VIDEO. De la Syrie à l'Autriche : à 20 ans, elle fuit la guerre et filme son périple jusqu'à l'Europe

Dans une vidéo mise en ligne par le journal britannique "The Guardian", la jeune syrienne Rania Mustafa Ali filme pendant plus d'un an son exil de Kobané à Vienne.

Le trajet réalisé par Rania, entre Kobané (Syrie) et Vienne (Autriche).
Le trajet réalisé par Rania, entre Kobané (Syrie) et Vienne (Autriche). (CAPTURE D'ÉCRAN / GOOGLE MAPS)

Vingt-deux petites minutes qui donnent un aperçu de plusieurs mois d'exil. Une vidéo publiée mercredi 2 août par le Guardian offre un aperçu inédit du périple qu'entreprennent les milliers de Syriens qui rejoignent chaque année les rives de l'Europe depuis le début de la guerre.

On suit Rania, une jeune habitante aisée de Raqqa, qui se filme entre son départ de Kobané et son arrivée en Autriche, plus d'un an après. Bagages, traversée chaotique de la Méditerranée, arnaque de passeurs, affrontements avec les forces de police... Franceinfo a sélectionné les moments forts de la vidéo proposée par nos confrères, disponible en fin d'article.

Le départ de la Syrie : quelques vêtements, des DVD et des photos en guise de bagages

Début 2015. En Syrie, Rania, une jeune femme brune, a fui Raqqa pour Kobané, tout juste libérée de l'Etat islamique. Elle raconte avoir rencontré un "homme originaire de Norvège" (Anders Hammer, un documentariste), qui lui a proposé de filmer son périple. Elle rit en apprenant à se servir de la petite caméra.

On la voit marcher dans les ruines d'une Kobané déserte. Elle dit vouloir fuir "pour avoir un futur". Dans un petit sac à dos, elle glisse quelques vêtements, un coupe-ongle, un thermos, une brosse à dents. Mais aussi des photos de ses proches, des livres... et des DVD de la série Game of Thrones. 

Pour les gens, ici, c'est une zone de guerre. Alors que pour nous, c'est la maison.Rania, réfugiée syrienne,dans une vidéo publiée par le "Guardian"

De la Syrie à la Turquie : 300 dollars pour passer la frontière

Pour passer en Turquie, il faut payer un passeur 300 dollars. De l'autre côté de la frontière, à Urfa, Rania raconte sa traversée "compliquée". Elle a dû jeter la majorité de ses affaires, et n'a pas pu filmer. "C'était trop difficile. (...) Dieu merci, je m'en suis sortie."

La traversée de la mer Egée : "J'ai tellement peur, je suis terrifiée"

En Turquie, Rania retrouve l'un de ses amis syrien, Ayman. Depuis la frontière turco-syrienne, ils rejoignent Izmir, au bord de la mer Egée. En prévision de la traversée vers la Grèce, ils emballent dans des pochettes et du film plastique leurs biens les plus fragiles : un ordinateur, deux téléphones, mais aussi leurs papiers d'identité et le diplôme de Rania. La jeune femme filme son gilet de sauvetage. "On ne sait pas s'il est vrai ou non."

En attendant l'embarcation qui doit l'emmener en Grèce, elle confie, retenant ses larmes : "J'ai tellement peur, je suis terrifiée." Puis éteint la caméra. 

On la retrouve en pleine mer, entassée parmi des hommes, des femmes et des enfants en pleurs dans un canot à moteur. Son ami Ayman tient la caméra. Il lâche : "Comme d'habitude, le passeur est un salaud. On est 52 adultes, sans compter les enfants, dans un bateau conçu pour 15."

Soudain, des cris retentissent à l'arrière du canot. "On va se noyer ! On est en train de couler par l'arrière", lancent des hommes qui incitent les passagers à se presser vers l'avant de l'embarcation. La caméra s'éteint à nouveau.

De la Grèce à la Macédoine : "Ouvrez les frontières"

Rania et Ayman sont finalement arrivés sains et saufs en Grèce. "On a failli se noyer, un bateau nous a récupérés." Les migrants se séparent : certains partent en Allemagne. Les deux jeunes Syriens embarquent dans un bateau à nouveau, cette fois dans un ferry, direction Athènes. 

Ils pensent ensuite pouvoir monter dans un bus pour rejoindre le Macédoine. Ils se réjouissent d'avoir acheté leurs billets à l'avance. Débarqués à Athènes, ils découvrent qu'ils se sont fait avoir. Leurs billets n'existent pas. Ils ont perdu 50 euros chacun. 

Alors ils improvisent. Rania et Ayman montent dans un bus qui les conduit jusqu'à la frontière macédonienne, et atterrissent dans le camp de réfugiés d'Idomeni. Des dizaines de réfugiés attendent de pouvoir traverser, dans la pluie et la boue. "Ouvrez les frontières", peut-on lire sur l'une des tentes.

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi ils n'ont toujours pas trouvé de solution.Rania, Syrienne,dans une vidéo publiée par le "Guardian"

Une rumeur de renvoi vers la Turquie pousse les réfugiés à quitter le camp pour tenter leur chance à la frontière. Des colonnes de familles, bagages au dos, avancent sous la pluie. Ils réussissent finalement à traverser une rivière qui fait office de frontière, et se retrouvent en Macédoine.

En Macédoine : sourire... puis déception

Mais leur bonheur est de courte durée. La police ferme la route sur laquelle Rania, Ayman et les autres réfugiés se trouvent. Ils doivent refluer vers la Grèce, et se retrouvent à nouveau dans un camp.

Leur deuxième essai est infructueux. Sous une pluie de grenades lacrymogènes, les réfugiés essaient de forcer la frontière de barbelés, gardée par des soldats macédoniens. Les yeux de Rania brûlent. Certains Syriens sont blessés dans les échauffourées.

Ma famille me manque, c'est très difficile. J'ai peur d'avoir fait tout ça pour rienRania, Syrienne,dans une vidéo publiée par le Guardian

D'Athènes à l'Autriche : la libération

Les mois passent, Rania filme moins. En mai 2016, elle et Ayman rejoignent Athènes. On leur conseille d'emprunter 3 500 euros pour s'acheter des billets d'avion pour l'Autriche avec de fausses cartes d'identité bulgares. 

Habillés en touristes, ils embarquent sans problème pour Vienne. Les dernières images de Rania sont celles de l'avion. L'épilogue est fourni par le Guardian : en Autriche, les deux amis sont arrêtés par la police, et déposent une demande d'asile.