Italie : en cas de nouvelle crise, "l'Europe serait moins prise au dépourvu" que lors des précédentes

Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien, a démissionné après le rejet, dimanche, de la réforme consitutionnelle. Le secteur bancaire, déjà fragile, plonge donc dans l'incertitude. Mais Yves Bertoncini, directeur de l'Institut Jacques Delors, a déclaré, lundi, qu'il ne faut "pas trop s'inquiéter".

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, à Rome, le 5 mai 2016.
Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, à Rome, le 5 mai 2016. (MAX ROSSI / REUTERS)

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a annoncé sa démission après le rejet massif, dimanche 4 décembre, de sa réforme constitutionnelle lors d'un référendum. Il a ainsi fait entrer l'Italie dans une période d'incertitudes économiques, due à la fragilité de ses banques.

Yves Bertoncini est directeur de l’Institut Jacques Delors. Il a estimé lundi sur franceinfo que même si "l'inquiétude sur l'économie italienne existe", les dispositifs à l'échelle de l'Europe permettraient d'agir.

franceinfo : L'Europe doit-elle s'inquiéter ?

Yves Bertoncini : L’Europe peut s’inquiéter chaque fois que l’un de ses États membres est fragilisé dans sa capacité à gouverner. L’Europe est comme une fédération d’États-nations. Bruxelles ne peut rien faire si les États membres ne bénéficient pas de leaders forts, capables d’engager leur pays, de défendre leurs intérêts et de passer des compromis. C’est d’autant plus important en cette période difficile avec toutes les crises qui surviennent en Russie, en Syrie, en Irak, en Libye.

Est-ce l'économie italienne qui est susceptible d'inquiéter ?

L’inquiétude sur l’économie italienne existe. Matteo Renzi avait engagé des réformes qui ont commencé à porter leurs fruits même si la baisse du chômage s’était enrayée. Il y a un sujet qui est spécifique à l’Italie : la fragilité du secteur bancaire. On verra ce qu’il en est à l’aune de la réaction des marchés financiers, notamment. Mais nous ne sommes plus dans la situation du début de la crise. Maintenant, il existe des dispositifs européens, la Banque centrale européenne s’est mis en capacité d’agir. Il y a des mécanismes de sauvetage qui ont, par exemple, déjà été utilisés vis-à-vis du secteur bancaire espagnol. Ce n’est pas comme si les Européens étaient dépourvus. Si l'économie italienne, qui est la troisième économie de la zone euro, allait mal, alors l’économie européenne dans son ensemble en pâtirait.

Pourrait-il y a avoir un effet boule de neige, même atténué, sur le secteur bancaire en Europe ?

Les Européens avaient déjà été pris au dépourvu, aussi bien pour secourir des États (Grèce, Irlande, Chypre, Portugal) que pour secourir des banques. Maintenant a été mis en place une union bancaire, donc il y a un contrôle des banques effectué depuis la Banque centrale européenne.

S'il y avait une crise italienne (...) les Européens seraient davantage préparés qu'il y a cinq ansYves Bertoncini, directeur de l'Institut Jacques Delorsfranceinfo

Il existe un fonds de sauvetage. S’il y avait une crise italienne, ce qui n’est pas encore certain, les Européens seraient davantage préparés qu’il y a cinq ans, avant la crise économique et financière mondiale qui s’était abattue sur eux.

Quelle est votre analyse sur les récents événements européens comme le Brexit ou l'extrême-droite autrichienne qui a failli accéder au pouvoir ?

Il faut distinguer les enjeux nationaux des enjeux européens. Le vote britannique n’est pas le vote autrichien, ni le vote italien. Ce ne sont pas les mêmes questions qui sont posées, même s’il y a, dans toutes les situations, un vote antisystème qui peut s’exprimer. En Italie, c’est aussi un vote conservateur qui s’exprime.

L’autre chose à distinguer, c’est l’euroscepticisme d’un côté, et l’europhobie de l’autre. Les Britanniques ont voulu partir, ils ont été majoritairement europhobes dans leur expression, c’est leur droit. Ce que les Autrichiens nous ont rappelé, c’est que l’euroscepticisme c’est quelque chose de différent. Il y a de l’euroscepticisme sur le continent. Pour les Grecs, c’est le sentiment qu'il y a trop d’austérité, pour les Autrichiens ou les Finlandais, c’est qu'il y a trop de solidarité, notamment vis-à-vis des migrants.