Syrie : à Alep-Est, des habitants racontent "la fin du monde"

La deuxième ville de Syrie est en passe d'être reprise totalement par le régime et ses alliés après quatre semaines d'offensive.

Des membres des forces pro-gouvernementales patrouillent dans un quartier d\'Alep-Est (Syrie) repris aux rebelles, le 12 décembre 2016.
Des membres des forces pro-gouvernementales patrouillent dans un quartier d'Alep-Est (Syrie) repris aux rebelles, le 12 décembre 2016. (GEORGE OURFALIAN / AFP)

Ce sera un tournant dans la guerre en Syrie. Le régime syrien est sur le point de reprendre toute la ville d'Alep, après quatre semaines d'une offensive dévastatrice contre les rebelles, mais aussi contre les civils. De leur ancien bastion d'Alep-Est, qu'ils contrôlaient depuis 2012, les insurgés ne tenaient, lundi 12 décembre au soir, plus que deux principaux quartiers, Soukkari et Al-Machad, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

"La bataille d'Alep touche à sa fin", a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est quant à lui alarmé des informations faisant état d'atrocités commises contre les civils. La chaîne américaine CNN (en anglais) raconte que "des proches de l'Armée syrienne libre, dont des femmes et des enfants, ont été exécutés", citant des sources humanitaires.

"Alep est en train d'être effacée"

Sur les réseaux sociaux, les appels à l'aide sont légion. "Mon Dieu, réveillez-nous de ce cauchemar. Alep est en train d'être effacée et plus de 50 000 personnes sont en danger de mort, surtout des femmes et des enfants", écrit Zouhir Al-Shimale, journaliste free-lance.

L'activiste Lina Shamy dénonce, dans une vidéo, "un génocide dans la ville assiégée d'Alep". "Plus de 50 000 civils qui se sont révoltés contre le dictateur Al-Assad sont menacés d'exécution ou risquent de mourir sous les bombes", poursuit-elle. Selon elle, ces civils sont "coincés dans une zone de moins de 2 km2, sans endroit sûr, chaque bombe est un nouveau massacre".

Lundi, un autre activiste, inscrit sur Twitter sous le nom de @Mr.Alhamdo, évoquait "la fin du monde à Alep" et citait son épouse : "Pourquoi ne nous tuent-ils pas une bonne fois pour toutes ? Pourquoi nous tuent-ils chaque minute ?"

"Dernier message"

"Tous les enfants d’Alep souffrent. Tous sont traumatisés, raconte Radoslaw Rzehak, chef de l’Unicef à Alep, à l'AFP. Je n’ai jamais vu une situation aussi dramatique que celle qu’ils vivent. Certains enfants, qui ont 5 ou 6 ans, considèrent comme normal d’être bombardé, de devoir fuir, d’avoir faim, de se cacher dans des bunkers."

Parmi ces enfants, Bana Al-Abed, 7 ans, raconte sur Twitter, depuis septembre, l'horreur que vivent les derniers habitants d'Alep-Est. Lundi, elle écrit : "Mon père est blessé maintenant. Je pleure." 

Plus tôt dans la journée, sa mère, Fatemah, avait même annoncé : "Dernier message – les gens meurent depuis la nuit dernière. Je suis très surprise d'être encore en vie et de tweeter."

Des dizaines de "derniers messages" comme celui-ci ont été publiés sur Twitter, depuis lundi, par des habitants d'Alep. Au moins 120 000 personnes ont fui le secteur assiégé et beaucoup ont trouvé refuge dans les centres pour déplacés dans les zones gouvernementales, mais les Syriens qui restent sont pilonnés sans relâche et font ce qu'ils pensent être des adieux sur les réseaux sociaux. 

"Un hurlement dans la nuit"

Des journalistes rapportent également les récits de personnes avec qui ils sont en contact dans la ville. La reporter Laura-Maï Gaveriaux évoque sur Twitter l'avancée des milices qui soutiennent le régime de Bachar Al-Assad "en exécutant à l'arme blanche". Elle raconte avoir reçu, via l'application WhatsApp, un "dernier message" qui était, "littéralement, un hurlement dans la nuit".

Omar Ouahmane, correspondant de franceinfo à Beyrouth, a joint des opposants au régime "Je veux vivre libre et dignement et ça c'est un crime pour l'armée de Bachar Al-Assad", s'indigne l'un d'eux. Il explique ne plus aller dans les zones tenues par le régime parce qu'il serait arrêté : "Des centaines de personnes qui ont décidé de rejoindre des zones contrôlées sont aujourd'hui portées disparues et ce serait également mon cas à moi. Certains ont été enrôlés de force dans l'armée ou sont aujourd'hui en prison."

"Je ne peux pas me rendre dans les zones contrôlées par le régime. Les gens y sont exécutés" Un opposant au régime joint par Omar Ouahmane, correspondant de franceinfo dans la région
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Je veux vivre libre et dignement et ça c'est un crime pour l'armée de Bachar Al-Assadun opposant au régimeFranceinfo

Un autre opposant dresse le même constat. "Les gens sont torturés en nombre et exécutés dans les zones controlées par le régime. C'est ce régime qui a tué des centaines de milliers de personnes, il ne fera preuve d'aucune pitié.

"Je veux vivre digne et librement et ça c'est un crime pour le régime de Bachar Al-Hassad" Un opposant joint par Omar Ouahmane, correspondant de franceinfo dans la région
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