Israël-Palestine : la colonisation peut-elle faire capoter les négociations ?

La municipalité de Jérusalem a validé la construction de plus de 900 nouveaux logements à Jérusalem-Est, alors que les deux camps doivent reprendre les discussions mercredi.

Un immeuble en construction dans la colonie de Gilo, un quartier de Jérusalem-Est, le 12 août 2013.
Un immeuble en construction dans la colonie de Gilo, un quartier de Jérusalem-Est, le 12 août 2013. (MENAHEM KAHANA / AFP)

Le dialogue entre Israéliens et Palestiniens n'a pas encore repris qu'il est déjà menacé. La municipalité israélienne de Jérusalem a lancé, mardi 13 août, la construction de 942 logements dans le secteur est de Jérusalem, occupé et annexé. Dimanche, le gouvernement avait déjà donné son feu vert à la construction de 1 187 logements en Cisjordanie et dans plusieurs quartiers de Jérusalem-Est. Cette accélération peut-elle tuer dans l'œuf les négociations entre Israéliens et Palestiniens ?

Oui, car c'est un sujet de profond désaccord

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, doit ressasser le souvenir de septembre 2010. Les dernières négociations de paix directes avaient alors capoté, au bout de trois semaines, à cause de la poursuite de la colonisation israélienne à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Mahmoud Abbas demandait à l'époque au Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, de prolonger de trois mois le gel des constructions dans les colonies. Après le refus catégorique d'Israël, et malgré la pression des Etats-Unis, l'Autorité palestinienne avait claqué la porte.

Mahmoud Abbas n'a pas encore tourné le dos à Israël cette fois. Mais un haut responsable de l'Organisation de libération de la Palestine estime que cette extension de la colonisation israélienne "menace de provoquer l'effondrement des négociations avant même qu'elles débutent". La gauche israélienne condamne aussi la manœuvre. "C'est une décision terrible qui relève de la provocation envers les Palestiniens, les Américains et le monde entier, qui s'opposent tous à la poursuite de la colonisation", a dénoncé un conseiller municipal de Jérusalem, membre de l'opposition de gauche.

Non, c'est un simple signal de politique interne

Selon les médias israéliens, l'annonce de constructions dans les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est a été décidée pour calmer l'aile dure de la coalition dirigée par Benyamin Netanyahu. Le Foyer juif, un parti nationaliste membre de la majorité et hostile à la création d'un Etat palestinien, ainsi que les députés et ministres "faucons" du Likoud, le parti du Premier ministre, font pression pour poursuivre la colonisation.

Leur objectif est de rendre impossible, dans les prochaines années, tout retrait de Cisjordanie ou toute concession sur Jérusalem-Est, dont les Palestiniens veulent faire leur capitale. Un but que certains pensent avoir déjà atteint. "La solution de deux Etats est devenue inaccessible", estime Dani Dayan, ancien président du mouvement des colons, pour qui un accord supposerait l'évacuation de tellement de colons qu'il serait impossible à mettre en œuvre.

Non, car il existe des "garanties solides"

Comment expliquer le calme de Mahmoud Abbas ? Le président de l'Autorité palestinienne aurait reçu des "garanties officieuses solides" de la part des Etats-Unis, selon Le Monde (article abonnés). Des garanties selon lesquelles "quoi qu'il se passe actuellement dans les colonies", la Cisjordanie dans ses frontières de 1967 (exceptés les grands blocs de colonies juives) et Jérusalem-Est reviendront au futur Etat palestinien, explique le quotidien.

Par ailleurs, Israël a accepté la condition posée par l'Autorité palestinienne pour revenir à la table des négociations en consentant à la libération de 104 prisonniers palestiniens, la plupart condamnés pour meurtre. Israël a commencé mardi soir l'opération de libération de 26 prisonniers palestiniens, avant le début des pourparlers de paix mercredi à Jérusalem. Un bus transportant 14 prisonniers a quitté la prison d'Ayalon près de Tel-Aviv en direction du point de passage d'Eretz, à l'entrée nord de la bande de Gaza. Un second s'est dirigé vers la ville de Ramallah, en Cisjordanie.