DOCUMENT FRANCEINFO. A Raqqa, l'assaut final sur le fief de Daesh en Syrie : "Si on libère l'hôpital, on libère la ville, en 48 heures"

Le groupe État islamique va-t-il perdre sa capitale, Raqqa ? Les Forces démocratiques syriennes contrôlent désormais 90% de la ville et ont lancé ce qu'elles affirment être l'assaut final.

FRANCEINFO / RADIO FRANCE
avatar
Edité par Cécile MimautGilles GallinaroFranck MathevonRadio France

Mis à jour le
publié le

Daesh va-t-il perdre sa capitale autoproclamée en Syrie ? En ce début octobre 2017, les Forces démocratiques syriennes (FDS) contrôlent désormais 90% de la ville de Raqqa et ont lancé ce qu'elles affirment être l'assaut final contre le groupe Etat islamique.

Les jihadistes ne contrôlent plus qu’un petit périmètre, aux alentours de l'hôpital. Ils seraient environ 500, assiégés dans quelques poches du centre-ville. Leur défaite semble ne faire aucun doute, même si l'issue de la bataille pourrait prendre encore un peu de temps. Jeger Direk, un des officiers des FDS sur le front ouest de Raqqa, se montre confiant : "Si on libère l'hôpital, on libère la ville, en 48 heures".

Le groupe Etat islamique s'est emparé de la ville de Raqqa en 2014 et en a fait son fief. Il y a commis sans doute ses pires atrocités. Les jihadistes ont imposé leur vision ultra-radicale de l’islam aux quelque 200 000 à 300 000 habitants, qui devaient respecter des règles très strictes : la barbe pour les hommes, le voile intégral pour les femmes. Les contrevenants encouraient la prison et des opposants ont été décapités en public, au carrefour Al-Naïm, le carrefour du Paradis, rebaptisé depuis le carrefour de l’Enfer.

Des milliers de civils encore pris au piège

Les Forces démocratiques syriennes, qui ont lancé l’opération contre Raqqa en juin dernier, affirment avoir une priorité : protéger les civils. Des milliers d’habitants sont encore pris au piège des combats, souvent sans eau ni nourriture. Il est très dangereux de s’enfuir. Raqqa est truffée de mines et les jihadistes tuent ceux qui tentent de s’échapper. Selon les combattants des FDS, ces civils servent de boucliers humains. Il est donc plus difficile pour la coalition internationale de conduire des attaques ciblées. Les FDS, soutenues par Washington, espèrent pouvoir annoncer la libération définitive de Raqqa d’ici deux à trois semaines.

Une véritable guérilla urbaine

C’est un combat rue par rue, maison par maison. Les Forces démocratiques syriennes progressent et se sont emparées lundi 2 octobre du QG de sécurité de Daesh. Elles ont mis la main sur un stock d’armes. Mais ces troupes arabo-kurdes ont aussi connu des contretemps. A plusieurs reprises ces derniers jours, des jihadistes ont exploité le réseau de tunnels pour surgir dans des zones a priori sécurisées. Dans ces cas-là, ils vident leurs munitions puis se font exploser. Des attaques souvent très meurtrières.

La guerre contre Daesh n'est pas terminée

La chute promise de Raqqa ne signifie pas encore la fin de l'organisation Etat islamique.  Les jihadistes contrôlent encore une vaste zone de l’est de la Syrie, du côté de Deir-Ezzor. Là, Daesh est pris en étau entre les Forces démocratiques syriennes, contrôlées par les Kurdes, et le régime de Bachar Al-Assad. L’armée syrienne et son allié russe bombardent les jihadistes. D’après des ONG, ces raids aériens frappent aussi les civils et font beaucoup de victimes.

Dans les camps de déplacés, près de Raqqa, on rencontre des milliers de Syriens venus de la région de Deir-Ezzor pour fuir les combats. Par ailleurs, Daesh contrôle encore quelques poches du centre de la Syrie et une partie de l’est de l’Irak.

Dans Raqqa en ruines, des soldats des Forces démocratiques syriennes guettent les snippers de Daesh.
Dans Raqqa en ruines, des soldats des Forces démocratiques syriennes guettent les snippers de Daesh. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)