Ancien espion russe empoisonné : la nouvelle guerre froide entre Russie et Royaume-Uni en cinq actes

La crise s'accentue entre Moscou d'un côté, Londres et ses alliés de l'autre, après l'empoisonnement de l'ancien espion russe Sergeï Skripal et de sa fille Ioulia à Salisbury, en Angleterre, début mars. 

La Première ministre britannique Theresa May quittant le 10, Downing Street à Londres le 14 mars 2018.
La Première ministre britannique Theresa May quittant le 10, Downing Street à Londres le 14 mars 2018. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Comme un parfum de guerre froide au XXIe siècle. La tension croît entre Moscou et Londres, soutenue par ses alliés, depuis l'empoisonnement de l'ex-agent double russe Sergeï Skripal et de sa fille Ioulia à Salisbury, dans le sud de l'Angleterre, début mars. Le Royaume-Uni impute en effet à Moscou cette double tentative d'assassinat. Voici le rappel en actes de l'escalade en cours.

Acte 1 :  Sergeï Skripal est empoisonné

Dimanche 4 mars, la police locale de Salisbury reçoit un appel inhabituel : deux silhouettes gisent sur un banc. Un homme de 66 ans, qui fait des "mouvements étranges avec ses mains et regarde le ciel", selon les propos d'un témoin à la BBC, et une femme de 33 ans, sont inconscients. Tous deux sont hospitalisés dans un état grave, ainsi que le premier policier à être entré en contact avec eux (et qui est désormais hors de danger). La police révélera que les deux victimes ont été empoisonnées par un agent innervant, une arme chimique hautement toxique.

Cet homme de 66 ans, découvert à côté de sa fille, n'est pas tout à fait un inconnu : il s'agit de Sergueï Skripal, ancien colonel du service de renseignement de l'armée russe dans les années 1990. Il a été emprisonné en Russie pour avoir vendu des informations aux services de renseignement britannique. Puis il a fait partie d'un échange d'espions entre Moscou, Washington et Londres en 2010, lui permettant de se réfugier au Royaume-Uni.

Acte 2 : Theresa May accuse Moscou

Theresa May voit dans cet empoisonnement la main de Moscou. La Première ministre britannique juge, lundi 12 mars, "hautement probable" que la Russie soit responsable de l'empoisonnement de l'ancien agent double et de sa fille, notamment parce que la substance utilisée est "de qualité militaire d'un type produit par la Russie". L'agent employé appartient en effet au groupe "Novitchok" ("nouveau venu" ou "petit nouveau" en russe), conçu à la fin de la guerre froide.

Aux yeux de la Première ministre, soit l'Etat russe est directement responsable de leur empoisonnement, soit il a laissé leurs agresseurs se procurer l'agent neurotoxique utilisé sur le territoire britannique. La Russie rejette immédiatement ces accusations, qualifiées de "numéro de cirque" et de "provocation", puis se déclare, le lendemain, "innocente" et "prête à coopérer" avec les Britanniques. Etats-Unis, France et Allemagne apportent leur soutien à Londres.

Acte 3 : Londres expulse 23 diplomates russes 

Mercredi 14 mars, en représailles au manque d'explications jugées satisfaisantes de la part de Moscou, Londres expulse 23 diplomates russes (sur 59 présents au Royaume-Uni). La Grande-Bretagne gèle en outre les contacts avec Moscou et annonce qu'aucun membre de la famille royale ou du gouvernement n'ira à la Coupe du monde de football en Russie (14 juin-15 juillet). Enfin, le Royaume-Uni porte l'affaire Skripal devant le Conseil de sécurité des Nations unies

Acte 4 : Macron boycotte le pavillon russe au Salon du livre

Jeudi 15 mars, Emmanuel Macron inaugure le Salon du livre. En signe de solidarité avec Theresa May, le président de la République boycotte le pavillon russe, alors que le salon met justement à l'honneur, pour son édition 2018, le renouveau des lettres russes. Plus tôt jeudi, Emmanuel Macron avait condamné "avec la plus grande fermeté l'attaque inacceptable", dont "tout porte à croire" que la Russie est "responsable", selon lui.

"Le président ne va pas se rendre sur le pavillon officiel de la Russie au Salon du livre (...) dans le contexte de l'attaque de Salisbury en cohérence avec nos positions et par solidarité avec notre allié britannique", a expliqué l'Elysée. 

Le même jour, Londres, Paris, Berlin et Washington estiment dans une déclaration commune que la responsabilité russe est la seule explication "plausible" et demandent à Moscou de "répondre à toutes les questions liées à l'attaque de Salisbury"

Acte 5 : Moscou expulse 23 diplomates britanniques

Samedi 17 mars, Moscou annonce l'expulsion imminente de 23 diplomates russes et la cessation des activités du British Council en Russie. Le ministère russe des Affaires étrangères a convoqué un peu plus tôt l'ambassadeur britannique Laurie Bristow pour lui faire part de cette décision. Il précise que "vingt-trois membres du personnel diplomatique de l'ambassade britannique à Moscou" seraient déclarées persona non grata et "expulsées dans la semaine".

Cette décision survient la veille de l'élection présidentielle en Russie, dimanche 18 mars. Vladimir Poutine s'apprête à remporter sans surprise un quatrième mandat qui le maintiendra à la tête du pays jusqu'en 2024.