Reportage "Cette politique est meurtrière" : le navire humanitaire "Louise Michel" de Banksy est immobilisé par l’Italie car il a secouru trop de migrants

Ce bateau est immobilisé depuis plus de dix jours par les autorités italiennes sur l’île de Lampedusa en raison d'un durcissement de la législation par le gouvernement de Giorgia Meloni.
Article rédigé par France Info, Bruce de Galzain
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Le navire humanitaire "Louise Michel" est immobilisé sur l’île de Lampedusa, en Italie, car il a secouru trop de migrants. (BRUCE DE GALZAIN / RADIOFRANCE)

Les arrivées de migrants se multiplient en Italie, mais certaines ONG ne peuvent plus leur venir en aide comme la Louise Michel qui doit rester à quai. Ce navire humanitaire, affrété par l’artiste Banksy, est immobilisé depuis plus de dix jours dans le port de Lampedusa. Car si le gouvernement de Giorgia Meloni table sur des accords avec les pays pour éviter les départs de migrants, il cherche aussi à empêcher leur arrivée en durcissant la législation. 

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Dans la cabine de pilotage Louise Michel, Fiona, la seule française de l’équipage doit prendre son mal en patience. "On est dans le bridge, la salle de commandement, où le capitaine et l'officier coordonnent des missions de sauvetage, décrit Fiona. C'est là qu'on a les appels de détresse et que tout se passe pour tout ce qui est coordination et planification."

"On nous empêche de faire un travail essentiel"

Sur cet ancien navire de la marine française, Banksy a peint avec un extincteur et au pochoir sa petite fille au ballon, mais à la place du ballon une bouée de sauvetage rose en forme de cœur. Des sauvetages interdits, car l’équipage a sauvé plus de migrants qu’il en avait le droit selon le nouveau décret du gouvernement Meloni : "Selon ce nouveau décret, une fois qu'on a des rescapés à bord, on n'a pas le droit d'effectuer d'autres opérations de sauvetage. Donc, on a effectué trois sauvetages supplémentaires. On nous empêche de faire un travail qui est essentiel. Les gardes-côtes n'ont pas assez de moyens pour répondre à tous les appels de détresse. Cette politique est meurtrière."

"Nous, en étant détenu ici, il y a eu énormément de bateaux qui sont arrivés et d'autres appels. On ne peut rien faire."

Fiona, membre de l'équipage du "Louise Michel"

à franceinfo

Sur leur navire d’à peine 30 mètres, le petit équipage tourne en rond et en veut à l’Italie et à l’Europe. Le pays vient d’être condamné par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour "traitement dégradant" dans le centre d’accueil de Lampedusa et pour "expulsion collective".

Le centre pour migrants ("hotspots") de Lampedusa, surveillé par l'armée italienne. (BRUCE DE GALZAIN / RADIOFRANCE)

Cela n’étonne absolument pas Tanja, une Allemande de 26 ans, comme la plupart de l’équipage : "Je pense que toute l'Europe sait que l'Italie et son gouvernement d’extrême-droite ne fait pas du bon travail en ce moment. Tout le monde sait qu'il n'y a que 300 places dans le centre d'accueil de Lampedusa, mais qu'il y a plus de 3 000 personnes qui y vivent. "

"La situation n'a pas changé depuis des années et je pense que toute l'Europe le sait."

Tanja, membre de l'équipage du "Louise Michel"

à franceinfo

Tanja comme Fiona n’ont que leurs mots pour défendre leurs idéaux, privés de leur moyen de sauvetage pour une semaine encore.

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