Présidence française du Conseil de l'Union européenne : ce qu'il faut retenir de l'intervention d'Emmanuel Macron devant le Parlement

Le chef de l'Etat a présenté sa vision de l'Union face aux eurodéputés réunis à Strasbourg, ce mercredi, alors que la France prend la tête de l'UE pour six mois.

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Emmanuel Macron s'exprime face au Parlement européen, à Strasbourg, le 19 janvier 2022. (EUROPEAN PARLIAMENT / ANADOLU AGENCY / AFP)

Il a donné le ton de la présidence française du Conseil de l'Union européenne. Dans un discours prononcé face aux eurodéputés réunis à Strasbourg, mercredi 19 janvier, Emmanuel Macron a appelé les Européens à "l'audace" pour que les 27 s'affirment comme "une puissance d'avenir". "Face à la tyrannie de l'anecdote et des divisions entre Européens, nous avons à retrouver le sens de l'unité. (...) Nous en avons la force, nous avons les moyens", a martelé le chef de l'Etat, à la tête du Conseil de l'UE pour six mois. Franceinfo revient sur les moments marquants de son passage de trois heures dans l'hémicycle européen.

Emmanuel Macron a été chahuté à son arrivée

L'arrivée du président français dans l'enceinte du bâtiment a été un peu mouvementée. Alors qu'il avançait dans le hall du Parlement, des militants écologistes ont scandé : "Climat, climat, Macron coupable !" comme le montrent ces vidéos. Les activistes ont rapidement été conduits à l'extérieur du Parlement.

Des militants écologistes avaient déjà, plus tôt dans la matinée, mené une action à proximité du Parlement. Ils avaient trempé des portraits d'Emmanuel Macron dans du mazout, pour dénoncer son manque d'action en faveur du climat.

Il a proposé "un nouvel ordre de sécurité" face à la Russie

Avant d'écouter les eurodéputés et de répondre à leurs questions, Emmanuel Macron a prononcé un discours d'une trentaine de minutes. Il a notamment plaidé pour "un dialogue franc et exigeant" avec Moscou. Fin 2021, le Kremlin a massé des blindés et du matériel militaire à la frontière ukrainienne, laissant craindre une invasion.

"Ces prochaines semaines doivent nous conduire à faire aboutir une proposition européenne bâtissant un nouvel ordre de sécurité et de stabilité. Nous devons le construire entre Européens, puis le partager avec nos alliés dans le cadre de l'Otan, puis ensuite le proposer à la négociation à la Russie, a-t-il affirmé. La sécurité de notre continent nécessite un réarmement stratégique de notre Europe comme puissance de paix et d'équilibre, en particulier dans le dialogue avec la Russie."

"L'Europe doit construire un ordre de sécurité collective", assure Macron

"Ce qu'il nous faut bâtir, c'est un ordre européen fondé sur des principes et des règles auxquels nous nous sommes rangés et que nous avons actés non pas contre, ni sans, mais avec la Russie il y a maintenant trente ans", a-t-il poursuivi. Le chef de l'Etat s'est engagé à continuer de chercher "une solution politique au conflit en Ukraine" dans le cadre du format Normandie, qui regroupe Paris, Berlin, Moscou et Kiev.

Emmanuel Macron a également rappelé que "la présidence française portera une réforme de l'espace Schengen", déjà annoncée en décembre. "Il faut protéger nos frontières extérieures, y compris en élaborant une force gouvernementale d'intervention rapide", a-t-il expliqué.

Il a appelé à une "actualisation" de la Charte des droits fondamentaux

Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de défendre l'Etat de droit, qui "est notre trésor" et "il s'agit partout de reconvaincre les peuples qui s'en sont éloigné". Il a affirmé que "ni le retour au nationalisme, ni la dissolution de nos identités ne seront les réponses à ce monde qui advient", marqué par "le retour du tragique de l'Histoire".

Pour renforcer cet Etat de droit, Emmanuel Macron a souhaité que la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne soit "actualisée pour être plus explicite sur la reconnaissance du droit à l'avortement ou sur la protection de l'environnement". Il a prononcé ces mots sous le regard de la conservatrice maltaise Roberta Metsola, nouvelle présidente du Parlement et ouvertement opposée au droit à l'avortement.

