Aide internationale au Liban : "Il n'y a plus de nourriture", alerte l'ONG Beit el Baraka

La fondatrice de cette organisation humanitaire décrit une situation dramatique et critique le gouvernement pour avoir d'autres "priorités" que la population. "Cela fait à peu près quatre mois que nous sommes sous le choc financier", dit-elle. 

Des bénévoles libanais remplissent des cartons de nourriture pour aider les familles dans le besoin en pleine épidémie de coronavirus, le 29 mai 2020 à Beyrouth (photo d\'illustration).
Des bénévoles libanais remplissent des cartons de nourriture pour aider les familles dans le besoin en pleine épidémie de coronavirus, le 29 mai 2020 à Beyrouth (photo d'illustration). (PATRICK BAZ / AFP)

Cinq jours après les explosions meurtrières qui ont ravagé une partie de Beyrouth, la communauté internationale a promis dimanche une aide de 250 millions d’euros aux Libanais. Une aide qui devra être directement livrée à la population, "avec la plus grande efficacité et en transparence", ont averti les donateurs. Un besoin vital, selon Maya Chams Ibrahimchah, fondatrice et directrice de l'ONG Beit el Baraka, qui tente de venir en aide aux Libanais. Habituellement "l’aide est détournée", affirme-t-elle lundi 10 août sur franceinfo et "il n’y a plus de nourriture".

Lorsque le Liban reçoit de l'aide, cette aide est détournée. C’est comme cela depuis 30 ans. En fait, l’aide est utilisée par les partis politiques. Nous ne voulons plus de cela. Maya Chams Ibrahimchah, de l'ONG Beit el Barakaà franceinfo

"Nous voulons que toutes les aides qui doivent venir au Liban, soient donnés directement aux associations ou aux familles sous contrôle d'un accord international. C’est très important, insiste Maya Chams Ibrahimchah. À noter que depuis 30 ans, l'Europe, les États-Unis, et tout l'Occident envoient des aides au Liban. Mais les associations ne recevaient pas ces aides internationales. Nous touchons l’argent de particuliers, uniquement des donateurs privés, pas des institutions nationales, ni des gouvernements. J’espère que cela va bientôt changer".

Plus de laits pour bébé, argent bloqué

"Le premier problème, c'est qu'il y a aujourd'hui des restrictions. Vous ne pouvez plus du tout du tout acheter quoi que ce soit de l'étranger et le Liban importe 80% de tout ce que nous consommons et nous buvons. Nous produisons moins de 10% de notre besoin en graines, alors que nous sommes un pays méditerranéen. Donc, il n'y a plus de nourriture", a expliqué Maya Chams Ibrahimchah. "La ration de viande a chuté de 78% à cause de la cherté de vie. Et ça bien avant l'explosion, poursuit-elle. Cela fait à peu près quatre mois que nous sommes sous le choc financier. Les banques ont carrément bloqué l'argent du contribuable. Surtout que le gouvernement n'est pas du tout en train de faciliter l'aide. Nous avons un très grand problème au niveau du lait en poudre pour bébé, le lait en poudre n'existe plus dans les étagères des pharmacies et des supermarchés. Les femmes libanaises qui ont des nourrissons et des bébés ne savent plus quoi faire et nous n'arrivons pas à importer ce lait. Nous n'avons plus de blé non plus puisque des silos de céréales ont complètement détruit par l’explosion".

Selon la fondatrice de l’ONG Beit el Baraka, le gouvernement libanais a d’autres priorités : "Depuis la période du Covid, jusqu'aujourd'hui, l’État n’a débloqué aucun budget d'urgence pour la population. Alors qu'il y a un projet pour construire le Balas, le barrage le plus controversé du Moyen-Orient, un projet de 1,2 milliard de dollars. Donc, le Liban va encore s'endetter pour construire un barrage. Et vous savez très bien que l'argent du barrage va être détourné dans les poches des grands dirigeants".