Cet article date de plus de trois ans.

Vidéo sur des migrants mineurs : "On veut éviter à tout prix qu'ils fassent demande d'asile", estime un des réalisateurs

Le réalisateur Michel Toesca, qui participé au dispositif mis en place par le Collectif Roya Solidaire pour filmer des policiers en gare de Menton-Garavan, estime que "les procédures ne sont pas respectées".

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Extrait d'une vidéo tournée par le Collectif Roya Solidaire à la frontière entre la France et l'Italie. (DR)

Le réalisateur Michel Toesca tourne depuis deux ans un long-métrage, "A tous vents", sur Cédric Herrou, un agriculteur de la vallée de la Roya qui accueille des migrants qui passent la frontière franco-italienne. Il a participé au dispositif mis en place par le Collectif Roya Solidaire pour filmer des policiers en gare de Menton-Garavan (Alpes-Maritimes). Dans une des vidéos réalisées dans ce cadre et que franceinfo s'est procurée, on voit des pliciers français intercepter des mineurs tchadiens dans un train en provenance d'Italie et les renvoyer, sans ticket de transport, dans un autre train vers la gare de Vintimille en Italie.

Invité jeudi 6 juillet de franceinfo, Michel Toesca estime que cette vidéo prouve que "les procédures ne sont pas respectées" pour les migrants mineurs. Selon le réalisateur, les autorités françaises veulent "éviter à tout prix que les gens aillent faire leur demande d'asile".

franceinfo : Dans quelles circonstances avez-vous réalisé cette vidéo ?

Michel Toesca : On l'a faite à plusieurs. Au début, l'intention était de clarifier le positionnement de la SNCF. Il y a beaucoup de migrants dans la vallée de la Roya qui sont déclarés en préfecture et qui font une demande d'asile. La SNCF demande à ce que soient payés les billets de train pour pouvoir les convoyer de la vallée de la Roya à Nice. On sait parallèlement que les migrants qui sont refoulés de façon irrégulière de Menton à Vintimille ne payent pas leur billet de train. Puis, on s'est rendu compte du contrôle au faciès, du retour illégal à la frontière de mineurs sans passer par la police de l'air et des frontières (PAF).

Pourquoi est-ce, selon vous, illégal ?

C'est illégal parce que quand des mineurs ou des majeurs sont interpellés à la frontière, ils doivent passer par la PAF pour que leurs droits soient signifiés et pour pouvoir éventuellement faire une demande d'asile, ce qui n'a pas été le cas. On ne passe pas par la PAF, ils les remettent directement dans les trains pour Vintimille, en Italie. Il y a quelque chose d'illégal même s'ils sont sur un point de passage autorisé.

Justement, les autorités françaises considèrent qu'on n'est pas vraiment en France et qu'elles ont le droit de les renvoyer d'où ils viennent, en Italie…

Oui, mais pour cela, il faut qu'ils passent par la police de l'air et des frontières pour que cela leur soit signifié clairement. Ce n'est pas le cas à la gare de Menton-Garavan, tel que nous avons pu le filmer.

Dans la vidéo, il y a une conversation entre vous et les policiers. Ils vous disent que les migrants seront emmenés à la police de l'air et des frontières. Vous constatez que ce n'est pas le cas.

Absolument. Ils prennent les mineurs, ils leur font traverser la gare, ils les mettent sur le quai qui conduit vers Vintimille, en Italie, et ils les mettent dans le train.

On n'est pas dans un flou juridique ? Pourquoi êtes-vous persuadé qu'on est dans l'illégalité ?

Parce que les procédures ne sont pas respectées. Le flou vient d'un positionnement de la préfecture. Je pense que c'est un désir politique. On veut éviter à tout prix que les gens aillent faire leur demande d'asile. La préfecture utilise tous les moyens possibles pour pouvoir les refouler, de façon plus ou moins légale, en flirtant avec la légalité.

Les CRS les emmènent au premier étage de la gare de Menton-Garavan. Savez-vous ce qui s'y passent ?

Non. On n'a pas pu monter là-haut. On avait déjà entendu parler de cet endroit mais il n'est déclaré nulle part. Le premier étage de la gare Menton Garavan, c'est trois fenêtres qui donnent sur la rue, où les migrants sont installés pendant un certain temps. On leur donne un papier qui est un refus d'entrer sur le territoire et ensuite, ils les remettent dans le train. C'est une sorte de lieu de rétention sans en être un. C'est aussi très flou.

Les CRS savaient que vous les filmiez ?

Pas au début, non. On a fait deux équipes avec des téléphones portables et ensuite, j'ai sorti ma caméra. Sur les dernières images à la gare de Menton-Gravan, l'un deux nous répond et il dit : "je ne vous ai rien dit", qu'il devait les emmener à la PAF, etc. Je tourne ce long métrage depuis deux ans, et on est constamment confronté à ce type de situation. On a énormément de témoignages de mineurs isolés qui sont refoulés à Vintimille et qui nous disent qu'ils ne sont jamais passés par la PAF. On n'avait jamais pu le prouver visuellement. Là, on en a la preuve. On a fait seulement un train, mais je pense que si on faisait tous les trains de la journée qui vont de Vintimille à Menton-Garavan, [on verrait que] ça se passe à chaque train.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.