Hausse des prix à la pompe ? Pénurie de pétrole ? Escalade militaire ? On répond à quatre questions après les attaques de drones en Arabie saoudite

Après la destruction d'infrastructures pétrolières saoudiennes, la production du royaume a été réduite de moitié, ce qui représente l'équivalent de 5% de la consommation quotidienne mondiale.

De la fumée s\'échappe d\'une installation pétrolière de la compagnie Aramco à Abqaiq (Arabie saoudite), après une attaque par drones, le 14 septembre 2019. 
De la fumée s'échappe d'une installation pétrolière de la compagnie Aramco à Abqaiq (Arabie saoudite), après une attaque par drones, le 14 septembre 2019.  (AFP)

L'or noir dans tous ses états. Les cours du pétrole se sont envolés, lundi 16 septembre, deux jours après les attaques contre des infrastructures pétrolières en Arabie saoudite. Plus de 10% pour le brent de mer du Nord, qui a atteint un niveau sans précédent depuis la guerre du Golfe en 1991, et près de 9% pour le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI), qui a connu sa plus forte hausse journalière depuis le 22 juin 1998. 

La production du royaume a été réduite de moitié, soit 5,7 millions de barils par jour : l'équivalent de 5% de la consommation quotidienne mondiale. Cette attaque aura-t-elle des conséquences sur les prix à la pompe ? Doit-on craindre une pénurie ? Franceinfo répond à quatre questions après cette frappe de drones qui a touché le plus gros exportateur mondial de pétrole. 

1Quand la production va-t-elle revenir à la normale ?

Pour l'instant, la compagnie Aramco, qui possède les installations pétrolières touchées, n'a pas fourni de calendrier précis de retour à la normale. Selon Reuters, qui s'appuie sur deux sources proches du géant pétrolier saoudien, Aramco pourrait avoir besoin de "plusieurs mois" pour retrouver ses volumes normaux de production. "La situation reste très mauvaise", a d'ailleurs commenté l'une de ces sources. 

De son côté, le bulletin spécialisé Energy Intelligence a indiqué, en citant des sources industrielles, qu'Aramco était "sur le point de rétablir jusqu'à 40%" de la production perdue, soit environ 2,3 millions de barils par jour. La firme de consultants Energy Aspects a également estimé que le pays serait en mesure de restaurer près de la moitié de la production perdue, dès le 16 septembre. 

2Les prix à la pompe vont-ils augmenter ?

Si les prix du pétrole ont augmenté sur les marchés à leur réouverture lundi, l'impact réel de ces attaques va dépendre du retour à la normale de la production saoudienne. En attendant, les prix à la pompe en France vont augmenter "assez rapidement", selon Francis Duseux, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), interrogé par l'AFP. 

Mais à quelle hausse peut-on s'attendre ? "A une augmentation de l'ordre de 4 ou 5 centimes", parce que "les grandes sociétés répercutent au jour le jour l'évolution des prix sur le marché de Rotterdam sur l'essence et le gazole", a-t-il expliqué. Interviewé sur Europe 1le président de l'Ufip s'est toutefois montré prudent. "Il faut voir s'il y a une escalade militaire ou pas, car cela renforcerait encore la tension", a-t-il précisé. 

3Ces attaques vont-elles entraîner une escalade militaire ? 

Si le monde n'est donc pas menacé dans l'immédiat d'une pénurie d'or noir, les marchés manifestent aussi par leur coup de sang, lundi, la crainte d'une escalade militaire entre Washington et Téhéran. Les Etats-Unis se sont dits "prêts à riposter" aux attaques de drones, après que le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, a accusé, samedi, l'Iran d'en être à l'origine. Les rebelles yéménites houthis, soutenus par l'Iran et qui font face depuis cinq ans à une coalition militaire menée par Riyad, ont revendiqué ces destructions.

Mais pour Mike Pompeo, il n'y a aucune preuve que ces attaques soient venues du Yémen. Avant d'accuser Téhéran d'être à l'origine des attaques de drones contre les installations pétrolières saoudiennes, Washington avait déjà rendu l'Iran responsable en mai et juin d'attaques et d'actes de sabotage contre des pétroliers dans le golfe d'Oman

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien a jugé ces accusations "insensées" et "incompréhensibles", laissant entendre qu'elles avaient pour but de justifier "des actions futures" contre l'Iran. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dont le pays est le grand rival régional de l'Iran, a assuré que Riyad était "disposé et capable" de réagir à cette "agression terroriste". Face à cette situation, la Chine comme l'Union européenne ont appelé à la plus grande "retenue". La Russie a, de son côté, demandé à la communauté internationale de "ne pas tirer de conclusions hâtives".

4Doit-on craindre une pénurie ?

"Pour le moment, les marchés sont bien approvisionnés avec de nombreuses réserves commerciales", a rassuré l'Agence internationale de l'énergie. Même son de cloche pour Francis Duseux : il rappelle à Europe 1 que "la règle en France, comme dans beaucoup d'autres pays, c'est que l'on possède à tout moment trois mois de consommation, de stocks de réserveC'est justement prévu en cas de crise majeure pour ne pas paralyser le pays." 

Cité par Les EchosAmarpreet Singh, analyste chez Barclays, estime que "les exportations saoudiennes ne seront probablement pas affectées de façon significative". Le royaume possède en effet des stocks importants de pétrole. Le ministre de l'Energie saoudien, le prince Abdel Aziz ben Salmane, a d'ailleurs assuré que ces vastes réserves seraient utilisées pour compenser en partie la perte de production. 

Les Etats-Unis ont, par ailleurs, fait savoir dès samedi qu'ils autorisaient le recours à leurs réserves stratégiques de pétrole. "A la suite des attaques en Arabie saoudite, qui pourraient avoir un impact sur les prix du pétrole, j'ai autorisé l'utilisation du pétrole de la 'Strategic Petroleum Reserve', si besoin et pour une quantité qui reste à définir", a tweeté Donald Trump. Il y a "plein de pétrole !" a-t-il ajouté.