VIDEO. Procès de deux Français détenus en Iran : "Nos chercheurs ne sont pas un moyen de marchandage !"

Le procès de deux chercheurs français détenus en Iran doit s'ouvrir mardi à Téhéran. Arrêtés il y a neuf mois, l’anthropologue Fariba Adelkhah et son compagnon Roland Marchal, un africaniste réputé, sont accusés de propagande contre l’Iran et d’atteinte à la sûreté nationale.

FRANCEINFO / RADIO FRANCE

Les proches de Fariba Adelkhah et Roland Marchal se mobilisent depuis des semaines pour faire libérer les deux chercheurs arrêtés en Iran. Et c’est bien souvent dans l'appartement parisien de leurs amis universitaires Jean-François Bayart et Béatrice Hibou que les initiatives sont lancées. Ils s’occupent de tout, des achats de livres pour les deux prisonniers, de l’organisation des événements, etc.

"Fariba est une vraie lionne, décrit Béatrice Hibou qui est une amie intime de la chercheuse. Elle a une force incroyable. Par exemple, pour les élections législatives, elle a été empêchée de voter. Et maintenant, elle mène un combat." Béatrice Hibou explique que l'interdiction de voter a été justifiée par les autorités qui ont soutenu ne pas trouver le "certificat de nationalité" de Fariba Adelkhah, qui rétorque donc que "si [elle n'est] pas Iranienne, [elle est] Française."  

Des conditions de détention pénibles et des tortures

Or Téhéran la considère bien comme Iranienne, en dépit de sa binationalité, ce qui la prive de visites consulaires. Roland Marchal, lui, a droit à des visites de représentants de la France mais ses conditions de détention sont difficiles dans la prison d'Evine, au nord de Téhéran où il est détenu dans la section surveillée par les gardiens de la Révolution. "Il faut quand même réaliser que pendant de longs mois, Roland Marchal n'avait pas même une chaise et aujourd'hui il a une chaise mais pas de table", décrit Jean-François Bayart. De son côté, Fariba Adelkhah a subi de nombreux interrogatoires et certainement des tortures.

Nous avons un témoignage qui décrit les tortures psychologiques, avec des menaces d'ordre sexuel, auxquelles elle a été soumises.

Jean-François Bayart, un ami universitaire du couple

à franceinfo

"Et nous savons que Fariba a dit : 'Ce qui est raconté dans ce témoignage n'est rien par rapport à ce que j'ai subi au mois de novembre'", ajoute son ami. 

Fariba Adelkhah est la vraie cible, selon un ex-député iranien

C’est sans doute ce qui a poussé Fariba Adelkhah à mener une grève de la faim de décembre à février. Elle a réintégré la prison pour femmes après avoir été hospitalisée la semaine dernière pour de violentes douleurs aux reins. Roland Marchal ne travaille pas sur l’Iran. Il a été arrêté en rendant visite à sa compagne Fariba Adelkhah. C’est elle qui était visée et avec elle, la liberté scientifique, selon Ahmad Salamatian, ancien député d’Ispahan et fin connaisseur de la vie politique iranienne. "Pour moi Fariba Adelkhah est l'exemple même d'un chercheur en sciences humaines qui dérange un pouvoir autoritaire qui a la prétention de contrôler tout, même la connaissance", analyse-t-il.

Un échange de prisonniers envisagé ?

Le sort de Fariba Adelkhah et Roland Marchal est peut-être lié à celui d’un ingénieur iranien actuellement détenu en France et dont les États-Unis demandent l'extradition. La Cour de cassation se prononcera sur son cas la semaine prochaine. Les échanges de prisonniers permettent parfois de dénouer ce type de crise. Des accords ont été passés récemment avec l’Allemagne et les États-Unis. Mais c'est une mauvaise solution, selon Ahmad Salamatian. "Nos chercheurs ne sont pas un moyen de marchandage ! dit-il avec colère. On ne les échange pas sur un pont de la guerre froide avec des gens d'un autre pays." Pour ce spécialiste, la France contreviendrait à ses principes en acceptant un échange de prisonniers. Les proches de Fariba Adelkhah et Roland Marchal en sont conscients mais ne voient pas d’autre issue à cette affaire à ce stade.  

Fariba Adekhah, le 19 septembre 2012.
Fariba Adekhah, le 19 septembre 2012. (THOMAS ARRIVE / SCIENCES PO)