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Pourquoi la mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi ne signifie pas la fin de l'Etat islamique

Son chef s'est tué lors d'une opération américaine au nord-ouest de la Syrie, mais le groupe jihadiste reste une menace.

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France Télévisions
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Vue générale des décombres de la mosquée al-Nouri de Mossoul (Irak), prise en photo le 27 octobre 2017. C'est là qu'Abou Bakr Al-Baghdadi a annoncé la création du "califat" de l'Etat islamique.  (ABDULLAH RASHID / REUTERS)

Donald Trump a annoncé, dimanche 27 octobre, la mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi. Le chef de l'Etat islamique (EI) s'est tué pendant une opération militaire américaine dans le nord-ouest de la Syrie. Le président américain s'est vivement réjoui de ce succès de politique internationale. Pourtant, la mort du jihadiste ne signifie pas la fin de l'Etat islamique. "Ce n'est qu'une étape", a réagi Emmanuel Macron, en fin d'après-midi. "Le combat continue avec nos partenaires de la coalition internationale pour que l'organisation terroriste soit définitivement défaite. C’est notre priorité au Levant", a-t-il ajouté.

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L'organisation est très structurée 

L'Etat islamique peut perdurer, sous une forme ou sous une autre, explique Myriam Benraad, chercheuse associée à l'Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam). "On a déjà éliminé de grandes figures du jihadisme par le passé. À commencer par Ben Laden, sous la présidence Obama, rappelle-t-elle au micro de franceinfo, en réalité, ces mouvements très structurés assurent leur succession de longues années auparavant".

Il y a déjà certainement des personnalités qui sont en place.

Myriam Benraad

à franceinfo

Pour Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po-Paris, la mort de Baghdadi "représente un coup terrible" pour l'EI, mais "il n'est pas certain (...) qu'une telle perte symbolique affecte fondamentalement la direction opérationnelle de Daech, depuis longtemps aux mains de professionnels aguerris".

L'organisation jihadiste compte encore des combattants, que ce soit sur le terrain dans des cellules dormantes, ou en détention. Au total, quelque 12 000 jihadistes de l'EI, des Syriens, des Irakiens, mais aussi 2 500 à 3 000 étrangers originaires de 54 pays sont ainsi détenus dans les prisons kurdes, selon les autorités locales. 

Des cellules dormantes pourraient ressurgir

Les forces kurdes en Syrie s'attendent à des représailles de l'Etat islamique, après l'annonce de la mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi, a déclaré le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS). "Les cellules dormantes vont venger Al-Baghdadi, a anticipé Mazloum Abdi. "On s'attend à tout, y compris des attaques contre les prisons" gérées par les forces kurdes. Les FDS continuent de traquer les jihadistes qui ont renoué avec la clandestinité et ont formé des cellules dormantes.

L'EI revendique encore régulièrement des attentats meurtriers en Syrie, notamment dans ses anciens fiefs reconquis par les forces kurdes. À Bagdad, le chercheur Hicham Al-Hachémi, spécialiste des mouvements jihadistes dans la région, estime que "le plus probable est que la mort d'Al-Baghdadi crée un moment de silence et une pause dans les attaques terroristes, comme cela avait été le cas après l'assassinat d'Abou Omar Al-Bagdadi", l'ancien chef d'Al-Qaïda en Irak.

Pour autant, les forces kurdes, qui avaient proclamé en mars la fin du "califat" des jihadistes, restent inquiètes. Confrontés depuis le 9 octobre à une offensive de la Turquie, les Kurdes ont mis en garde contre une résurgence de l'EI, qui pourrait profiter du chaos sécuritaire. Washington a reconnu que plus de 100 prisonniers du groupe jihadiste s'étaient échappés, depuis le lancement de l'opération turque.

L'EI peut capitaliser sur la mort de son chef

Dans une série de tweets publiés dimanche, Rita Katz, directrice de SITE Intelligence Group, un groupe américain spécialisé dans la surveillance des mouvements jihadistes, estime elle aussi que, "si elle est confirmée, la mort d'Al Baghdadi serait un coup terrible porté à l'EI et à son réseau". "Toutefois, l'Histoire nous a appris que le mouvement est résilient sur le plan opérationnel et va capitaliser sur la mort d'Al-Baghdadi pour recruter et appeler à de nouvelles attaques", prévient-elle.

"Il sera intéressant de voir comment l'EI, qui ne réagit pas pour l'instant, va répondre à sa mort, et quand", poursuit Rita Katz. "Le mouvement n'a jamais nommé de successeur potentiel, et n'a jamais identifié formellement ses cadres dirigeants, pour des raisons de sécurité, à l'exception de son porte-parole Abou Hassan Muhajir, dont la véritable identité est inconnue." Elle précise que "les sites liés à l'EI disent dimanche que, même si la nouvelle est vraie, le jihad se poursuivra, estimant qu'Al-Baghdadi a atteint le but ultime du jihad : la mort en martyr".

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