12 enfants français rapatriés de Syrie : "Je ne comprends pas cette politique du cas par cas, tous doivent être rapatriés"

Marie Dosé, avocate de familles de jihadistes français en Syrie et en Irak était invitée de franceinfo.

L\'avocate Marie Dosé invitée de franceinfo samedi 1er juin 2019. 
L'avocate Marie Dosé invitée de franceinfo samedi 1er juin 2019.  (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

La France a rapatrié lundi 10 juin 12 enfants de jihadistes français qui se trouvaient dans le nord-est de la Syrie, ainsi que deux Néerlandais qui seront remis aux Pays-Bas. Maître Marie Dosé, avocate de familles de jihadistes français partis en Syrie ou en Irak dénonce sur franceinfo la gestion de ce dossier par le gouvernement français.

franceinfo : Êtes-vous satisfaite du rapatriement des ces enfants ?

Marie Dosé : C'est un peu compliqué parce que, comme toujours, j'ai un immense soulagement et une vraie émotion, et puis très vite je pense à ces 200 enfants qui sont restés là-bas, qui sont tout aussi isolés et vulnérables que ceux qu'on vient de ramener. Je ne comprends pas cette politique du cas par cas qui ressemble plus, finalement, à un fait du prince. Il n'y a pas de critères. Ils doivent tous être rapatriés. Tous sont isolés. Tous. Est-ce que vous imaginez la vie dans ces camps ? Ils sont sous des tentes : soit des tentes d'orphelins, soit des tentes avec leurs mères, soit des tentes avec des femmes qui ne sont plus leurs mères. Mais on ne peut pas continuer cette espèce de cas par cas qui tend à considérer que certains seront sauvés et pas d'autres. Chaque jour qui passe, c'est un traumatisme en plus. Chaque jour qui passe, ce sont des blessures qui ne sont pas pansées, qui ne sont pas guéries, ou en tout cas dont on ne prend pas soin. Ce cas par cas, c'est d'abord une discrimination que je ne peux plus supporter. Parce que j'ai des nouvelles de tous ces enfants, et qu'ils sont 200, et qu'ils sont tous à même d'être sauvés en 48 heures. Donc je ne comprends pas ce qu'on fait.

Le gouvernement ne détaille pas les critères de vulnérabilité choisis pour rapatrier tel ou tel enfant, est-ce que cela manque de transparence selon vous ?

C'est normal qu'il ne détaille pas les critères de vulnérabilité parce qu'ils sont tous vulnérables de la même façon. Ils ont tous connu Baghouz, ils ont tous connu la faim, ils sont tous exposés aux mêmes maladies et ils souffrent tous de la même façon. Il n'y a pas de critère. Donc le gouvernement ne peut pas essayer de nous faire croire qu'il obéit à une politique claire et précise. Ce n'est même plus de l'opacité, c'est un fait du prince. C'est cela qu'il faut arrêter tout de suite. Il faut, et ce n'est pas moi qui le dit, c'est le Défenseur des droits Jacques Toubon, rapatrier les femmes et les enfants. Ces femmes qu'on est en train d'enfermer dans une idéologie en les laissant dans ces camps, et tous ces enfants, qui n'ont pas demandé à naître, ni à être amenés en Syrie. Laisser ces femmes et ces enfants là-bas, c'est participer à la fabrication des attentats de demain.

Les enfants qui ont été rapatriés ne vont pas retrouver leur famille tout de suite, cela va prendre du temps. Cela ne risque-t-il pas d'aggraver leur traumatisme ?

Non. Lorsque ces enfants rentrent, il faut d'abord les sécuriser. Ce sont des victimes de guerre. Ce sont des traumatisés. Il faut des pédopsychiatres et des médecins. Il faut vraiment créer autour d'eux une bulle pour essayer de les voir évoluer dans le milieu le plus neutre possible. Et puis ensuite, petit à petit, leur faire prendre connaissance de ces familles, que parfois ils ne connaissent pas, ou leur faire retrouver des membres de leur famille qu'ils ont connus. Mais faisons confiance aux professionnels de santé et aux éducateurs, ils savent exactement ce qu'il faut faire. Maintenant, surtout, il faut qu'on arrête ce désastre humanitaire et sécuritaire qu'on est en train de créer dans ces camps et qu'on rapatrie tout le monde.