Syrie : à Idlib, "les Américains vont laisser faire, et les Français regardent"

C'est peut-être l'une des dernières batailles de la guerre en Syrie. Dans la région d'Idlib, l'armée de Bachar al-Assad mène une offensive contre le dernier bastion des rebelles. "Tous les observateurs le reconnaissent, Assad a gagné cette guerre. Il est toujours là. Plus personne, même le président Macron, ne réclame son départ", souligne Frédéric Pichon, professeur de géopolitique.

Manifestation de Syriens contre le régime de Bachar al-Assad à Idlib, vendredi 31 août.
Manifestation de Syriens contre le régime de Bachar al-Assad à Idlib, vendredi 31 août. (MUHAMMAD HAJ KADOUR / AFP)

À Idlib, "les Américains vont laisser faire et les Français regardent cela en jouant sur l'émotion", a affirmé vendredi 31 août sur franceinfo Frédéric Pichon, professeur de géopolitique, spécialiste de la Syrie, alors que l'armée syrienne mène une offensive contre la région rebelle d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie. Idlib est le dernier bastion de l'insurrection contre le régime du président Bachar al-Assad. Selon Frédéric Pichon, le seul objectif des États-Unis est "que l'Iran parte de Syrie". Quant à Bachar al-Assad, "même le président Macron ne réclame plus son départ. Tous les observateurs le reconnaissent, il a gagné cette guerre."

franceinfo : Tous les types de population, des civils, des jihadistes, des rebelles, et presque toutes les puissances sont impliquées. Est-ce qu'on est dans l'échelle du pire à Idlib ?

Frédéric Pichon : Oui. On a depuis le 11 septembre la plus grosse concentration au monde de jihadistes dans cette province d'Idlib. On ne peut pas compter sur la modération de l'armée syrienne ou de la Russie pour faire le tri. Ce qui est sûr, c'est que les États-Unis sont bien conscients du problème. Il faut rappeler qu'ils ont frappé régulièrement la province d'Idlib. Idlib, c'est aussi le réceptacle de toutes les villes qui ont été évacuées. Les jihadistes et les rebelles font pression sur les civils pour leur interdire de rejoindre les zones gouvernementales et les forcer à rester là. Les Américains vont laisser faire. Les Turcs se sont mis d'accord avec Moscou. Erdogan a confirmé qu'il achetait des S-400 à la Russie. Et les Français regardent cela en jouant sur l'émotion. Mais on ne peut plus faire grand-chose. Malheureusement.

La bataille majeure va-t-elle être lancée ?

Il n'y a aucun doute. Ce n'est pas tout de suite. Il faudra attendre une réunion de la Turquie, de l'Iran et de la Russie le 7 septembre. Les opérations devraient donc commencer dans une semaine. Jusqu'à maintenant, les familles de rebelles qui voulaient sortir étaient invitées à le faire par des bus et avaient rejoint cette province. Mais, la Turquie ayant fermé ses frontières, ces civils sont condamnés à retourner dans le giron gouvernemental ou à subir une campagne de bombardement.

Ce qui se joue, c'est la victoire totale de Bachar al-Assad ?

Oui. Mais il reste quand même la question du nord-est syrien, de la présence américaine et des relations avec les Kurdes du PYD, une relation qui est en train de changer. Mais tous les observateurs le reconnaissent, Bachar al-Assad a gagné cette guerre. Il est toujours là. Plus personne, même le président Macron, ne réclame son départ. C'est une situation qui échappe largement au calcul des Occidentaux. Les États-Unis ont comme objectif que l'Iran parte de Syrie. C'est tout. L'élimination des jihadistes, cela les arrange. Ce qu'ils ne veulent pas, c'est que l'Iran puisse construire des positions fortes pour l'avenir, mais ça, ce n'est pas encore acquis.