Jubilé de la reine : "Elizabeth II est insaisissable et c'est exactement ce que veulent les Britanniques", décrypte un journaliste spécialisé

Marc Roche, journaliste au Royaume-Uni, raconte le "génie" d'une reine "immuable" et ses souvenirs avec la souveraine : "En 30 ans d'Angleterre, elle m'a toujours posé les mêmes questions".

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La Reine Elizabeth II en octobre 2021. (VICTORIA JONES / POOL / AFP)

"Le génie d'Elizabeth II, c'est qu'elle n'a jamais rien dit et on n'a aucune idée de ce qu'elle pense", a expliqué lundi 30 mai sur franceinfo Marc Roche, journaliste, auteur du livre "Les Borgia à Buckingham" publié chez Albin Michel. Les Britanniques vont célébrer du 2 au 5 juin les 70 ans de règne de leur reine "immuable" et toujours aussi populaire.

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"C'est vraiment incomparable. C'est extraordinaire comme événement", assure-t-il. "Elle est mythique. C'est le dernier grand personnage de notre époque et à la fois, elle est totalement absente", souligne-t-il.

franceinfo : À quel événement français le jubilé de la Reine pourrait-il se comparer ?

Marc Roche : C'est incomparable. Le seul grand événement français avec lequel on peut comparer, c'est les grands défilés, les grandes cérémonies de la révolution de l'époque napoléonienne qui ont d'ailleurs inspiré le jubilé au roi George III en 1809. Sinon c'est vraiment incomparable. C'est extraordinaire comme événement.

Quel rapport ont les Britanniques avec leur reine aujourd'hui ?

La plupart d'entre eux n'ont connu qu'elle. Elle symbolise aussi le devoir. Elle a tout sacrifié, notamment sa vie familiale, sa vie personnelle à la charge, parce qu'elle n'était pas préparée à régner quand elle est montée sur le trône. Elle avait 25 ans et aujourd'hui, elle symbolise l'unité du pays, alors qu'il y a des forces centrifuges qui se multiplient en Écosse, en Irlande du Nord, mais aussi dans le Commonwealth, la grande famille d'outre-mer.

Elle symbolise le point fixe dans la tourmente. On l'a vu lors des crises et du Brexit et de la pandémie où elle a remonté le moral de la population. Elle n'a aucun pouvoir et pourtant, elle joue un rôle clé dans la vie nationale.

Marc Roche

à franceinfo

Est-elle plus populaire que le reste de la famille royale britannique ?

De loin, plus populaire. Le dernier sondage lui donne 90% d'approbation. Ensuite, c'est le prince William, pas le prince Charles, avec 65%. Le prince Charles est quand même à 50%. Beaucoup de politiciens, notamment Boris Johnson, aimeraient bien avoir cette cote de popularité. Il faut savoir que les trois personnages clés aujourd'hui, le noyau dur de la royauté, sont tous très populaires. Quant à l'institution monarchique, elle n'est pas contestée et le mouvement républicain est extrêmement minoritaire et cantonné à certaines élites intellectuelles.

Comment résumer en un mot le règne d'Elizabeth II ?

Immuable. Le génie d'Elizabeth II, c'est qu'elle n'a jamais rien dit. Et donc, on n'a aucune idée de ce qu'elle pense. Elle est au-dessus de la mêlée partisane et donc c'est un grand facteur de cohésion, justement parce que personne n'a pu déchiffrer ce qu'elle pense. Elle est insaisissable. C'est exactement ce que veulent les Britanniques.

Et pourtant tout le monde parle d'elle...

Elle est mythique. C'est le dernier grand personnage de notre époque et à la fois, elle est totalement absente. Je l'ai rencontrée à plusieurs reprises. En 30 ans d'Angleterre, elle m'a toujours posé les mêmes questions. "Depuis combien de temps vous êtes là, monsieur Roche. Est-ce que vous vous y plaisez ? La météo ne vous gêne pas tellement ?" Je n'ai jamais pu discerner la moindre pensée politique.

"La seule fois, c'est en 2002, elle m'a dit 'Monsieur Roche, j'espère que les Français vont bien voter'. J'étais au journal 'Le Monde' à l'époque et on en fait la une : 'La reine choisit Jacques Chirac'."

Marc Roche

à franceinfo

Les Britanniques sont-ils inquiets pour sa santé ?

Elle a des problèmes de mobilité. Mais on n'est pas en régence du royaume. Parce que bien que la plupart des fonctions de représentation ont été transférées à Charles et à Wiliam, la régence n'est prévue que si elle perd la tête. On est loin de là. Elle est très alerte. Elle a gardé deux prérogatives malgré ses problèmes de dos, à savoir l'audience avec le Premier ministre, toutes les semaines, à laquelle il n'y a personne d'autre, et la signature de tous les documents officiels.

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