Témoignage Rapatriement d'enfants de Syrie : "J'attendais ce jour depuis des années", confie Sonia, dont le fils avait été kidnappé par son père jihadiste

À bord de l'avion qui a atterri cette nuit près de Paris : un garçon de 13 ans kidnappé par son père. Cet enfant va pouvoir retrouver sa mère en France. Elle livre ses premières émotions à franceinfo.
Article rédigé par
Noé Pignède - Gaële Joly
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un camp de prisonniers jihadistes à Roj, en Syrie.  (ERIC AUDRA / DPA)

Quinze femmes et 32 enfants détenus dans les camps de prisonniers jihadistes au nord-est de la Syrie sont arrivés en France ce mardi matin, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. L'avion s’est posé tôt ce mardi matin sur le tarmac de l'aéroport de Villacoublay (Yvelines) en banlieue parisienne. À son bord, parmi ces mères et leurs enfants, se trouvaient une orpheline de 19 ans emmenée par ses parents à l'âge de 11 ans, une autre fille, arrivée en Syrie à l'âge de 15 ans, âgée aujourd'hui de 24 ans. À bord de l'avion, également, se trouvait un garçon de 13 ans kidnappé par son père. Cet enfant va pouvoir retrouver sa mère en France.

>> Rapatriement depuis la Syrie : "Il reste une centaine d'enfants et une cinquantaine de femmes", souligne l'avocate Marie Dosé

Sonia n'a pas vu son fils depuis plus de 7 ans. Elle a vient d'apprendre qu'il est enfin sur le sol français. "Je suis tellement soulagée, tellement contente... J'attendais ce jour depuis des années. Et franchement, c'est le plus beau jour de ma vie. Je ne réalise toujours pas en fait," explique-t-elle, visiblement émue. 

En 2015, le petit garçon a six ans à peine. Ses parents sont séparés et, lors de vacances avec son père, ce dernier le kidnappe et l'emmène en Syrie. Pendant plusieurs années, Sonia n'a eu aucune nouvelle. "Je vivais dans le néant parce que je ne savais pas si mon fils était mort ou vivant. Ce sont des circonstances atroces, c'est la guerre, ça fait très peur... Pour un enfant qui n'a rien demandé qui se retrouve là-bas, enlevé par son papa du jour au lendemain, ça doit être terrible", confie-t-elle à franceinfo. 

"Un avenir volé par son papa, par Daech"

Depuis la mort de son père, jihadiste, le garçon était livré à lui-même dans un camp de prisonniers en Syrie. Aujourd'hui, en France , la maman va devoir réapprendre à vivre : "Il a des années de guerre derrière lui. Je pense que c'est un traumatisme psychologique, mais je sais qu'en France, on a pas mal de soutiens. En tout cas, je ferai tout pour lui créer cet avenir qu'il mérite et qui lui a été volé par son papa, par Daech. Ce sera long, mais je sais que je vais me battre", conclut-elle, soulagée. L'enfant a été confié à l'aide sociale, mais Sonia espère le voir le plus vite possible et pouvoir, enfin, le serrer dans ses bras. 

Il reste désormais une centaine d'enfants et une cinquantaine de femmes en Syrie. Selon les informations de franceinfo, une majorité restée là-bas refuse désormais de rentrer. Quant aux enfants qui sont déjà rentrés en juillet 2022, la plupart d'entre eux n'ont jamais revu leur mère, placées en détention, ce qui n'est pas le cas de Sonia, qui n'a jamais été embrigadée religieusement. Les psychiatres estiment pourtant qu'ils doivent pouvoir leur rendre visite pour avancer dans leur reconstruction. Le week-end dernier, après le Comité des droits de l’enfant et la Cour européenne des droits de l’homme, le Comité contre la torture de l’ONU a, à son tour, condamné le choix de la France de ne pas avoir rapatrié ses ressortissants avant. 

Le témoignage de Sonia au micro de Noé Pignède pour franceinfo
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