"Grande marche du retour" : à Gaza, des jeunes "qui n'ont rien à perdre" en première ligne de la contestation

Depuis le début de la "Grande Marche du retour" à Gaza en mars, contre le blocus israélien, plus de 3 000 Palestiniens ont été blessés par balles. Parmi eux de nombreux jeunes manifestent pour dire leur "droit de vivre". 

Le camp de réfugiés de Jabalia à Gaza, le 15 mai 2018.
Le camp de réfugiés de Jabalia à Gaza, le 15 mai 2018. (ETIENNE MONIN / RADIO FRANCE)

Depuis le début de la "Grande Marche du retour" à Gaza, 107 Palestiniens ont été tués et plus de 3 000 personnes ont été blessées par balles, selon les autorités médicales palestiniennes, mardi 15 mai. Parmi les blessés, beaucoup sont de jeunes Gazaouis, en première ligne dans les manifestations, en dépit du risque encouru. 

>>Histoires d'info. La question du retour des réfugiés palestiniens est née en 1948

Mohamed Adjuri, 16 ans, vit au bout d'une ruelle du camp de réfugiés de Jabalia. Dans sa chambre, trois médailles sportives sont accrochées au mur. "La première médaille, je l’ai eue en course, la deuxième au saut et la troisième au lancer de poids", indique ce lycéen. Il a été blessé par balles lors de la première manifestation en avril et amputé de la jambe gauche quinze jours plus tard. Mohamed est privé de son avenir et des rêves sportifs de haut niveau, au nom de la cause nationale. Manifester, "c’est un des outils qu’on peut utiliser", confie l'adolescent.

J’y suis allé pacifiquement, mais ils ont tiré et j’ai été touché.Mohamed Adjuri, Gazaoui de 16 ansà franceinfo

Mohamed a les yeux tristes, mais il n'exprime pas de regrets. La "Grande Marche du retour" est perçue ici, par ces jeunes, comme le seul moyen pour se faire entendre de la communauté internationale. Comme beaucoup d’autres blessés, le lycéen a reçu 200 dollars du Hamas. Mais il est seul aujourd’hui avec son sacrifice. Il n’a pas de quoi payer les 6 000 dollars nécessaires pour une prothèse évoluée qui lui permettrait d’espérer, un jour, refaire du sport. "Personne ne nous aide", témoigne Mohamed Adjuri.

"On ne connait rien d’autre"

Le lycéen blessé appartient à une génération démolie, résume Mamdouh Dawaz, l’un de ses amis, né en 1993. Lui-même a grandi dans ce contexte. "Tout ce que j’ai vu, ce sont les Intifada, les guerres, l’injustice provoquée par les Israéliens et les agressions contre nous. On ne connait rien d’autre", dit-il. Le quartier dans lequel vit son ami Mohamed est un secteur pauvre. Hind Khoudary, journaliste, auteur dans un groupe de jeunes écrivains, relève un caractère social dans l'action des jeunes  qui vont en première ligne. "Ils n’ont rien à perdre", affirme-t-elle.

Pas d’emploi, aucun moyen de sortir d’ici : c’est pour cela qu’ils prennent des risques.Hind Khoudary, journalisteà franceinfo

Hind Khoudary, ajoute que les jeunes veulent diffuser le message du "droit de vivre, de revenir sur [leurs] terres". Les symptômes de cette perte d’espoir à Gaza sont perceptibles depuis un moment. Ces trois dernières années, des jeunes ont essayé de passer en Israël et il y a eu des tentatives de suicide.  

À Gaza, des jeunes qui "n'ont rien à perdre" - le reportage d'Etienne Monin
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