Israël : pourquoi Benyamin Nétanyahou n'a jamais été aussi près de perdre le pouvoir

Les tractations politiques s'intensifient en Israël pour parvenir à former un gouvernement qui ne serait pas dirigé par Benyamin Nétanyahou. Ce dernier occupe le poste de Premier ministre depuis 2009.

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'adresse à la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem le 30 mai 2021. (YONATAN SINDEL / AFP)

Est-ce bientôt la fin de l'ère Benyamin Nétanyahou en Israël ? Les discussions s'accélérent, lundi 31 mai, entre les centristes et la droite radicale en vue de former un gouvernement sans l'actuel Premier ministre. Yaïr Lapid, le centriste à la tête de l'opposition israélienne, a en effet jusqu'au mercredi 2 juin pour former une coalition. Sinon, cette ancienne star de la télé israélienne prend le risque de nouvelles législatives, alors que les Israéliens ont déjà voté quatre fois en un peu plus de deux ans. Alors que Benyamin Nétanyahou paraît inamovible depuis plus d'une décennie malgré son procès pour corruption, fraude et abus de confiance, il semble, cette fois, proche de perdre le pouvoir. En voici les raisons.

Parce que l'opposition se fédère contre lui

Principale raison : l'opposition est en train de faire corps. En apportant dimanche son soutien au centriste Yaïr Lapid, le héraut de la droite radicale Naftali Bennett a ouvert la voie à la formation d'un "gouvernement du changement" qui pourrait faire tomber Benyamin Nétanyahou, Premier ministre le plus pérenne de l'histoire d'Israël. 

Je vais tout faire pour former un gouvernement d'union avec mon ami Yaïr Lapid.

Naftali Bennett

cité par l'AFP

"Dans ces instants de vérité, il faut savoir prendre ses responsabilités", a ajouté, lors d'un discours télévisé, celui qui a été ministre de l'Economie, de la Défense ou de l'Education de Benyamin Nétanyahou. "Yaïr et moi avons nos différences mais nous partageons l'amour de ce pays", a complété ce dirigeant d'un parti de droite nationaliste, qui fournit l'appui de six députés au bloc centriste. A la tête de la formation Yamina ("A droite"), Naftali Bennett a en effet remporté sept sièges aux législatives de mars. Mais un de ses membres a annoncé son refus de collaborer avec le camp anti-Nétanyahou.

Pour former un gouvernement, le centriste Yaïr Lapid, à la tête du parti Yesh Atid, doit s'assurer du soutien de 61 députés. Avec l'appui de la gauche, du centre et de deux formations de droite, il en avait déjà 51. Avec le ralliement de Naftali Bennett, il ne lui reste plus que quatre députés à convaincre pour réussir à former une coalition permettant de tourner la page de l'ère Nétanyahou. Yaïr Lapid compte désormais sur les partis représentant les Arabes israéliens (Palestiniens ayant la nationalité israélienne), qui ne se sont pas encore clairement positionnés. 

"Ce gouvernement sera un danger pour la sécurité de l'Etat d'Israël. Il s'agit de l'arnaque du siècle", a rétorqué dans la foulée Benyamin Nétanyahou, dans un discours retransmis à la télévision. Si le camp anti-Nétanyahou ne parvient pas à former un gouvernement, 61 députés pourront demander au président de désigner comme Premier ministre un parlementaire. Autre scénario, le plus redouté par les électeurs : celui d'un retour aux urnes pour de nouvelles législatives.

Parce qu'il est toujours poursuivi par la justice 

La tentative d'union des actuels adversaires du Premier ministre israélien est, entre autres, cimentée par le procès de "Bibi" qui a repris en avril pour corruption, fraude et abus de confiance, dans trois affaires différentes. C'est la première fois dans l'histoire du pays qu'un Premier ministre fait face à des accusations criminelles au cours de son mandat. Le procès s'est ouvert il y a un an. Benyamin Nétanyahou, 70 ans, qui rejette les accusations, est poursuivi pour avoir reçu pour environ 180 000 euros de cigares, champagne et bijoux de la part de personnalités richissimes en échange de faveurs financières ou personnelles.

Selon les enquêteurs, il aurait aussi tenté de s'assurer une couverture favorable par le plus grand quotidien payant d'Israël, le Yediot Aharonot. Surtout, la justice le soupçonne d'avoir accordé des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars au patron de la société israélienne de télécommunications Bezeq en échange d'une couverture médiatique favorable d'un des médias du groupe, l'influent site Walla.

Toutefois, ce procès ne le menace pas dans ses fonctions de Premier ministre. En Israël, si le chef du gouvernement ne dispose d'aucune immunité judiciaire, il ne doit démissionner qu'en cas de condamnation définitive, sachant que l'épuisement de tous les recours peut prendre des années. Reste que ses opposants dénoncent des démêlés judiciaires qui nuisent à la conduite des affaires publiques.

Parce que la guerre ne joue pas en sa faveur

Enfin, les bénéfices que le Premier ministre israélien peut tirer ou non du conflit qui a eu lieu début mai entre Israël et le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza sont ambigüs. Cette guerre de 11 jours s'est traduit par un lourd bilan : dans l'enclave palestinienne, 254 Gazaouis ont été tués par des bombardements israéliens, dont 66 enfants. Douze autres personnes ont trouvé la mort côté israélien, dont un enfant et une adolescente.

En terme d'image, les bombardements ont permis à Benyamin Nétanyahou de camper en chef de guerre plutôt que d'apparaître en accusé dans un procès pour corruption. Il a ainsi marqué un bon point sachant que le pays "se range traditionnellement derrière le dirigeant au pouvoir" en cas de crise, rappelle Yonatan Freeman, professeur de sciences politiques à l'université hébraïque de Jérusalem. 

Mais elle a aussi montré que le lien d'amitié particulier qui unissait Benyamin Nétanyahou à Donald Trump est désormais rompu. Certes, le président américain Joe Biden s'est d'abord abstenu de critiquer le gouvernement israélien, en maintenant haut et fort le soutien traditionnel des Etats-Unis au droit de l'Etat hébreu "à se défendre". Mais le 19 mai, neuf jours après le début des tirs entre l'armée israélienne et le Hamas à Gaza, l'élu démocrate a durci son discours en déclarant qu'il "s'attendait à une désescalade significative"

Une inflexion due aux nombreuses voix qui se sont élevées dans son camp pour appeler à plus de fermeté vis-à-vis du Premier ministre israélien. Le 15 mai, la jeune parlementaire progressiste Alexandria Ocasio-Cortez avait partagé la vidéo de la frappe israélienne ayant pulvérisé l'immeuble qui abritait à Gaza les locaux de la chaîne d'information Al-Jazeera et de l'agence de presse américaine Associated Press, avec ce commentaire : "Cela se passe avec le soutien des Etats-Unis."

En Israël, l'idée d'un "gouvernement d'union nationale" est aussi revenu à l'avant-scène après ces semaines marquées par la guerre de 11 jours, les tensions à Jérusalem-Est et des heurts dans des villes judéo-arabes en Israël. "Le temps pour un nouveau gouvernement est venu. (...) Il s'agit d'une opportunité historique de briser les barrières qui divisent la société israélienne, d'unir les religieux et les laïcs, la gauche, la droite et le centre", avait ainsi lancé Yair Lapid, en héritant du mandat.

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