Syrie : Raqqa, "spectacle de désolation", en proie aux combats acharnés entre la coalition internationale et Daesh

À Raqqa, au nord de la Syrie, les combats s'intensifient. Les forces arabo-kurdes sont sur le point de reprendre la capitale autoproclamée du groupe Etat islamique. 

Ouest de Raqqa, le 28 septembre 2017.
Ouest de Raqqa, le 28 septembre 2017. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

En Syrie, les combats s'intensifient entre la coalition internationale et Daesh à Raqqa, capitale autoproclamée du califat du groupe État islamique. Les forces arabo-kurdes contrôlent désormais 80% de cette ville du nord de la Syrie. Les derniers combats font rage autour de positions stratégiques. Selon la coalition internationale, la ville pourrait être reprise dans les prochains jours ; les militaires sur place évoquent plutôt deux à trois semaines de combats. Les envoyés spéciaux de franceinfo sont à l'intérieur de Raqqa et racontent cette bataille acharnée. 

Syrie : la bataille de Raqqa, vue de l'intérieur de la ville, avec l'envoyé spécial de franceinfo, Franck Mathevon
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Un spectacle de désolation dans la ville

Dans l'ouest de la ville, à environ 500 mètres du front, on entend encore parfois au loin le bruit des combats, des tirs et des bombes. Les jihadistes tiennent encore des quartiers du centre de Raqqa. Ils seraient entre 500 et 700 à combattre la coalition internationale. "Les Américains mènent encore des raids aériens pour déloger les derniers jihadistes. Quelques fumées noires s'élèvent au loin et la ville de Raqqa est totalement détruite", raconte Franck Mathevon, envoyé spécial de franceinfo sur place. Il décrit "un spectacle de désolation", à l'image du triste paysage d'Alep en 2016 ou plus récemment de Mossoul, en Irak.

On voit des immeubles éventrés, des gravats, des carcasses de voitures et de busFranck Mathevon, envoyé spécial de franceinfo à Raqqa

La guerre n'a pas épargné les civils : Raqqa a été vidée de ses habitants. "On ne croise aucun civil", décrit-il. Les habitants, entre 200 000 et 300 000 personnes, ont fuit la ville. Beaucoup d'entre eux ont trouvé refuge dans les camps de déplacés de la région mais plusieurs milliers d'entre eux sont encore pris au piège dans Raqqa. "Ils sont prisonniers des jihadistes qui s'en servent comme des boucliers humains", explique Franck Mathevon. Beaucoup d'entre eux sont actuellement détenus dans le stade de football de la ville, lieu où Daesh rendait la justice. Ceux qui s'opposaient aux jihadistes ou commettaient des crimes contraires à la charia encourraient alors la peine capitale. Ils étaient alors exécutés en public au rond-point Al-Naim. "C'est l'une des batailles symboliques qui est menée en ce moment par les forces arabo-kurdes à Raqqa."

Une ville entièrement truffée d'explosifs

Pour cette bataille symbolique, le groupe État islamique a reçu un appui militaire supplémentaire. En effet, les jihadistes ont reçu des renforts cette semaine. Une centaine d'hommes déguisés en civils sont venus du front de Deir ez-Zor, dans le sud-est, pour leur prêter main forte. Cette attaque inattendue a entraîné de nombreux combats et retardé la libération de Raqqa, prévue initialement dans les prochains jours. Elle devrait finalement intervenir dans deux à trois semaines, d'après les militaires sur place. Les jihadistes tiennent encore quelques poches dans le centre-ville et le nord de Raqqa.

La priorité pour les forces arabo-kurdes, c'est la sécurité des civils. En clair, il vaut mieux prendre son temps, asphyxier Daesh et éviter les victimesFranck Mathevon, envoyé spécial de franceinfo à Raqqa

Une fois Raqqa libérée de l'État islamique, le travail des forces arabo-kurdes ne s'arrêtera pas pour autant. Il faudra déminée entièrement la ville, truffée d'engins explosifs. "Dans une rue de l'ouest de Raqqa, autrefois très commerçante, les magasins sont abandonnés dans un désordre indescriptible. Il ne faut surtout pas explorer ces boutiques et toucher ces objets car beaucoup sont piégés", raconte Franck Mathevon. Il y aura donc un long travail de déminage et les habitants ne pourront pas rentrer chez eux avant plusieurs mois sans doute.