"Avec les Russes, il faut s'attendre à tout" : 80 ans après le début de la Seconde Guerre mondiale, les Polonais installés à la frontière russe vivent dans l'angoisse

Alors que la Pologne commémore le début de la Seconde Guerre mondiale en 1939, les relations entre la Pologne et la Russie sont toujours tendues. Le chef du Kremlin n'a d'ailleurs pas été invité aux commémorations.

Au cimetière de Braniewo en Pologne, le 4 mai 2014, commémoration du 69e anniversaire de l\'acte de capitulation de l\'Allemagne nazie face aux troupes alliées.
Au cimetière de Braniewo en Pologne, le 4 mai 2014, commémoration du 69e anniversaire de l'acte de capitulation de l'Allemagne nazie face aux troupes alliées. (TOMASZ WASZCZUK / MAXPPP)

Il y aura deux absents, dimanche 1er septembre en Pologne, pour les commémorations du début de la Seconde Guerre Mondiale, qui rassembleront une quarantaine de délégations étrangères. Le président américain Donald Trump a annulé sa visite au dernier moment en raison de l'arrivée de l'ouragan Dorian sur les côtes de Floride, tandis que Vladimir Poutine, le chef du Kremlin, n'a pas été invité par les autorités polonaises. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont très tendues et de nombreux Polonais ont peur de leur voisin russe.

La menace des missiles de Kaliningrad

Braniewo est à huit kilomètres au sud de l'enclave russe de Kaliningrad, de ses missiles et des bataillons russes au nombre inconnu. Les 18 000 habitants vivent avec cette menace dans un coin de la tête. "Mes parents m’ont toujours dit qu’avec les Russes, il faut s’attendre à tout, raconte Teresa. Mes parents ont vécu les deux guerres mondiales et ils craignaient davantage les Russes que les Allemands. Les Russes sont les plus imprévisibles et les plus dangereux." Cette habitante se dit "persuadée à 99%" que les Russes n'hésiteraient pas à attaquer "sur ordre de Vladimir Poutine, parce qu'ils lui sont très fidèles".

Jan, un autre habitant, connaît les Russes de Kaliningrad puisque sa belle-fille vit de l'autre côté de la frontière. "Je ne discute pas de Vladimir Poutine avec elle parce qu'elle n’en parle qu’en bien, explique-t-il. Pour les Russes de l’enclave, c’est un bon père. Mais regardez ce qu’il s’est passé en 2014, en Crimée ! Il a réussi à annexer cette région à la Russie. Cela fait très peur."

On s’est rendu compte que même sur le continent européen, Poutine pouvait attaquer à n’importe quel moment.Janà franceinfo

Imprévisible, dangereux, menaçant, c'est ainsi que le gouvernement polonais décrit le chef du Kremlin. La télévision publique polonaise, qui est aux mains des autorités, véhicule une image peu flatteuse de Vladimir Poutine et de l’armée russe. "C’est vrai que lorsqu'on regarde la télévision, les informations font peur, s'inquiète Beata. Il peut toujours y avoir des incidents, des essais ou des explosions de missiles par exemple. On sait très bien qu’il y a toujours un risque avec une possible réaction militaire."

Un parfum de Guerre froide

Les soldats de l’OTAN ne sont pas loin et une garnison polonaise stationne toujours à Braniewo. Le mari d’Agnieszka en fait partie, ce qui rassure cette vendeuse de fruits et légumes. "Je n’ai pas peur, je n’ai aucune crainte. Et puis de toute façon, il suffit que quelqu’un appuie sur des boutons et boum, c’est terminé ! Si notre gouvernement ne provoque pas la guerre, normalement cela n’arrivera pas."

Qu'il s'agisse d'une provocation ou d'une simple stratégie de défense, les ultra-conservateurs polonais tendent à se rapprochent de leur principal allié. Comme un parfum de Guerre froide aux portes de l’Union européenne, les États-Unis devraient envoyer 1 000 soldats supplémentaires en Pologne.

Le reportage franceinfo de Thomas Giraudeau
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