"Je souhaite que nous puissions actualiser la charte des droits fondamenaux.
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Il a qualifié le climat de "premier des défis" de l'UE

"L'Europe est le lieu où, à Paris, en 2015, s'est levée une conscience climatique universelle, a rappelé Emmanuel Macron durant son discours. Elle est le continent qui, avec l'objectif de neutralité en 2050, s'est donné le premier les objectifs les plus ambitieux de la planète. Désormais, nous avons à passer de l'intention aux actes."  Estimant que le climat était le "premier des défis" de l'UE, le chef de l'Etat a appelé à "transformer nos industries, investir dans les technologies du futur, qu'il s'agisse des batteries ou de l'hydrogène."

Il a réaffirmé ses ambitions économiques

Emmanuel Macron a également rappelé les objectifs de la présidence française du Conseil de l'UE sur le plan de l'économie et du droit du travail. "Je souhaite qu'elle pose des actes forts pour proposer à tous des emplois de qualité, qualifiés, mieux rémunérés, avec des salaires minimums décents pour tous, a-t-il expliqué. Les progrès que je viens d'évoquer ne sont pas simplement des mots ou des promesses, ce sont des textes qui arriveront dans les prochaines semaines entre nos mains et que je souhaite voir aboutir durant ce semestre."

Salaires minimums
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                               Le chef de l'Etat a aussi dit vouloir "bâtir un véritable marché unique du numérique permettant de créer des champions européens" dans ce secteur. Pour prendre le tournant de la "révolution numérique", l'UE doit néanmoins "encadrer les acteurs" tels que les Gafam, a-t-il rappelé.

"Le second défi du siècle, c'est celui de la révolution numérique", assure Macron

Il s'est engagé à soutenir "le droit d'initiative pour le Parlement européen"

Le président a promis de porter, avec l'Allemagne, "le droit d'initiative législatif pour le Parlement" européen, si cette réforme était recommandée par la conférence sur l'avenir de l'Europe."Pour l'instant, le Parlement européen ne peut pas initier des lois, tout doit venir de la Commission européenne, éclaire Sophie Pornschlegel, analyste politique spécialiste de l'UE au think tank European Policy Centre de Bruxelles, interrogée par franceinfo. Le Parlement aimerait avoir davantage de pouvoir et être capable de proposer des lois. Cela correspondrait à un renforcement de l'institution."

"Nous serons au rendez-vous du combat pour la démocratie libérale"

La campagne présidentielle s'est invitée au Parlement européen

A l'issue du discours d'Emmanuel Macron, les différents représentants des groupes parlementaires ont pris la parole. Les eurodéputés français issus de l'opposition en ont profité pour critiquer vertement le chef de l'Etat. "Vous suivez une autre voie, celle d'une alliance climaticide avec la Pologne et la Hongrie, a assené Yannick Jadot, le seul candidat à la présidentielle en France élu au Parlement européen. Vous êtes un climato-arrangeant." "Notre Europe ne sera jamais la vôtre", a poursuivi l'écologiste, ce qui lui a valu un rappel au règlement.

Yannick Jadot
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Autre eurodéputé français à intervenir, Jordan Bardella a focalisé ses critiques sur l'immigration, devenue un thème central dans la campagne française. Le président par intérim du Rassemblement national a déclaré que les nations européennes ne devaient "ni disparaître, ni être remplacées, ni être submergées" par l'immigration.

Prenant la parole après l'élu européen d'extrême droite, l'eurodéputée Manon Aubry a dépeint le chef de l'Etat en "Docteur Emmanuel qui a fait beaucoup de promesses, et Mister Macron qui n'en a rien à faire de l'urgence climatique""La présidence française [de l'UE] ne devrait pas être un marche-pied électoral", a insisté l'élue de La France insoumise, alors que le président sortant ne s'est pas encore déclaré candidat à sa réélection.

Manon Aubry
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