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"C'est trop tard pour Alep très certainement, mais pas pour le conflit syrien" pour Médecins du Monde

La ville d'Alep en Syrie est en passe de tomber aux mains des forces gouvernementales. La communauté internationale ignore totalement la tournure que prend le conflit. Selon Joël Weiler, directeur des urgences de Médecins du Monde, invité de franceinfo mardi, la ville ne va pas tarder à tomber.

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Radio France
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Le quartier Bab Al-Nairab, à Alep (Syrie), le 10 décembre 2016. (GEORGE OURFALIAN / AFP)

Plusieurs ONG, dont Médecins du Monde, ont été reçues par François Hollande, lundi 12 décembre, pour évoquer la situation à Alep en Syrie. Le président de la République a lancé l’idée d’un "ultimatum humanitaire" afin d'essayer d’entrer dans la ville, de soigner et d'évacuer les civils.

Invité de franceinfo mardi, Joël Weiler, directeur des urgences de Médecins du Monde, estime que tous les efforts diplomatiques "sont importants", mais qu'il est "trop tard" pour sauver Alep.

franceinfo : Que savez-vous exactement de ce qui se passe à Alep-Est ?

Joël Weiler : C’est la fin de la phase de reprise de la ville, en particulier d’Alep-Est. On parle de massacres de plus en plus flagrants. Le régime et ses alliés auront dans les heures qui viennent repris la ville, en dépit de toutes les règles des Conventions de Genève et du droit humanitaire. Ce n’est pas nouveau, même si c’est plus flagrant ces dernières heures. Il y a une stratégie de terre brûlée. Toute la stratégie du régime et de ses alliés a été de vider la ville et de la raser. 

On estime qu’il reste 120 000 personnes à Alep.

Joël Weiler, directeur des urgences de Médecins du Monde

franceinfo

Qu'arrive-t-il aux personnes enlevées par l'armée ?

Je ne sais pas s'ils ne prennent que les rebelles mais, selon certains témoignages, ils prennent les jeunes hommes. Ces derniers sont mis de côté. Est-ce-que-c’est pour les réintégrer à l’armée loyaliste ? Je ne sais pas. On ne sait pas exactement ce qui se passe. On ne sait pas où vont tous les gens. Une partie va à Alep-Ouest, et dans les zones contrôlées par le gouvernement. Mais ce n’est pas très clair.

Les pressions internationales servent-elles à quelque chose pour au moins créer un corridor humanitaire ?

Tous les efforts sont importants. Ceux de Ban Ki-moon, de François Hollande. Mais c’est tard. C’est très très tard. On va entrer dans la 6e année du conflit. Il y a eu assez peu d’interventions et de solidarité de la communauté internationale avec les Syriens.Tout le système onusien est bloqué avec le droit de veto des Russes et des Chinois. 

Que veut dire vraiment l’expression d’"ultimatum humanitaire" employée par François Hollande ?

L’idée est de dénoncer, de crier que ce n’est pas acceptable ce qui se passe à Alep. Alep va tomber, mais le conflit syrien ne va pas s’arrêter avec cette chute. Il y a beaucoup d’exactions également dans le gouvernorat d’Idlib. La guerre continue à l’intérieur de la Syrie. C’est trop tard pour Alep très certainement mais pas pour le conflit syrien. En revanche, la France ne pourra faire de la diplomatie seule.

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