Quatre questions pour comprendre l'escalade de violences entre Israël et la bande de Gaza

Au moins six Palestiniens ont été tués en moins de 24 heures, selon un bilan communiqué mardi 13 novembre.

Le bâtiment d\'Al-Aqsa TV, la chaîne du Hamas, détruit par un tir de l\'armée israélienne, dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 novembre 2018, dans la bande de Gaza.
Le bâtiment d'Al-Aqsa TV, la chaîne du Hamas, détruit par un tir de l'armée israélienne, dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 novembre 2018, dans la bande de Gaza. (BASHAR TALEB / AFP)

Il s'agit de la plus sévère confrontation entre l'armée israélienne et les groupes armés palestiniens de la bande de Gaza depuis la guerre de 2014. Au moins six Palestiniens ont été tués en moins de 24 heures, selon un bilan communiqué mardi 13 novembre, alors que Tsahal a riposté aux centaines de roquettes tirées depuis l'enclave palestinienne. Ces tirs, revendiqués par le Hamas, ont fait un mort et des dizaines de blessés côté israélien.

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Mardi après-midi, les groupes palestiniens ont annoncé un cessez-le-feu avec Israël, grâce à une intervention de l'Egypte, et ont indiqué qu'ils s'y tiendraient si l'Etat hébreu le respectait également. 

Comment a débuté cette crise ?

Cette escalade a été déclenchée dimanche 11 novembre par une incursion secrète des forces spéciales israéliennes. Celles-ci ont mené une opération de renseignement à l'intérieur de la bande de Gaza, a précisé l'armée israélienne, tout en démentant qu'il s'agissait d'assassiner ou de capturer des Palestiniens, comme l'a affirmé le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza. Mais l'unité israélienne semble avoir été repérée.

Un lieutenant-colonel israélien a ainsi été tué dans l'échange de coups de feu et un autre officier a été blessé, d'après l'armée israélienne. Sept Palestiniens ont été tués, selon le ministère de la Santé gazaoui, sans qu'il apparaisse clairement s'ils ont perdu la vie dans cet affrontement ou dans les frappes israéliennes consécutives à celui-ci.

Que se passe-t-il depuis ?

En représailles à cette incursion de l'armée israélienne, les brigades Al-Qassam ont gravement blessé un soldat dans une attaque au missile antichar, lançant le cycle de la riposte israélienne et des tirs de roquettes. La plupart des roquettes sont retombées dans des zones inhabitées, a indiqué l'armée, mais des bâtiments ont été directement touchés, dont l'un dans la ville Ashkelon. 

Un Palestinien de 48 ans, identifié comme un travailleur en Israël, a été tué quand une roquette a frappé cette bâtisse d'Ashkelon, ville israélienne proche de Gaza. Et 27 Israéliens ont été blessés, selon les secours. Dans la bande Gaza, 6 civils palestiniens ont trouvé la mort et 25 autres ont été blessés dans les frappes israéliennes en moins de 24 heures, selon les autorités.

Les groupes palestiniens ont tiré environ 400 roquettes et obus de mortier, selon un décompte israélien, précipitant des dizaines de milliers de résidents vers les abris. C'est le plus sévère épisode du genre depuis 2014. Avions, hélicoptères de combat et chars israéliens ont frappé près de 150 positions du Hamas et du groupe Jihad islamique, ainsi que des bâtiments à forte valeur, comme le siège de la télévision du Hamas.

Mardi, l'affrontement a perdu en intensité. Des roquettes ont continué à décoller du territoire palestinien en direction d'Israël, d'où se sont poursuivies les frappes contre des positions dans l'enclave. Mais les échanges se sont faits plus sporadiques avant l'annonce d'un cessez-le-feu par les groupes palestiniens, dont le Hamas. De leur côté, les autorités israéliennes n'ont pas encore confirmé ce cessez-le-feu.

Quelle est la situation sur place ?

"A Gaza, il suffit de peu de choses pour mettre le feu aux poudres", analyse Elisabeth Marteu, chercheuse à l'Institut international d'études stratégiques, interrogée par franceinfo. "C'est aujourd'hui, comme cela aurait pu être hier ou demain. Il y a des mois et des années de tensions entre le Hamas – et même toutes les factions armées à Gaza – et Israël", poursuit cette spécialiste du Proche-Orient.

Le terreau pour un embrasement à Gaza était là depuis longtemps.Élisabeth Marteuà franceinfo

Depuis 2014, plusieurs flambées de violence ont mis à l'épreuve un cessez-le-feu précaire. Mais, dans un contexte de complète impasse politique, aucun règlement politique n'ayant progressé entre le Hamas, qui refuse officiellement l'existence de l'Etat hébreu, et Israël, qui considère le mouvement islamiste comme terroriste, les tensions sont exacerbées depuis le début – le 30 mars 2018 – d'une mobilisation appelée "la grande marche du retour", caractérisée par des manifestations de Gazaouis le long de la frontière et donnant lieu à des affrontements avec les soldats israéliens. Au moins 233 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis. En face, deux soldats israéliens ont trouvé la mort.

Les crispations sont renforcées par une autre double impasse, économique et intérieure. Dans l'enclave sous blocus, un Gazaoui sur deux vit sous le seuil de pauvreté, le chômage touche 53% de la population et l'économie est en "chute libre", selon la Banque mondiale. Le Hamas, infréquentable pour une partie de la communauté internationale, reste à couteaux tirés avec l'Autorité palestinienne internationalement reconnue, qui a aligné les mesures de rétorsion contre son rival et s'oppose farouchement à toute tentative d'apaisement qui la court-circuiterait.

Une nouvelle guerre est-elle possible ?

L'envoyé spécial de l'ONU Nikolaï Mladenov assure continuer à travailler avec l'Egypte pour éloigner Gaza des "bords de l'abîme". L'Egypte fait pression sur les Israéliens et les Palestiniens pour apaiser la situation. Alors que trois conflits ont opposé en dix ans Israël et le Hamas, une nouvelle guerre ne semble pas improbable, estime Elisabeth Marteu. Pour elle, "le nombre de roquettes lancées côté palestinien et la réponse militaire des Israéliens sont beaucoup plus importants que par le passé".

"Nous sommes face à un risque de retour de la guerre. On peut avoir tendance à oublier que nous sommes en présence d'un conflit : il y a des accès de violences, des morts, qui rappellent qu'il n'est pas réglé", explique la docteure en sciences politiques. Sous l'action des Nations unies et de l'Egypte notamment, qui cherchent à établir une trêve durable, les nombreuses escalades de violences ont pu être dissipés temporairement. Dernièrement, un allègement du blocus israélien avait même été obtenu.