"Beaucoup de rescapés ont de graves séquelles" : des membres de l'équipage de "l'Ocean Viking" témoignent

En mer depuis dix jours, le navire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a secouru 356 migrants. Il tente désormais de trouver un port de débarquement.

Des migrants à bord de \"l\'Ocean Viking\", après une mission de sauvetage en Méditerranée, le 13 août 2019. 
Des migrants à bord de "l'Ocean Viking", après une mission de sauvetage en Méditerranée, le 13 août 2019.  (ANNE CHAON / AFP)

Depuis son départ du port de Marseille, dimanche 4 août, l'Ocean Viking a réalisé quatre missions et a porté secours à au moins 356 migrants au large des côtes libyennes, en Méditerranée. Huit mois après l'arrêt des sauvetages par l'Aquarius, le nouveau bateau, affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), tente désormais de trouver un port de débarquement. Lundi, Malte a rejeté la requête du navire tandis que les autorités italiennes l'ont renvoyé vers la Libye. Le navire reste donc en mer pour le moment. Franceinfo a recueilli le témoignage de membres de l'équipage de l'Ocean Viking

"Certains des rescapés sont en mer depuis trois ou quatre jours, sur des bateaux où ils avaient un risque constant de se noyer", raconte Jay Berger, coordinateur MSF à bord de l'Ocean Viking. "Beaucoup souffrent de déshydratation et ont de graves séquelles physiques et psychologiques de leur passage en Libye", poursuit-il. Il explique qu'à bord, une équipe médicale composée d’un médecin, de deux infirmiers et d’une sage-femme prend en charge tous les cas médicaux qui se présentent.

Un quotidien rythmé par les sauvetages

En tout, 31 personnes composent l'équipage du navire. Tous coopèrent afin de "s’assurer que les personnes à bord vont bien et qu’elles reçoivent le petit soutien que nous pouvons leur apporter", indique à franceinfo Antonin, marin-sauveteur. Distribution de thé et de biscuits, jeux de cartes pour occuper les rescapés et discussions rythment le quotidien du bateau. Des discussions nécessaires, selon Jay Berger. "Nos équipes sont là pour écouter leurs histoires, pour tenir leur main, pour les regarder dans les yeux et leur dire que des gens se soucient encore d’eux." Et le reste du temps ? "On se repose, quand on peut", confie Alice, qui mène sa première mission de sauvetage avec SOS Méditerranée.

De son côté, Antonin, qui fait des missions en mer depuis trois ans, insiste sur le "désaccord profond avec la politique de rejet menée par l’Europe" qui l'a poussé à agir. "Je continue encore, après trois ans, parce que c’est toujours aussi nécessaire", poursuit-il. La Méditerranée, dont la surface ne représente que 1% des eaux de la planète, reste l'une des routes maritimes les plus meurtrières au monde, d'après un rapport du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 840 personnes y ont disparu depuis le début de l'année, sans compter les naufrages non répertoriés. 

Ils préfèrent risquer leur vie en mer que de rester en Libye.Jay Berger, coordinateur MSF à franceinfo

 Avant de venir en aide aux premiers rescapés, l'équipage de l'Ocean Viking a réalisé plusieurs entraînements. Il s'agissait de "nous permettre de comprendre comment les choses allaient se passer lorsque des personnes rescapées seraient à bord", explique Alice à franceinfo. Sur le navire, les horaires sont aléatoires. "L’équipe doit être prête à aller sur les canots pour effectuer un sauvetage à tout moment. Nous nous relayons pour qu’il y ait toujours quelqu’un qui scrute l’horizon à l’aide de jumelles, à la recherche d’un éventuel bateau en détresse", ajoute la marin-sauveteur.