Rapatriement d'enfants de jihadistes français : "On fabrique des bombes à retardement si on les laisse là-bas !" s'emporte une avocate

Marie Dosé, qui représente des familles d'enfants prisonniers au Kurdistan, souhaite  que les procédures de rapatriement soient accélérées. Sur un plan humanitaire, d'abord, mais aussi sécuritaire.   

Femmes et enfants qui viennent de quitter l\'enclave de Baghouz (Syrie), le 12 mars 2019.
Femmes et enfants qui viennent de quitter l'enclave de Baghouz (Syrie), le 12 mars 2019. (RADIO FRANCE)

La France est sans nouvelles de 200 à 300 enfants de jihadistes français en Irak et en Syrie, a déclaré le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Laurent Nunez dans un entretien accordé à France 2 jeudi 28 mars. "On ne va pas s'étonner d'être sans nouvelle d'enfants qui sont probablement morts et par notre inertie en tuer d'autres en les laissant dans les camps", a réagi vendredi sur franceinfo Marie Dosé, avocate au barreau de Paris, représente de familles françaises d’enfants prisonniers au Kurdistan. Elle a dénoncé une doctrine de rapatriement au cas par cas "inaudible" et "affreuse" et un "gouvernement focalisé sur une opinion publique mal informée".

franceinfo : Que pensez-vous de l'évaluation de 200 à 300 enfants de jihadistes français en Irak et en Syrie dont la France serait sans nouvelles ?

Marie Dosé : Il me semble crédible. La plupart d'entre eux sont probablement décédés. Depuis que Baghouz est tombée, j'ai des retours d'information, des familles en France qui apprennent la mort de leurs petits-enfants, de leurs neveux ou nièces dans des bombardements. Ce qui m'étonne c'est que le ministère dispose de certains chiffres et en omet d'autres. La France sait pertinemment, au 6 mars, que 149 enfants étaient détenus dans les camps. Il y en a nécessairement plus aujourd'hui. Il y a un autre chiffre que la France connaît parfaitement, c'est que 123 enfants sont morts dans le camp al-Hol  entre le 1er et le 15 mars, le plus âgé avait 5 ans. Lorsque j'entends le gouvernement nous expliquer qu'il n'y aurait de rapatriement que pour les enfants les plus isolés, les plus fragiles, je ne comprends absolument pas de quoi on parle. On ne va pas s'étonner d'être sans nouvelle d'enfants qui sont probablement morts et par notre inertie en tuer d'autres en les laissant dans les camps.

Le gouvernement rappelle la doctrine du cas par cas. Qu'en pensez-vous ?

Cette doctrine est inaudible et elle est affreuse ! Cela veut dire que certains enfants français vont être sauvés de la mort parce qu'ils sont orphelins, mais que d'autres, qui ont la malchance d'avoir encore une mère en vie vont mourir là-bas du choléra, de la tuberculose ? Je m'occupe de grands-parents qui ont des enfants qui sont des bébés, qui ont moins de 2 ans. Un enfant épileptique est dans le camp al-Hol où plus de 120 enfants sont morts en 15 jours. Mais qu'est-ce qu'on est en train de faire ? Quel message est-on en train de passer ? Le rapatriement de ces enfants était prévu ! Début février, les services avaient communiqué les noms, prénoms, les dates de naissance de 70 enfants qui devaient être rapatriés dans des avions américains. Tout s'est arrêté parce que ce gouvernement est focalisé sur une opinion publique mal informée.

Les Français sont majoritairement contre le rapatriement de ces enfants. Que leur dites-vous ?

Peut-être serait-il intéressant de tendre des micros à des gens un peu plus informés parce que nous avons fait un travail, avec certains avocats, de pédagogie. On fabrique des bombes à retardement si on les laisse là-bas ! Voilà ce qu'on est en train de faire ! Et j'espère que ce message est enfin en train d'être compris par les Français. Ils sont désinformés par un gouvernement et un président de la République focalisés sur les européennes au lieu d'élever le débat et de faire de la pédagogie. On fait n'importe quoi pour notre sécurité à les laisser là-bas ! Je sais quelles images de ces femmes les Français voient régulièrement de ces femmes qui n'aiment pas la France, qui la refusent, qui veulent rester là-bas, certaines d'entre elles en tous cas. Vous croyez sincèrement que c'est un bon calcul ? Vous pensez qu'il y a beaucoup de programmes de déradicalisation dans les prisons irakiennes ou dans les camps au Kurdistan syrien ? Les Kurdes ne veulent plus garder nos prisonniers ! C'est terminé ! Que va-t-on faire ?