique, qui arrive à un point de saturation", souligne-t-il.

Des opérations extérieures qui pèsent peu dans le budget total de la défense 

En 2021, le budget global alloué à la défense représentait 39,2 milliards d'euros. La somme de 1,1 milliard provisionnée pour les opérations extérieures compte pour moins de 3% de ce total. Le budget réel dépensé dans ces missions est toutefois toujours plus important que prévu. Il s'élevait ainsi à 1,46 milliard en 2020.

Chaque année, environ un milliard d'euro est dédié à l'engagement de la France au Sahel, soit une majeure partie du budget des opérations extérieures, évalue Michel Goya. La France dépense ainsi entre 500 000 euros et un million d'euros par ennemi abattu sur ce terrain, chiffre l'expert militaire.

La fin de l'opération Barkhane répond, selon lui, aussi à une "volonté de fonctionner un peu plus à l'économie" de la part de la France. Mais selon Michel Goya, la question qui se pose désormais pour l'exécutif est la suivante : "Quitte à dépenser un milliard pour assurer notre sécurité, est-ce qu'on ne pourrait pas les dépenser autrement ?"

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