"On va tout droit vers la guerre puisque c'est la fin des accords de Minsk", estime un spécialiste de l'Ukraine

Pour Antoine Arjakovsky, historien spécialiste de l’Ukraine, la reconnaissance des territoires séparatistes prorusses est "clairement un acte de guerre"" et signe "la fin des accords de Minsk". 

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Radio France
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Vladimir Poutine, en septembre 2021. (ALEXEI DRUZHININ / SPUTNIK VIA AFP)

Antoine Arjakovsky, historien, directeur de recherche au Collège des Bernardins et spécialiste de l’Ukraine, estime lundi 21 février au soir sur franceinfo qu'"on va tout droit vers la guerre puisque c'est la fin des accords de Minsk" avec la reconnaissance par Vladimir Poutine de l'indépendance des territoires séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine.

franceinfo : Un autre scénario que la guerre est-il possible ?

Antoine Arjakovsky : On va tout droit vers la guerre puisque c'est la fin des accords de Minsk, qui étaient encore la semaine dernière la seule plateforme possible de discussion. La Russie qui reconnaît les Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, elle signe la fin des accords de Minsk et elle rompt les engagements qu'elle avait pris en 2015. Ce n'est pas encore une annexion, comme pour la Crimée, mais c'est la reconnaissance d'un État autonome, comme cela a été le cas pour l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie. C'est clairement un acte de guerre. On n'imagine pas l'Italie reconnaître la Corse comme indépendante, ce serait tout de suite compris comme un acte de guerre. Il faut comprendre que c'est la raison pour laquelle déjà, Josep Borrell [ndlr : chef de la diplomatie européenne] a annoncé que l'Union européenne allait réagir. C'est la raison pour laquelle le président Macron réunit un conseil de défense. Il va y avoir des réactions. Ça remet d'ailleurs en cause la rencontre Biden-Poutine [ndlr : prévue jeudi 24 février].

C'est un échec de la diplomatie ?

C'est un échec de la diplomatie parce que ça fait des années qu'il y avait des propositions très concrètes pour faire en sorte que les accords de Minsk soient mis en oeuvre. Ça ne plaisait à personne, ni aux Russes, ni aux Ukrainiens, mais ça aurait été tout à fait possible, par exemple, d'envoyer des Casques bleus dans le Donbass, ou d'organiser une administration provisoire pour régler le problème. Mais personne n'a osé prendre à bras le corps ces propositions. Maintenant, on se retrouve devant une situation dramatique.

Quelle peut être la réaction ukrainienne et occidentale ?

Le pouvoir ukrainien réunit son Conseil de sécurité, va demander probablement une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU et surtout, il va falloir demander des sanctions contre Poutine en raison de cette violation du droit international. Ces sanctions, il faut qu'elles soient très fortes. Il ne suffit pas simplement d'interdire la mise en oeuvre du [gazoduc] Nord Stream 2. Il faut également geler les biens du président Poutine et toutes les personnes qui l'entourent un peu partout. C'est là où on va voir à quel point l'Occident va pouvoir ou non mettre en oeuvre ces sanctions.

Que cherche Vladimir Poutine ?

L'objectif depuis le début, c'est de déstabiliser le gouvernement ukrainien. En Ukraine, il y a une démocratie qui tend vers l'Union européenne et la Russie se sent menacée par rapport à cette évolution de l'Ukraine. C'est la raison de base des conflits depuis 2014. Mais là, s'ajoute à cela le fait que la Crimée est séparée sur le plan terrestre de la Russie : en attisant le conflit dans le Donbass, en reconnaissant ces républiques, on peut mettre en permanence une tension militaire en Ukraine.

Poutine a eu gain de cause en 2014 avec la Crimée, en 2008 avec la Géorgie : comment l'empêcher d'avoir gain de cause aujourd'hui ?

La situation aujourd'hui est très différente par rapport à 2008, et même 2014. Le monde occidental a pris conscience que la Russie remettait en cause l'ordre international et que s'il n'y a pas de réaction très ferme dès à présent, alors ça va continuer. On a bien vu qu'au mois de décembre, le président Poutine remettait en question l'intégration des pays baltes dans l'Otan et il voulait revenir à 1997, voire à avant la chute du mur de Berlin. Là, l'ensemble du monde occidental devrait réagir très fermement.

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