Syrie : "Les enfants sont exposés à la mort chaque jour"

"Les conditions sont déplorables, il y a de la dysenterie, du froid, de la pluie, de la boue," déplore Emmanuel Daoud, avocat de femmes françaises jihadistes.

Des enfants quittent le dernier bastion du groupe Etat islamique de Baghouz en Syrie, le 27 février 2019.
Des enfants quittent le dernier bastion du groupe Etat islamique de Baghouz en Syrie, le 27 février 2019. (BULENT KILIC / AFP)

"Il est insupportable pour nous d'imaginer que chaque jour, chaque heure, des enfants français et des mamans françaises peuvent périr là-bas" lance sur franceinfo lundi 25 mars l'avocat Emmanuel Daoud, qui défend des femmes de jihadistes qui demandent à rentrer en France.

Des membres du groupe État islamique cachés dans des tunnels se sont rendus au lendemain de l'annonce de la chute du "califat" de l'organisation à Baghouz, dans l'est de la Syrie. Sur place, il reste de nombreuses femmes avec leurs enfants.

franceinfo : Pourquoi ces femmes sont-elles retenues ?

Emmanuel Daoud : Parce que l'on considère qu'elles ont été jihadistes et compagnes de jihadistes et au moment de l'évacuation des lieux où elles étaient, elles ont été emprisonnées avec leurs enfants dans les camps qui sont sous le contrôle des Kurdes.

Dans quelles conditions sont-elles retenues ?

Il y a quelques jours, nous avons appris que 29 enfants étaient décédés. Les ONG comme Médecins du monde n'ont pas accès à ces camps et ce sont des conditions de vie extrêmes. Les enfants sont exposés à la mort chaque jour à tel point que certains de mes confrères ont saisi le Comité contre la torture de l'ONU et le Comité international des droits de l'enfant, parce qu'il y a un péril de mort certain.

Vous demandez le rapatriement de ces enfants et de leurs mères ?

Évidemment. L'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant prévoit que les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents. C'est donc une obligation internationale pour la France. Nous nous battons pour nos clientes et leurs enfants, mais aussi pour que la France recouvre son honneur et sa dignité. Il est insupportable pour nous d'imaginer que chaque jour, chaque heure, des enfants français et des mamans françaises peuvent périr là-bas. Nous sommes atterrés de voir que le gouvernement instrumentalise l'opinion publique.

Deux tiers des Français souhaitent que les enfants français des jihadistes restent en Syrie ou en Irak. Qu'en pensez-vous ?

On a vraiment désinformé l'opinion publique. Comment peut-on penser qu'un nourrisson de six mois est dangereux, qu'une petite fille de trois ans est dangereuse pour la France ? Ce que je sais, c'est que nous avons déjà 80 enfants qui sont rentrés en France avec leurs mamans par le biais de passeurs. Elles sont incarcérées, leurs enfants ont été pris en charge par la protection de l'enfance, des psychologues, des psychiatres, des éducateurs spécialisés et des familles qui les ont accueillis. De ce que nous en savons, cela se passe très bien. Il faut arrêter de faire peur à la société. On ne va pas nous faire croire que des enfants sont des dangers pour leur pays.